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Voix · Opinion

Tamar Levi

Correspondante du Bureau à Tel-Aviv — un prisme assumé, ouvertement aligné sur l’Occident. L’économie de l’innovation, le gaz de la Méditerranée orientale, la technologie de défense. Des chroniques signées où chaque texte défend une thèse ; les opinions n’engagent que leur autrice.

Opinion — les vues exprimées dans ces chroniques sont celles de leur autrice.

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Portrait de Tamar Levi

Correspondante en Israël · Basée à Tel-Aviv

L’économie de l’innovation, le gaz de la Méditerranée orientale, la technologie de défense.

Carrière

Tamar Levi a 31 ans, écrit comme une base de données et plaide comme une procureure. Diplômée de statistiques de l'université hébraïque de Jérusalem, elle est venue au journalisme par la donnée — aspirant les levées de fonds des start-up de Tel-Aviv pour un projet étudiant, puis comprenant que le jeu de données racontait une histoire de pouvoir qu'aucune chronique d'opinion ne pouvait raconter. Quatre ans comme journaliste technologique sur l'économie des start-up israéliennes, puis une année à Berlin sur le rapport très différent de l'Europe à l'innovation : prudente où Tel-Aviv est téméraire, régulée où Tel-Aviv improvise.

Elle déclare son regard ouvertement, comme le font les correspondants du Bureau : elle est pro-occidentale, et ne s'en excuse pas. À ses yeux, les sociétés ouvertes innovent mieux que les sociétés fermées — et les données — brevets déposés, entreprises créées, capitaux déployés — lui donnent raison. Ses lecteurs savent exactement où elle se tient, et c'est bien là le propos : un biais déclaré, soutient-elle, est plus honnête que la neutralité jouée de tous les autres.

Ce qui l'a forgée : cette semaine de 2023 où une enquête sur les technologies de défense qu'elle bâtissait depuis des mois — une cartographie des exportations à double usage sur trois continents — a percuté un conflit en train d'éclater, et où elle a dû décider en une nuit ce qui pouvait être publié et ce qui pouvait coûter des vies. Elle a publié les données, tu les noms, et gagné la dispute avec ses rédacteurs à 4 heures du matin. « Les chiffres n'ont pas d'opinions, dit-elle. Mais la personne qui choisit quels chiffres compter, si. Je vous dis qui je suis. »

Basée à Tel-Aviv, elle couvre l'économie de l'innovation, le gaz de la Méditerranée orientale et les technologies de défense.

Vie personnelle

Tamar Levi a grandi à Haïfa, fille d'un ingénieur logiciel et d'une infirmière, dans une rue où la colline rencontrait la mer. Elle vit à Florentin, à Tel-Aviv, avec son compagnon de longue date, un chef — pas d'enfants, et le vrai maître de l'appartement est le chien, un rescapé de la rue qui a ses opinions. Elle fait de l'escalade, passant ses week-ends sur les falaises de calcaire où son téléphone, par dessein, ne capte pas. À la maison, on parle hébreu et anglais, parfois au milieu d'une phrase ; son compagnon dit que c'est ce qui arrive quand une journaliste tombe amoureuse d'un homme qui lit les recettes comme elle lit les fuites.

Parcours

  • 2018 — Licence de statistiques, université hébraïque de Jérusalem
  • 2019–2022 — Journaliste technologie et start-up, Tel-Aviv
  • 2023 — Correspondante innovation, Berlin
  • 2024–2025 — Journaliste de données, technologies de défense et énergie, Tel-Aviv
  • 2026 — Correspondante innovation et technologie, Magna Bureau
Opinion L'économie de l'innovation

Le miracle avait un prix.

En janvier 2020, aucun vaccin contre un coronavirus n'avait jamais été homologué nulle part sur terre. En décembre, deux d'entre eux circulaient déjà dans des bras humains. Onze mois. Voilà la partie qu'on grave sur le trophée. Cette chronique s'intéresse au reste de l'histoire — la partie où il est question d'argent.

Commençons par l'anomalie, car l'anomalie est toute l'histoire.

