Trois ans après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, Benjamin Netanyahou affronte les électeurs le 27 octobre, lors des premières élections depuis le jour le plus meurtrier de l'histoire d'Israël. De nouvelles révélations affirment que des dirigeants arabes l'avaient prévenu à l'avance, ce qu'il nie. Sa base tient bon. Analyse des mécaniques de cette survie : comment la faute a été déplacée, pourquoi aucune alternative n'a émergé, et ce que le vote va tester.
Publié le 7 octobre 2026 · 09:21 GMT
Trois ans après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, la question posée par France24 le 7 octobre 2026 est directe : comment Benjamin Netanyahou tient-il encore ? Le troisième anniversaire a été marqué ce matin par une minute de silence à 6 h 29, l'heure du début de l'assaut, comme le relate l'édition anniversaire de ce matin. Dans vingt jours, le 27 octobre 2026, les Israéliens votent aux législatives, les premières depuis le jour le plus meurtrier de l'histoire du pays.
De nouvelles révélations chargent le calendrier. Le Wall Street Journal affirme que le chef du renseignement égyptien, Abbas Kamel, a prévenu Netanyahou à trois reprises, dont une visite de 67 minutes en Israël le 26 septembre 2023, onze jours avant l'assaut. Haaretz rapporte que le président émirati, Mohammed ben Zayed, l'avait alerté une dizaine de jours avant. Netanyahou nie avoir reçu une alerte exploitable, a menacé de poursuivre Haaretz en justice et, le 27 septembre 2026, s'est envolé secrètement pour Abou Dhabi, apparemment pour obtenir un démenti émirati. Ces révélations sapent son argument central, selon lequel les chefs de la sécurité israélienne sont seuls responsables. Pourtant sa base tient bon. Cet article analyse les mécaniques de cette survie, pas l'anniversaire lui-même.
L'ampleur du 7 octobre est établie : un assaut du Hamas qui a tué 1 200 personnes et fait 251 otages, le jour le plus meurtrier de l'histoire d'Israël. Trois ans plus tard, aucun otage ne reste à Gaza. Le dernier, Ran Gvili, a été récupéré en janvier 2026, et sa mère, Talik Gvili, se présente pour le Likoud avec un message d'« homme fort ». Au moins neuf candidats issus de familles du 7 octobre se présentent dans tout le spectre, dont Michal Hirsch Negri avec Ensemble de Bennett, l'ex-général Noam Tibon, Sharon Sharabi et Shira Shapiro.
Côté politique : Netanyahou a rejeté toute responsabilité personnelle et bloqué la création d'une commission d'enquête indépendante. L'Institut de la démocratie israélienne indique que 68 % des Israéliens juifs jugent le 7 octobre central dans leur vote du 27 octobre. Un sondage KAN donne l'opposition à 52 sièges contre 51 pour le bloc Netanyahou, alors que 61 sont nécessaires pour une majorité : Likoud 21, Yashar 23, Ensemble de Bennett 12, les Démocrates 8, Force juive 8, Sionisme religieux-Zehut 6, la Liste commune 8 et Ra'am 5. C'est une impasse.
En arrière-plan : les autorités sanitaires de Gaza font état de 74 016 morts et 175 068 blessés, un cessez-le-feu vieux d'environ un an, 19 hôpitaux sur 38 en état de fonctionner. La guerre régionale avec l'Iran entre dans son huitième mois. Le secrétaire général de l'ONU a qualifié l'assaut d'attaque terroriste odieuse de grande ampleur.
Les inconnues centrales sont les alertes elles-mêmes. Que contenait le triple avertissement d'Abbas Kamel, et était-il assez précis pour être « exploitable », le mot sur lequel repose le démenti de Netanyahou ? Qu'a dit Mohammed ben Zayed une dizaine de jours avant l'attaque, et les Émirats publieront-ils le démenti que Netanyahou serait allé chercher à Abou Dhabi ? L'issue du voyage secret du 27 septembre n'a pas été rendue publique.
