Un panneau en hébreu près de l'aéroport de Larnaca, un nouveau caucus pro-israélien à Nicosie et une vague d'acheteurs israéliens ont transformé un vol de 40 minutes en question politique chypriote — à deux jours du vote israélien.
Publié le 25 octobre 2026 · 06:01 GMT
Un panneau en hébreu près de l'aéroport de Larnaca, un nouveau caucus pro-israélien à Nicosie et une vague d'acheteurs israéliens ont transformé un vol de 40 minutes en question politique chypriote — à deux jours du vote israélien. Cet été, un panneau électoral en hébreu près de l'aéroport de Larnaca invitait les Israéliens à rentrer voter pour l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot lors de l'élection israélienne du 27 octobre — décrit par une militante chypriote comme, croit-on, la première fois qu'un politicien étranger faisait campagne sur des panneaux à Chypre.
À l'été 2026, une affiche électorale en hébreu pour Gadi Eisenkot est apparue près de l'aéroport de Larnaca avant le vote israélien du 27 octobre ; six députés chypriotes du DISY, du DIKO et de l'ELAM ont formé un caucus de l'Israel Allies Foundation à la mi-octobre ; et le tourisme, les achats immobiliers et les investissements israéliens à Chypre ont tous fortement augmenté depuis 2022, selon les données officielles chypriotes citées par la presse chypriote, israélienne et internationale.
La présence israélienne constitue-t-elle une communauté qui s'enracine, un marché qui répond à la proximité et à la sécurité, ou un point d'appui politique ? Les critiques chypriotes, emmenés par l'AKEL, parlent d'enclaves fermées et d'un gouvernement compromis ; l'ancien ambassadeur d'Israël à Chypre a estimé que ces critiques visaient la communauté juive ; l'AKEL affirme que son objection porte sur la politique du gouvernement, non sur l'identité juive.
Combien d'Israéliens vivent réellement à Chypre, puisque les achats effectués via des sociétés chypriotes ne sont pas enregistrés par nationalité de l'acheteur et qu'il n'existe aucun décompte officiel des communautés fermées ; et même la date exacte de lancement du caucus diffère selon les sources, Cyprus Inform la fixant au mercredi 14 octobre et Al Jazeera, citant le Jerusalem Post, au 20 octobre.
Cet été, sur une route près de l'aéroport de Larnaca, les vacanciers ont été accueillis par un panneau en hébreu : « Israéliens, profitez-en ! Revenez maintenant et gagnez ! » C'était une affiche électorale pour le vote israélien du 27 octobre, à l'effigie de Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major et principal rival du Premier ministre Benjamin Netanyahu. La présentatrice de télévision et militante propalestinienne Melanie Steliou a déclaré à Al Jazeera que c'était, croit-on, la première fois qu'un politicien étranger faisait campagne sur des panneaux à Chypre. Sa lecture était directe : les politiciens israéliens, a-t-elle dit, voient Chypre comme « un simple district d'Israël ». Israël n'est qu'à 40 minutes d'avion, a noté Steliou, et les Israéliens de Chypre « peuvent aller voter et revenir dans la journée » — et comme Israël n'autorise pas la plupart de ses citoyens vivant à l'étranger à voter hors du pays, les campagnes courtisent précisément ces électeurs. À deux jours du vote, ce panneau est devenu l'emblème d'un débat chypriote bien plus large sur l'argent, la terre et l'influence politique.
Commençons par les déplacements. Les Israéliens ont effectué près de 600 000 voyages à Chypre l'an dernier, plus du double du chiffre de 2022, selon le CYSTAT cité par Al Jazeera ; Ynet avance environ 590 000 visiteurs en 2025, faisant d'Israël le deuxième marché après le Royaume-Uni, en hausse d'environ 38 % par rapport à 2024. Puis l'immobilier. Au cours des douze mois précédant septembre 2025, les Israéliens ont réalisé 850 achats dans le seul district de Larnaca, plus que toute autre nationalité étrangère, selon le ministère de l'Intérieur, et le cadastre présenté au Parlement fait état de 3 851 transferts liés à des acheteurs israéliens entre 2021 et 2024 à Larnaca, Paphos et Limassol. Puis le capital : les investissements israéliens ont plus que sextuplé entre 2017 et 2024, à 5,1 milliards d'euros, selon la Banque centrale. Et puis les institutions : une école juive pouvant accueillir jusqu'à 1 500 élèves, financée par la Fondation Yael, est prévue à Polemidia près de Limassol pour 2027, et le groupe Hadassah a ouvert son premier centre européen à Limassol en juillet.