Le SRAS est apparu en 2003. Une vingtaine de candidats-vaccins sont entrés en développement ; la plupart n'ont jamais atteint la clinique, parce que l'épidémie fut contenue et que l'argent s'en est allé. Le MERS est apparu en 2012 ; ses candidats n'ont guère fait mieux — une phase 1 ici, un essai enlisé là. Les chercheurs furent d'une franchise admirable sur les raisons : avec si peu de cas, un essai d'efficacité aurait exigé cent mille participants, ce qui n'était, selon leur propre terme, pas réalisable. À ce jour, aucun vaccin n'a jamais été homologué ni contre le SRAS ni contre le MERS. La position de l'industrie n'a jamais été qu'un vaccin à coronavirus fût impossible. Elle était que personne ne paierait pour lui.

Puis le client payant est arrivé. L'opération Warp Speed, lancée le 15 mai 2020, était un programme public-privé d'environ 10 milliards de dollars, avec un objectif affiché de 300 millions de doses pour janvier 2021. Lisez ses contrats comme le ferait un investisseur. Moderna a reçu quelque 955 millions de dollars pour le développement et une commande anticipée de 1,5 milliard pour 100 millions de doses — et son vaccin, le mRNA-1273, fut codéveloppé avec les scientifiques du centre de recherche vaccinale des NIH, qui travaillaient déjà sur un vaccin contre la protéine spike du MERS et offrirent à toute l'entreprise son avance décisive. Pfizer n'a pris aucun argent fédéral pour la recherche — à chacun son dû — mais a signé un accord d'achat anticipé de 1,95 milliard de dollars pour 100 millions de doses, tandis que son partenaire BioNTech recevait 365 millions d'euros de subvention du gouvernement allemand et un prêt de 100 millions de la Banque européenne d'investissement. Les gouvernements n'ont pas seulement financé la recherche. Ils ont acheté le produit avant qu'il n'existe.

Venons-en à la responsabilité — ou plutôt à son absence. Avec effet au 4 février 2020, le secrétaire américain à la Santé a émis une déclaration au titre du PREP Act couvrant les contremesures contre la COVID-19 : fabricants, distributeurs et administrateurs se voyaient immunisés contre toute action en responsabilité découlant de la conception, du développement, des essais, de la fabrication, de l'étiquetage, de la commercialisation, de la vente et de l'usage des produits. Seul recours restant : un programme fédéral d'indemnisation. Considérez ce que cela signifie en termes commerciaux. La recherche était subventionnée. L'achat était garanti d'avance. Et les procès étaient, par déclaration, illégaux.

« La recherche était subventionnée. L'achat était garanti d'avance. Et les procès étaient, par déclaration, illégaux. »

Les chiffres qui suivirent appartiennent aux annales du commerce. Pfizer a déclaré 36,781 milliards de dollars de revenus Comirnaty en 2021 — le plus gros chiffre d'affaires annuel jamais enregistré pour un produit pharmaceutique, près du double du détenteur précédent du record, l'Humira, à 20,7 milliards. En 2022 : 37,806 milliards. Sur la période 2021–2024, les documents déposés par Pfizer font état d'environ 91,2 milliards de dollars de revenus Comirnaty reconnus — avec, selon les prévisions de l'entreprise, une marge avant impôts dans le haut des vingt pour cent, après un partage à cinquante-cinquante de la marge brute avec BioNTech. La trajectoire de Moderna est plus vertigineuse encore : 803 millions de dollars de revenus totaux en 2020, 18,5 milliards en 2021, un bénéfice net de 12,2 milliards — une entreprise qui n'avait jamais vendu le moindre produit de son histoire, transformée en douze mois en l'une des sociétés les plus rentables de la planète.

Et puis le prix a augmenté. Les stocks gouvernementaux épuisés, Pfizer a fait flotter un prix commercial de 110 à 130 dollars la dose pour 2023. Deux parlementaires américains ont écrit, furieux, à propos d'« un nouveau jour de paie colossal pour l'entreprise aux dépens de la pandémie », relevant que cette hausse s'ajouterait aux dizaines de milliards déjà engrangés. La fureur n'a rien changé. Le prix est resté.

