Il fut le plus grand « aurait-pu » de l'histoire des sciences — un prodige qui refit deux disciplines avant le petit-déjeuner, si l'on ose dire, puis les abandonna toutes deux pour Dieu. Blaise Pascal, né à Clermont en 1623, publiait des mathématiques à seize ans : son Essai sur les coniques contenait le théorème de Pascal, enseigné encore aujourd'hui, et à dix-neuf ans il avait construit une machine à calculer fonctionnelle — la pascaline — pour aider son père dans ses calculs d'impôts, première machine à calculer produite en série. À vingt-trois ans, il entra dans la plus dramatique controverse scientifique de l'époque : la nature du vide.
Les aristotéliciens affirmaient que la nature a horreur du vide ; le tube à mercure de Torricelli suggérait le contraire. Pascal, frêle et brillant, organisa l'expérience décisive : en 1648, son beau-frère Florin Périer porta un baromètre à mercure au sommet du puy de Dôme tandis qu'un tube témoin restait à la base. La colonne tombait à mesure qu'on montait — l'air avait un poids, il pressait, et sa pression diminuait avec l'altitude. Le vide était réel ; l'atmosphère était un océan d'air, et les hommes vivaient à son fond. L'unité de pression, le pascal, porte son nom.
Puis, en une seule gerbe de correspondance avec Pierre de Fermat en 1654, il fonda les mathématiques du hasard. Le problème des partis — comment partager les enjeux d'un jeu interrompu — les mena au calcul des probabilités : l'espérance, les coefficients binomiaux du triangle de Pascal, le premier traitement rigoureux de l'incertitude. Assurance, statistique, mécanique quantique : tout descend de ces lettres.
Et puis la nuit du 23 novembre 1654 — le Mémorial, l'expérience mystique qu'il cousit dans la doublure de son habit — le détourna. Pascal abandonna la science pour la théologie janséniste, écrivant les Provinciales, que Voltaire tint pour la première œuvre de génie de la prose française, et les Pensées, fragments sur la foi et la misère humaine assemblés après sa mort. Il mourut en 1662 à trente-neuf ans, dans la souffrance, ayant réconcilié en une seule âme tourmentée le géomètre et le mystique. Le pari qui porte son nom — que la raison elle-même conseille de parier sur Dieu — est l'argument le plus célèbre de la philosophie de la religion, et il fut écrit par un homme qui avait pesé l'air.
Impact sur la civilisation
Pascal donna au monde deux fondations à la fois : la preuve expérimentale de la pression atmosphérique et du vide, qui détruisit l'horreur du vide aristotélicienne et ouvrit la voie à la pneumatique, à la vapeur et à la météorologie ; et le calcul des probabilités, qui fit de l'incertitude elle-même un objet mathématique et sous-tend la statistique, l'assurance, la finance et la théorie quantique modernes. La pascaline ouvrit la voie du calcul mécanique. Et les Pensées firent de lui le patron de tous ceux qui ont senti la tension entre la raison et la foi — le savant théologien, prouvant que les deux faims peuvent cohabiter dans un seul esprit.
Classé n° 71 des 100 plus grands scientifiques — score scientifique 61.08/100 (percée 5.67 · savoir apporté 6.5 · conséquences 6.6). Ce sont les mathématiques qui décident de l’ordre.
- Martin Turnell, Blaise Pascal: A Biography (1972)
- Gérard Ferreyrolles (ed.), Pascal, les Provinciales, in Œuvres complètes (2000)
- Louis Lafuma, Histoire des Pensées de Pascal (1656–1670) (1954)
- Ian Hacking, The Emergence of Probability (1975)