Malgré tous ces chiffres, la question la plus élémentaire — combien d'Israéliens vivent à Chypre ? — n'a pas de réponse fiable. Le recensement de 2021 ne recensait qu'un peu plus de 1 000 Israéliens à Chypre. L'ambassade d'Israël à Nicosie estime que 15 000 à 20 000 personnes considèrent désormais l'île comme leur domicile, selon Philenews, et les médias israéliens évaluent à plus de 3 000 les familles installées en permanence. L'écart est structurel : aucun décompte officiel des communautés fermées n'existe, et les nationalités ne sont pas enregistrées pour les achats via des sociétés chypriotes. Le même brouillard entoure le cas le plus contesté : dans l'ouest de Chypre, l'homme d'affaires Uriel Kertesz, de nationalités hongroise et israélienne, aurait acheté environ 70 à 80 % du village abandonné de Trozena et des terres environnantes, dans une zone protégée. Politis a rapporté qu'il avait payé le double ou le triple de la valeur du marché et avancé sans les permis requis — des affirmations qu'Al Jazeera dit ne pas pouvoir confirmer de manière indépendante. Même le caucus comporte un différend de date : Cyprus Inform fixe son lancement officiel au mercredi 14 octobre, tandis qu'Al Jazeera, citant le Jerusalem Post, rapporte le 20 octobre.
Chypre a déjà absorbé des vagues d'acheteurs étrangers. Limassol fut un temps surnommée « Limassolgrad » pour sa communauté russe ; retraités britanniques, capitaux russes et passeports dorés ont tous investi depuis l'indépendance de 1960, et l'île est divisée depuis l'invasion turque de 1974, qui a suivi un coup d'État soutenu par Athènes. Theodosis Pipis, historien du cercle KEDISA, a déclaré à Al Jazeera que les investissements russes du début des années 2010 n'avaient jamais apporté « un afflux d'achats de maisons, d'écoles, de communautés ». Les investissements israéliens, en revanche, créent « un sentiment de communauté pour l'avenir ». Nasia Hadjigeorgiou, de l'University of Central Lancashire à Chypre, a qualifié la poussée israélienne de « développement plus soudain » que les achats britanniques ou libanais. Le calendrier aiguise la politique : Nicosie continue d'offrir au gouvernement israélien, selon Hadjigeorgiou, « beaucoup de couverture et beaucoup de soutien » alors que la guerre à Gaza a couvert les murs chypriotes de fresques propalestiniennes. Pour une population qui se décrit comme déplacée de ses propres foyers, la vue d'une autre communauté achetant des terres à grande échelle pèse d'un poids particulier — et c'est ce poids qui a transformé une histoire immobilière en histoire de souveraineté. Voir aussi nos reportages sur la coopération énergétique entre Israël et la Grèce et sur le gisement gazier d'Aphrodite.
Le débat chypriote est confus parce que trois choses différentes se produisent simultanément, et chacune a une explication innocente différente. D'abord, une histoire de marché : Chypre est proche, sûre, anglophone et membre de l'Union européenne, et des entreprises israéliennes y ont transféré des activités pour travailler plus facilement avec les pays de l'UE. Ensuite, une histoire de communauté : une population qui visite l'île en très grand nombre finit par vouloir des écoles, des cliniques et des restaurants casher, et l'école de la Fondation Yael ainsi que le centre Hadassah en sont la forme institutionnelle. Enfin, une histoire politique : un gouvernement à Nicosie qui a approfondi sa coopération de défense et d'énergie avec Israël accueille désormais un caucus couvrant le DISY, le DIKO et l'ELAM. Aucune de ces trois dynamiques, prise isolément, n'est extraordinaire. Ensemble, elles créent une réalité que Chypre n'a pas réglementée : une présence étrangère qui est à la fois un marché touristique, une catégorie d'acheteurs, une communauté dotée de ses propres institutions et un lobby parlementaire. Le vide politique est visible dans le dossier de l'école : en février 2025, aucune demande n'avait été déposée, et en octobre de la même année elle était encore en cours de finalisation.
Premièrement, le marché du logement. À Larnaca et à Limassol, des achats concentrés font grimper les prix et, selon les habitants, chassent les locaux — l'effet classique des résidences secondaires, aggravé parce que certains lotissements sont décrits comme des communautés fermées « presque inaccessibles à quiconque n'est pas de nationalité israélienne ». Hadjigeorgiou prévient que certains exemples sont probablement exagérés, mais ajoute que certains sont « très clairement des communautés fermées » — et, en tant que juriste, qu'un lotissement où seuls les Israéliens peuvent acheter serait inconstitutionnel. Deuxièmement, la politique de la parole. En août 2025, après que le ministre israélien des Affaires de la diaspora Amichai Chikli se fut plaint auprès des ministres chypriotes, le ministère de l'Intérieur a ordonné aux municipalités de retirer ce qu'il appelait des graffitis incitant à la haine ; à Limassol, les équipes les ont effacés, parfois avant 6 heures du matin, et un maire qui tentait de les protéger comme expression politique a été désavoué. Troisièmement, le précédent. D'autres États de l'UE, dont l'Espagne, ont restreint les ventes de terres aux hors-UE ; Chypre débat désormais de limites aux ventes et d'un bail emphytéotique avec retour des droits après 50 à 70 ans.