Le chapitre européen mérite son propre récit, car il est toujours sous enquête pénale. En 2021, la présidente de la Commission européenne a négocié le plus gros contrat vaccinal de l'UE — jusqu'à 1,8 milliard de doses, pour un montant pouvant atteindre 35 milliards d'euros — en partie par échanges de textos avec le directeur général de Pfizer. Quand des journalistes ont demandé à voir les messages, la Commission a d'abord affirmé ne pas les avoir conservés, puis qu'ils étaient trop éphémères pour constituer des documents. La médiatrice européenne a conclu à une mauvaise administration. En mai 2025, le Tribunal de l'UE a jugé que la Commission avait eu tort de refuser l'accès. Le Parquet européen a repris une enquête pénale belge sur la passation du marché. Aucune charge n'a été retenue — disons-le nettement — mais relisez la phrase qui précède : un contrat public de 35 milliards d'euros, négocié par SMS, et les messages ont disparu.

Rien de tout cela n'efface la science, et une chronique sérieuse le dit. La plateforme ARNm fut l'œuvre de décennies ; les travaux sur la protéine spike du SRAS et du MERS, jamais commercialisés, offrirent à l'effort COVID son élan initial ; mener les essais en parallèle et fabriquer à risque furent d'authentiques prouesses logistiques. Les onze mois entre la publication de la séquence et les résultats de phase 3 furent mérités — et ils furent aussi achetés, blindés et prévendus. Les deux sont vrais. C'est précisément là le sujet.

Tout fondateur rêve d'adéquation produit-marché. Ceci fut plus rare encore : le marché était obligatoire, le client était tout le monde, la recherche était financée par l'argent public, l'achat était garanti avant l'homologation, la responsabilité était abolie par déclaration, et le plus gros contrat de l'histoire européenne fut négocié par texto. On peut admirer la science de tout son cœur et demander néanmoins, le regard franc, dans quel commerce le commerce était.

Ce ne fut jamais seulement un vaccin. Ce fut le plus grand lancement de produit de l'histoire du capitalisme — et comme tout grand lancement, le produit n'en était que la moitié.

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Opinion L'avenir du travail

L'emploi est mort. Vive le registre.

L'IA ne supprime pas les emplois — elle les dépièce, morceau par morceau. Ce qui succédera à l'emploi comme atome de l'identité économique, ce n'est pas le petit boulot : c'est le registre vérifié de ce que vous savez réellement faire.

L'emploi était un forfait. Et le forfait arrive à expiration.

Pendant près d'un siècle, le mot « emploi » a accompli dans les vies humaines un travail prodigieux. Car l'emploi n'était pas qu'un moyen de gagner sa vie : c'était une identité (« que faites-vous dans la vie ? »), une retraite en gestation, une assurance santé, un cercle social, un emploi du temps, une garde-robe — et, dans la sociologie silencieuse de l'affaire, un verdict rendu sur votre valeur. Perdre son emploi, ce n'était pas seulement perdre un revenu : c'était perdre la réponse à la toute première question que vous posent les inconnus.

L'intelligence artificielle ne supprime pas les emplois, au sens brutal où l'entend la une des journaux. Elle fait quelque chose de plus radical : elle dépièce le forfait. Les fonctions qu'un emploi remplissait — séparées, automatisées ou délocalisées — s'émancipent les unes des autres, et l'unité qu'on appelait « emploi salarié » se dissout dans ses éléments constitutifs. Ce qui vient ensuite n'est pas le chômage de masse. C'est la fin de l'emploi comme atome de l'identité économique.

Le forfait, pièce par pièce

Ouvrez la boîte : voici ce que contenait vraiment l'emploi de vos grands-parents :

Le revenu, d'abord — la part évidente : un flux prévisible, facturé au mois. L'identité — un titre qui répondait à la question sociale avant même qu'on la pose. L'assurance — retraites, congés maladie, ce sentiment discret que l'avenir était couvert. La communauté — collègues, rivaux, cancans, le théâtre quotidien d'autrui. La structure — un tempo : les matins, les échéances, les petites grâces de la routine.

