4 août 1578 : à Alcácer Quibir, le Maroc anéantit la croisade portugaise — trois rois morts.
La bataille des Trois Rois, livrée le 4 août 1578 à Alcácer Quibir, fut la bataille qui fit le Maroc moderne. L'armée saadienne du sultan Abd al-Malik anéantit une croisade portugaise menée par le jeune roi Sébastien. Au soir, les trois rois descendus sur le champ — Sébastien, Abd al-Malik et le prétendant rival Abu Abdallah — étaient morts.
La croisade fut la folie de Sébastien Ier, un roi de vingt-quatre ans rêvant d'une nouvelle Reconquista. Le sultan saadien déchu Abu Abdallah — renversé en 1576 par son oncle Abd al-Malik — lui promit des ports marocains en échange d'une armée. Sébastien débarqua avec la fleur de la noblesse portugaise ; sur les rives de l'oued al-Makhazin, les troupes aguerries d'Abd al-Malik refermèrent le piège. Le Portugal perdit un roi, une armée et, en deux ans, son indépendance.
La bataille se livra le 4 août 1578, à quelque dix-huit kilomètres de Ksar el-Kébir, là où l'oued al-Makhazin rejoint le Loukkos. Abd al-Malik, gravement malade, dirigea les premiers mouvements depuis sa litière et mourut avant la fin — ses officiers cachèrent sa mort jusqu'à la victoire assurée. Sébastien chargea au centre marocain et disparut ; son corps ne fut jamais retrouvé. Abu Abdallah tenta de fuir et se noya dans le Loukkos. Trois têtes couronnées en un seul après-midi : d'où le nom marocain.
La fleur de la noblesse portugaise mourut sur ce champ ou croupit dans les prisons marocaines en attendant rançon. Sébastien, sans enfant, ne laissa pas d'héritier ; la crise de succession qui suivit s'acheva en 1580 avec la prise de la couronne portugaise par Philippe II d'Espagne — soixante ans d'Union ibérique. Le Portugal ne retrouverait sa pleine indépendance qu'en 1640. À Lisbonne, le roi disparu devint un mythe : le sébastianisme, la croyance que le « roi caché » reviendrait dans la brume, hanta l'imaginaire portugais pendant des siècles.
Pour le Maroc, la victoire fut une gloire fondatrice. Le frère d'Abd al-Malik, Ahmad, monta sur le trône le soir même sous le nom d'al-Mansur, le Victorieux, et inaugura l'âge d'or saadien. Les rançons des captifs portugais enrichirent le trésor qui bâtit le palais El Badi. Alcácer Quibir mit fin pour toujours à la menace portugaise sur le Maroc — et prouva, à l'Europe comme aux Marocains, que l'État chérifien pouvait humilier en bataille rangée un empire européen.