L'événement immédiat est l'élection israélienne du mardi 27 octobre : le parti Yashar d'Eisenkot arrive en tête des sondages avec 20 à 23 sièges projetés sur 120, devant le Likoud, alors qu'aucun bloc n'atteint les 61 sièges nécessaires. Le panneau chypriote sera retiré de toute façon. Ce qui ne disparaîtra pas, c'est le caucus parlementaire, dont les six membres — Chrysis Pantelides et Andreas Apostolou du DIKO, Giorgos Karoullas et Charalambos Petrides du DISY, et Sotiris Ioannou et Marios Pelekanos de l'ELAM — forment désormais un bloc pro-israélien permanent au sein de la Chambre des représentants. L'AKEL a exigé la transparence sur le financement du caucus, et a accusé le gouvernement du président Nikos Christodoulides de saper la crédibilité de Chypre en droit international. Trois choses sont à surveiller : des limites aux ventes de terres ou un bail emphytéotique ; la résolution de la demande de l'école de Polemidia ; et la confirmation par le CYSTAT de la tendance d'août, avec environ un quart des arrivées israéliennes. Si c'est le cas, le débat portera sur ce que Chypre entend faire — longtemps après le retrait de la dernière affiche. Voir aussi notre couverture des marches européennes pour Gaza.
Le regard occidental : un parlement, un lobby et une question de souveraineté La presse occidentale et chypriote s'est concentrée sur le fil institutionnel : qui a formé le caucus, qui le finance, et ce que signifie pour un parlement d'accueillir un lobby de politique étrangère. Cyprus Inform nomme les six députés et rapporte l'accusation de l'AKEL selon laquelle l'initiative fait du Parlement une tribune pour un État étranger, tout en notant que la fondation gère des caucus dans 68 parlements. Pour ce regard, les chiffres immobiliers sont le décor et le caucus est l'histoire — car un lobby, contrairement à une maison de vacances, vote.
Le regard oriental : le marché, mesuré en arrivées et en euros La presse israélienne et indienne lit l'épisode comme une histoire de marché. Ynet compte environ 590 000 touristes israéliens en 2025, un visiteur sur huit, deuxième marché après la Grande-Bretagne, et explique la flambée par la proximité et les prix. The Indian Express, qui dresse le portrait d'Eisenkot avant le vote de mardi, fournit le cadre politique : un ancien chef d'état-major en tête des sondages contre Netanyahu mais loin d'une majorité de gouvernement.
Le regard du Sud : un peuple déplacé regarde arriver une autre communauté Al Jazeera, depuis Chypre même, et TRT World, depuis la Türkiye, inscrivent l'histoire dans le déplacement et la guerre à Gaza. Les interlocuteurs chypriotes d'Al Jazeera — un artiste dont le « cœur se serre » devant des groupes d'hommes israéliens ayant servi dans l'armée, un potier qui qualifie ses politiciens de « compromis » — décrivent leur propre déplacement de 1974 et voient, dans les nouveaux achats, un écho impossible à ignorer. TRT World ajoute le point de vue chypriote turc : une coopération militaire croissante entre Israël, la Grèce et l'administration chypriote grecque.
Parce qu'Israël n'autorise pas la plupart de ses citoyens vivant à l'étranger à voter hors du pays, les campagnes courtisent les Israéliens qui peuvent rentrer voter le jour du scrutin. Chypre n'est qu'à 40 minutes d'avion, de sorte qu'un panneau en hébreu près de l'aéroport de Larnaca exhortant les Israéliens à revenir voter pour Gadi Eisenkot touchait exactement ce public avant l'élection du 27 octobre.
Les Israéliens ont effectué près de 600 000 voyages à Chypre l'an dernier, plus du double du chiffre de 2022, et Ynet fait état d'environ 590 000 visiteurs en 2025, faisant d'Israël le deuxième marché touristique après la Grande-Bretagne. Combien y vivent est incertain : le recensement de 2021 n'en recensait qu'un peu plus de 1 000, tandis que l'ambassade d'Israël estime que 15 000 à 20 000 personnes considèrent désormais l'île comme leur domicile.
Il s'agit d'un groupe parlementaire formé à la mi-octobre 2026 par six députés du DISY, du DIKO et de l'ELAM, affilié à l'Israel Allies Foundation, une organisation de plaidoyer qui affirme gérer des caucus dans 68 parlements. L'AKEL a condamné cette initiative comme sans précédent et provocatrice, et a exigé la transparence sur son financement et son utilisation des installations parlementaires.
Politiciens, agents immobiliers et universitaires à Chypre utilisent cette expression pour des ensembles de propriétés israéliennes qu'ils décrivent comme fermés à la communauté environnante, et StockWatch rapporte que des entreprises israéliennes ont acheté la majeure partie du littoral entre Livadia et Pyla. Mais il n'existe aucun décompte officiel, les nationalités des acheteurs ne sont pas enregistrées pour les achats via des sociétés chypriotes, et une universitaire chypriote estime que certains exemples sont probablement exagérés.