Cinq fonctions, un seul emballage. Le génie de l'entreprise du XXe siècle fut de les nouer si serré que l'on confondit l'enveloppe avec le contenu. La tragédie, qui se joue sous nos yeux, est de découvrir la différence — à ses dépens.

L'IA s'en prend à chaque fonction séparément. Les tâches qui généraient le revenu — rédiger, résumer, coder, analyser, concevoir — sont les premières à tomber, parce qu'elles furent toujours la partie la plus lisible du travail. La structure est remplacée par le petit boulot algorithmique : les missions arrivent, vous cliquez, le logiciel vous ordonnance. La communauté, elle, a déjà émigré vers les fenêtres de chat. Et l'identité s'amincit plus vite que tout : essayez d'expliquer à vos enfants que vous êtes « analyste » quand l'analyse est exécutée par un modèle, à trois heures du matin, pour une fraction de centime.

Ce qui survit au dépècement, c'est l'assurance — et c'est précisément la fonction que le marché, livré à lui-même, fournit le plus mal. La retraite était le miracle discret de l'emploi : différée, paternaliste, sans éclat. Or il s'avère qu'on ne peut pas automatiser la promesse que quelqu'un prendra soin de vous dans votre vieillesse. On ne peut que la financer. Et tous les modèles de financement postulaient que le forfait durerait éternellement.

Ce que le registre brise

Cette transition n'a rien d'aimable, et il serait malhonnête de le prétendre. Le forfait de l'emploi recelait des protections que le registre ne fournit pas de lui-même.

La taxe de volatilité. Le salaire lissait le hasard ; le registre vous y expose. Le décile supérieur des travailleurs du registre — les vérifiés, les spécialistes, les virtuoses de l'auto-marketing — gagnera des multiples de l'ancien salaire. La médiane, elle, fera les montagnes russes : festin, puis famine. L'inégalité des revenus cessera d'être une statistique d'entreprises pour devenir une biographie d'individus.

Le vide identitaire. Aujourd'hui, « que faites-vous ? » se résout en un nom — ingénieur, enseignante, manager. Dans l'économie du registre, cela se résoudra en un paragraphe : un portfolio de productions vérifiées, perpétuellement en révision. C'est honnête, et c'est épuisant. Une génération nourrie aux noms devra apprendre à se raconter sans discontinuer — l'équivalent psychologique d'un entretien d'embauche permanent.

Le fossé de l'assurance. Voilà la crise qui compte. Retraites, santé, invalidité — toute l'architecture de la protection sociale du monde développé fut bâtie sur un postulat silencieux : des employeurs stables prélevant des cotisations stables sur des paies stables. Dépiècez l'emploi, et vous dépiècez le mécanisme de financement. Les États incapables de reconstruire l'assurance sociale autour du registre — prestations portables, cotisations attachées aux individus plutôt qu'aux employeurs — verront leurs filets de sécurité s'effilocher en symboles.

La crise des titres. Le sale secret du registre, c'est que la vérification y est inégalement distribuée. La production d'un codeur est lisible par les machines ; celle d'une soignante, non. Les métiers dont la valeur est relationnelle, incarnée ou tacite — soins, enseignement, artisanat — récoltent de mauvais scores sur des registres conçus par du logiciel, et leurs travailleurs risquent d'être tarifés à l'aune de proxys qui manquent l'essentiel. Le registre mesure ce qu'il peut voir. Ce qu'il ne voit pas, il le décote. Ce n'est pas un bug technique ; c'est un bug civilisationnel. Et toute économie du registre incapable de tarifer le soin à sa juste valeur reproduira la plus ancienne injustice de l'économie : le travail qui entretient la vie, valorisé le moins.

Certains pays esquissent déjà les réponses : comptes de prestations portables qui suivent le travailleur d'une plateforme à l'autre, registres publics de compétences vérifiées faisant office de CV national, règles de cotisation pour les employeurs algorithmiques. Ce ne sont pas des luxes. C'est la tuyauterie de tout ce qui viendra après l'emploi — et les pays qui la poseront les premiers détiendront un avantage décisif sur la seule ressource qui compte encore : des gens prêts à prendre des risques.

