Le plus ancien traité ininterrompu de l'histoire américaine fut signé avec le Maroc. Le traité d'amitié et de paix maroco-américain — reconnu d'abord en 1777, formalisé en 1786 — est en vigueur continue depuis près de deux siècles et demi : plus ancien que la Constitution américaine, et monument de la diplomatie marocaine.
L'histoire commence avec la révolution américaine. En décembre 1777, le sultan Mohammed III — Mohammed ben Abdallah, le réformateur alaouite — publia une déclaration ouvrant les ports marocains aux navires américains, faisant du Maroc le premier pays au monde à reconnaître l'indépendance des États-Unis. Les motifs du sultan étaient pratiques autant que généreux : corsaires et marchands américains avaient besoin de ports sûrs, et la tradition corsaire du Maroc lui donnait un levier sur la navigation atlantique. Mais le geste était réel, et les Américains ne l'oublièrent jamais.
Le traité formel suivit. En 1786, à Marrakech, l'envoyé marocain et les commissaires américains signèrent le traité de paix et d'amitié : vingt-cinq articles garantissant aux navires américains le libre passage, protégeant les naufragés et établissant des relations consulaires. Le traité fut négocié, côté américain, avec la participation de John Adams et Thomas Jefferson — les futurs deuxième et troisième présidents — et il demeure, avec son renouvellement de 1836, la plus longue relation conventionnelle ininterrompue de l'histoire diplomatique américaine. L'article 6 est encore cité devant les tribunaux américains.
Le sens profond du traité est marocain. Mohammed III pratiquait l'art le plus ancien de l'État marocain : la diplomatie comme survie et prestige. En reconnaissant la jeune république américaine, le sultan positionnait le Maroc en souverain égal traitant avec les grandes puissances à ses propres conditions — la même diplomatie qui avait géré Ottomans, Espagnols et Portugais pendant des siècles. Le traité inaugura une relation maroco-américaine ininterrompue jusqu'à nos jours : la Légation américaine de Tanger, établie en 1821, est la plus ancienne propriété diplomatique américaine au monde, aujourd'hui musée ; les deux pays sont liés par un accord de libre-échange et un partenariat stratégique.
En 1777, le Maroc reconnut une révolution ; en 1786, il signa une amitié. Deux cent quarante ans plus tard, le traité tient toujours — le fil le plus ancien du tissu diplomatique américain, et la preuve que l'art de gouverner marocain jouait déjà le grand jeu quand les États-Unis en apprenaient encore les règles.
La postérité américaine du traité est une histoire en soi. L'article 6 — protégeant les marins naufragés — fut invoqué au XIXe siècle quand des navires américains s'échouèrent sur la côte marocaine, et les gouverneurs du sultan l'honorèrent ; la promesse du traité du traitement de « la nation la plus favorisée » fit du Maroc le modèle des traités barbaresques avec Alger, Tunis et Tripoli — bien que seul le traité marocain ne dégénéra jamais en guerre. Thomas Barclay, le négociateur américain qui porta le traité à Marrakech, écrivit chez lui que le sultan le reçut « avec grande politesse », et les textes arabe et anglais du traité — l'arabe primant en cas de litige — demeurent un modèle de rédaction conventionnelle moderne. En 1836, quand le traité vint à renouvellement, les Américains envoyèrent le diplomate James Leib comme consul à Tanger ; le renouvellement fut signé sans friction, l'amitié devenue habitude. Deux cent quarante ans de vigueur ininterrompue : nul autre traité américain n'approche, et tout commença parce qu'un sultan à Marrakech décida, en 1777, qu'une lointaine république de rebelles méritait un port.
Impact sur la civilisation
Un chapitre de « Maroc : le long empire » — plus de huit siècles d’État marocain continu, des Idrissides aux Alaouites régnants.
- US State Department, Office of the Historian: Morocco
- Tangier American Legation Museum archives
- Encyclopaedia of Islam: Muhammad III
- Princeton, Papers of Thomas Jefferson
- Jamil Abun-Nasr, A History of the Maghrib