Au-delà : la menace contre Haaretz deviendra-t-elle une plainte ? Une enquête indépendante verra-t-elle le jour tant qu'il est au pouvoir ? Qui pourra gouverner à partir d'un 52-51, sans bloc proche des 61 ? Et pourquoi le prix politique n'a pas été payé. Les sondages mesurent le maintien, pas le motif. L'analyse de France24 pose la question ; la réponse reste disputée entre ceux qui voient un dirigeant absorbant une crise et ceux qui voient une responsabilité ajournée par calcul.
Parce que c'est la première fois depuis le 7 octobre que le public israélien peut rendre un verdict, et que 68 % des Israéliens juifs jugent les attaques centrales dans leur vote. L'élection est un référendum sur une question précise : la pire défaillance sécuritaire de l'histoire d'Israël a-t-elle un prix politique, ou la faute peut-elle être durablement déplacée vers les chefs de la sécurité désignés depuis trois ans ? À 52 contre 51, sans bloc proche des 61, les mécaniques de survie comptent plus que n'importe quelle révélation.
Le décor rehausse l'enjeu. La guerre de Gaza, avec ses 74 016 morts et un cessez-le-feu vieux d'environ un an, et la guerre régionale avec l'Iran, entrée dans son huitième mois, signifient que le prochain gouvernement hérite de deux conflits à la fois. Le résultat fixera les termes non seulement d'une éventuelle enquête sur le 7 octobre, mais de la manière dont Israël gouvernera ce qui a suivi.
Géopolitiquement, le premier mécanisme est le déplacement de la faute. En rejetant sa responsabilité et en désignant les chefs de la sécurité, Netanyahou a transformé une défaillance nationale en défaillance institutionnelle ; en bloquant une enquête indépendante, il a supprimé le seul forum où elle aurait été jugée. Les révélations sur les alertes menacent précisément ce mécanisme : si des dirigeants arabes l'ont prévenu directement, la défaillance redevient personnelle, et c'est pourquoi le démenti, la menace de poursuites et le voyage secret ne sont pas des épisodes secondaires mais la défense du mécanisme central.
Structurellement, le deuxième mécanisme est l'arithmétique de coalition. Une impasse à 52-51 avec 61 sièges requis signifie que personne n'a de mandat pour l'écarter ; la survie est la voie de moindre résistance pour un bloc incapable de s'accorder sur quoi que ce soit d'autre. Démographiquement, la base tient : le socle du Likoud qui répond « homme fort » à la crise, incarné par des candidats comme Talik Gvili, voit dans le 7 octobre un argument pour Netanyahou. Historiquement, le temps est le troisième mécanisme : trois ans diluent même le jour le plus meurtrier, et 68 % de centralité dans le vote ne valent pas 68 % de faute. Macroéconomiquement, un pays en guerre avec l'Iran depuis huit mois fait passer la sécurité avant la responsabilité. La survie n'est pas un tour de passe-passe mais un système : pas d'enquête, pas d'alternative à droite assez forte pour le remplacer, et un calendrier qui maintient la région sur un pied de guerre.
Si Netanyahou survit au 27 octobre, par pluralité ou par impasse, la question de l'enquête mourra probablement avec cette élection : une commission indépendante exigerait un gouvernement prêt à enquêter sur lui-même. Le précédent voyagerait : les futurs dirigeants israéliens auront appris que le déplacement de la faute, le temps et le blocage du contrôle peuvent survivre même au jour le plus meurtrier. Les candidats issus des familles, désormais entrés en politique, remodeleront la commémoration elle-même, le deuil du 7 octobre étant institutionnalisé dans tout le spectre de la Knesset plutôt que dirigé contre un seul homme.
S'il tombe, les révélations sur les alertes deviendront l'ossature du compte à rendre : une enquête, un procès de réputation, et une conversation régionale sur ce que les canaux de renseignement des accords d'Abraham ont réellement produit. Dans les deux cas, la menace de poursuites contre Haaretz et le voyage secret resteront comme le moment où les alertes ont cessé d'être une histoire étrangère pour devenir une question électorale israélienne.