La blague noire

Il y a dans tout cela une symétrie cruelle. La grande conquête ouvrière du XXe siècle fut l'emploi — le pacte qui troquait l'obéissance contre la sécurité. La grande technologie ouvrière du XXIe siècle défait le pacte, tâche après tâche, tout en conservant l'obéissance : le manager algorithmique est plus exigeant que le pire des contremaîtres, et il ne vous remettra jamais la montre d'or du départ.

Les optimistes disent que le registre libère : fini les patrons, fini les trajets, fini les simagrées. Les pessimistes disent qu'il atomise : fini les collègues, fini les retraites, fini la couverture. Les deux ont raison — et c'est pourquoi la transition ressemblera à la fois à une libération et à un licenciement : souvent la même semaine, souvent pour la même personne.

La vraie question n'est pas de savoir si l'emploi survit. Non. La question est ce que nous bâtissons à l'endroit où se tenait le forfait : une économie du registre avec assurance portable et liberté réelle, ou une économie du registre sans l'une ni l'autre. La technologie a déjà voté. La politique, pas encore.


L'emploi fut la réponse du XXe siècle à la question de savoir comment une personne convertit le temps en vie. C'était une bonne réponse — stable, digne, assurable — et elle prend sa retraite. Ce qui la remplacera sera décidé non par les modèles, qui ne font que mesurer, mais par les institutions que nous bâtirons autour de la mesure. Le registre arrive. Qu'il soit une cage ou une toile demeure, par bonheur, entre nos mains.

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Opinion Économie de l'innovation & tech de défense

Nous avons bâti la tech : regardez les géants se la disputer.

À Tel-Aviv, un fondateur vous pitche une idée, prend votre argent, et tient un prototype fonctionnel avant votre vol de retour. Ceci n’est pas une métaphore. Je l’ai vu se produire entre un atterrissage et un décollage.

L’économie de l’innovation tourne ici avec un carburant simple : un petit pays sans autres ressources naturelles que les gens, et une armée qui forme des jeunes de dix-neuf ans à diriger des opérations que la plupart des armées confient à des généraux. Le pipeline est célèbre — de l’unité à la startup, de la startup à la sortie — et les résultats sont partout : les puces de votre téléphone, la sécurité de votre cloud, la tarification de votre assurance. Nous sommes le laboratoire dont le monde prétend pouvoir se passer — tout en bâtissant discrètement son avenir à l’intérieur.

Les chiffres embarrassent les métaphores ; allons-y donc : six pour cent du PIB dans la recherche et le développement — la part la plus élevée de l’OCDE — dans un pays sans pétrole, sans minerais, à moitié désertique. Neuf mille startups, plus par habitant que nulle part sur terre. Le pipeline n’est pas une métaphore : c’est un dossier du personnel. L’Unité 8200 libère des adolescents qui dirigeaient des opérations confiées ailleurs à des généraux, et dans les cinq ans ils fondent des entreprises. Mobileye, cédée à Intel pour quinze milliards. Wiz — la sécurité cloud, quatre amis de la même unité — devenue la plus grosse acquisition de l’histoire de Google. Les puces de votre téléphone, le pare-feu de votre banque, l’algorithme qui tarifie votre assurance : vérifiez un jour les étiquettes.

Ce qui nous amène aux géants. Washington veut la tech, et offre une aide assortie de conditions assez longues pour atteindre la Knesset. Bruxelles veut la tech, et offre des leçons sur tout le reste. Le Golfe — le nouvel ami — veut la tech, et offre de l’argent réel avec une franchise admirable. Et l’Orient veut la tech aussi, discrètement, par tous les canaux qui ne requièrent pas de communiqué de presse. Chacun de ces géants arrive convaincu de nous faire une faveur — l’accès au marché, la légitimité, le partenariat. Lisez dans l’autre sens : quatre enchérisseurs, un laboratoire, et le laboratoire n’est pas celui qui craint d’être ignoré.

Les enchérisseurs, par ordre de volume. Washington : près de quatre milliards par an d’aide militaire, l’allocation la plus généreuse de la géopolitique — chaque dollar avec un processus de révision, un comité de transfert de technologie, et des directives sur les marchés où nous avons le droit de vendre. Bruxelles : l’argent de la recherche Horizon, des cadres de partenariat, et un commentaire continu sur tout le reste, livré avec l’assurance d’un continent qui n’a pas remporté une course technologique depuis trente ans. Le Golfe, le nouvel ami : de l’argent réel, une franchise admirable, des accords de normalisation ouvrant des marchés de Dubaï à Riyad — pas de leçons, juste des term sheets. Et l’Orient : des délégations discrètes, des mémorandums non signés, de l’intérêt par des canaux qui se passent de communiqués de presse. Quatre enchérisseurs, un laboratoire. Nous prenons les quatre rendez-vous, vendons à chacun ce que nous pouvons, et gardons les joyaux de la couronne — le code source, les algorithmes, la génération suivante — à la maison. Pas du cynisme. De la gestion d’inventaire.

« Washington offre l’aide et ses conditions. Bruxelles offre les leçons. Le Golfe offre le cash. L’Orient offre le silence. Quatre enchérisseurs, un laboratoire — et le laboratoire n’est pas le fébrile. »

Les gisements gaziers enseignèrent ce que les startups enseignèrent. Il y a quinze ans, nous importions presque chaque goutte d’énergie ; puis Tamar, puis Léviathan — des milliards de mètres cubes sous la Méditerranée — et soudain le pays qui avait inventé l’irrigation au goutte-à-goutte exportait des molécules vers l’Égypte et la Jordanie, avec un forum gazier régional siégeant au Caire, entre tous les lieux. L’indépendance énergétique, forée et conçue par notre propre obstination. L’Europe, à court de gaz russe, a retrouvé notre numéro de téléphone. Ce que vous développez vous-même, nul ne peut vous l’enlever — les startups l’enseignèrent les premières, et la mer l’a confirmé.

Et la défense — la startup originelle. Dôme de fer, Fronde de David, Arrow : des systèmes aux états de service au combat qu’aucune brochure ne saurait falsifier, interceptant des roquettes par milliers à la télévision en direct. Rien ne se vend comme cela. Les exportations d’armes battent des records année après année ; chaque armée de l’air dotée d’un budget veut l’équipement qui a fonctionné, sous le feu, mardi dernier. Les ingénieurs qui miniaturisèrent les intercepteurs miniaturisent les dispositifs médicaux ; les algorithmes qui suivent une roquette suivent une tumeur. La guerre nous a rendus bons en technologie. La technologie pourra, un jour, rendre la guerre moins nécessaire. Un jour.

« Ce que vous développez vous-même, nul ne peut vous l’enlever : les startups l’enseignèrent les premières, la mer l’a confirmé. »

Alors nous faisons ce que font les petits pays intelligents : nous vendons à tous ceux à qui nous le pouvons, nous nous associons où il le faut, et nous gardons les joyaux de la couronne à la maison. Les gisements au large de nos côtes nous enseignèrent la même leçon que les startups : ce que vous développez vous-même, nul ne peut vous l’enlever. Les géants continueront de tourner, chacun convaincu que le laboratoire existe pour son bénéfice. Non. Il existe pour le sien — bâti dans un désert, sous pression, pendant que les experts le déclaraient impossible. Ils peuvent sermonner, conditionner et flatter à loisir. La dépendance va dans un sens, et chacun dans la pièce sait lequel. La chutzpah n’est pas du marketing. C’est le modèle économique.

Les petits pays intelligents ont sur les grands un avantage : ils ne peuvent s’offrir d’illusions. Ni ressources, ni arrière-pays, ni marge d’erreur — seulement des gens, et la pression qui change les gens en ingénieurs. Les géants continueront de tourner, chacun convaincu que le laboratoire existe pour son bénéfice, offrant conditions, leçons, cash ou silence. Nous continuerons de prendre les rendez-vous, de signer les accords, et de bâtir la prochaine chose dans un désert que les experts disaient impossible. La chutzpah n’est pas du marketing. Elle ne l’a jamais été. C’est le modèle économique — et les affaires, heureusement, sont excellentes.

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