Quatre choses à surveiller. D'abord, les Émirats : Abou Dhabi publiera-t-il le démenti que Netanyahou serait allé chercher, ou restera-t-il silencieux et laissera-t-il le récit de Haaretz s'imposer ? Ensuite, la plainte : la menace contre Haaretz deviendra-t-elle un dépôt, et que pourrait forcer sa procédure ? Puis les derniers sondages : l'impasse à 52-51 se rompra-t-elle ou se durcira-t-elle, et lesquels des neuf candidats issus des familles entreront réellement à la Knesset ? Enfin, l'arithmétique du soir du scrutin : sans aucun bloc proche des 61, la question pourrait ne pas être qui gagne, mais qui peut être éliminé du calcul. Le vote est dans vingt jours ; les mécaniques de survie vont être testées dans le seul forum que Netanyahou n'a pas pu bloquer.
La presse occidentale y voit un test de responsabilité : un premier ministre qui a rejeté la faute et bloqué une enquête affronte les électeurs après des informations selon lesquelles deux dirigeants arabes l'avaient prévenu à l'avance. Ces révélations sont scrutées comme une possible surprise d'octobre : la menace de poursuites contre Haaretz et le voyage secret à Abou Dhabi sont lus comme un fil de liberté de la presse. La question de fond : une démocratie peut-elle faire payer au bulletin de vote une défaillance catastrophique du renseignement quand le sortant contrôle le récit de qui a failli ?
La presse orientale traite les alertes comme contestées plutôt que concluantes, et s'intéresse au canal lui-même : l'architecture de renseignement des accords d'Abraham, ces canaux égyptien et émirati censés sécuriser la région. Le vol secret du 27 septembre vers Abou Dhabi est lu de façon transactionnelle, un dirigeant en quête d'un démenti, pas d'un examen de conscience. Et l'Orient revient à ce qui a suivi l'échec présumé des alertes : Gaza et la guerre avec l'Iran, comme pour dire que le débat porte sur un jour alors que le compte devrait porter sur les années d'après.
La presse du Sud y voit une responsabilité ajournée, et met les deuils côte à côte : 1 200 morts israéliens le 7 octobre contre 74 016 morts à Gaza depuis, avec seulement 19 hôpitaux sur 38 en état de fonctionner. La question du Sud : un examen s'étendra-t-il un jour à ce qui a suivi à Gaza, ou le 7 octobre reste-t-il, électoralement, une histoire israélienne seulement ? Les candidatures de familles endeuillées dans tout le spectre sont notées comme un fait démocratique ; l'asymétrie de qui obtient un procès, une enquête ou un vote est notée comme un fait mondial.
Le Wall Street Journal affirme que le chef du renseignement égyptien, Abbas Kamel, a prévenu Netanyahou à trois reprises avant le 7 octobre, notamment lors d'une visite de 67 minutes en Israël le 26 septembre 2023. Haaretz affirme que le président émirati Mohammed ben Zayed l'a alerté une dizaine de jours avant l'attaque. Netanyahou nie toute alerte exploitable et rejette la faute sur les chefs de la sécurité. Il a menacé de poursuivre Haaretz en justice.
Selon les informations disponibles, le voyage secret visait à obtenir un démenti émirati du récit de Haaretz selon lequel Mohammed ben Zayed l'avait alerté une dizaine de jours avant l'attaque. Netanyahou n'a pas expliqué publiquement cette visite, dont l'issue n'a pas été rendue publique. Elle a eu lieu vingt jours avant les élections du 27 octobre, ce qui la fait lire à l'Occident comme une opération de contrôle des dégâts et une possible surprise d'octobre.
Non. Il a rejeté toute responsabilité personnelle dans la défaillance sécuritaire, attribué la faute aux chefs de la sécurité israélienne et bloqué la création d'une commission d'enquête indépendante. L'analyse de France24 porte sur ce refus : trois ans après le jour le plus meurtrier de l'histoire d'Israël, la question de la responsabilité n'a jamais été formellement tranchée, et elle est désormais soumise aux électeurs.
L'Institut de la démocratie israélienne indique que 68 % des Israéliens juifs jugent le 7 octobre central dans leur vote. Un sondage KAN donne l'opposition à 52 sièges contre 51 pour le bloc Netanyahou, alors que 61 sont nécessaires pour une majorité. Le Likoud est à 21 sièges contre 23 pour Yashar, avec Ensemble de Bennett à 12. Au moins neuf candidats issus de familles du 7 octobre se présentent. La course est une véritable impasse.