Près d'un an après l'offensive de novembre 2025 qui a dévasté Jamaame, les survivants vivent encore avec des éclats d'obus, des paralysies et des questions sans réponse — tandis que les frappes américaines en Somalie tournent à un rythme près de quatre fois supérieur à celui de l'ère Biden et que l'AFRICOM blanchit sa propre campagne.
Publié le 20 octobre 2026 · 04:30 GMT
Le 20 octobre 2026, Al Jazeera a publié les récits de familles marquées par l'offensive de novembre 2025 autour de Jamaame, dans le Jubaland au sud de la Somalie, où des frappes américaines appuyaient les forces somaliennes contre les shebabs. Maryam Haji Abdi Guled raconte que son fils Abdiqadir, sept ans, porte toujours un éclat d'obus près de la hanche — les médecins préviennent que son extraction pourrait le paralyser — et qu'elle l'accompagne chaque jour à l'école, de peur qu'un autre enfant ne déplace le fragment. Trois de ses six enfants ont été blessés ce matin-là. Comme d'autres survivants, elle décrit morts, déplacements et vies brisées après une offensive dont l'armée américaine reconnaît les frappes — les 14 et 15 novembre 2025 à Jamaame — tout en contestant toute victime civile. Ces témoignages paraissent alors que la campagne aérienne américaine tourne à un rythme inédit depuis le premier mandat Trump, après qu'une évaluation interne de l'AFRICOM a jugé les signalements de morts civiles insuffisants pour attribution.
L'AFRICOM recense 84 frappes jusqu'à fin septembre 2026 ; la New America Foundation, qui suit la campagne indépendamment, en compte 88. Le Long War Journal évalue le total déclaré 2026 à près de 86. La trajectoire est claire : 124 frappes en 2025 — un record, contre 10 en 2024 et plus que le précédent sommet de 63 en 2019 — et les données d'Airwars citées par Al Jazeera montrent que la seconde administration Trump approche déjà le total de son premier mandat, à un rythme près de quatre fois supérieur à celui de l'ère Biden.
Peu après 9 heures le 15 novembre 2025, des explosions ont ravagé le quartier de Burburka à Jamaame : au moins 12 civils tués — dont huit enfants — et au moins 18 maisons plus une école coranique détruites, selon l'enquête du Guardian de juin 2026. L'opération américaine la plus meurtrière pour les civils en Somalie depuis 18 ans. Airwars (USSOM535) fait état de 21 à 25 civils tués et neuf blessés. Un réseau piloté par le HCR a documenté 12 morts civiles autour de Jamaame entre le 16 et le 18 novembre et 22 800 déplacés dans un mouvement « rapide et massif ». Le Jubaland revendique au moins 56 shebabs tués et 20 capturés ; Al Jazeera n'a pas pu vérifier.
L'AFRICOM dit avoir évalué les signalements de 10 à 12 civils tués et de maisons et commerces détruits à Jamaame, concluant que les preuves n'atteignaient pas son seuil du « plus probable qu'improbable » pour attribuer ces dommages à ses frappes. Le commandement n'a pas dit si ses enquêteurs avaient interrogé des survivants, mais a indiqué que l'évaluation pourrait être rouverte. En juillet 2026, le général Dagvin Anderson a reconnu à Mogadiscio des erreurs américaines et des « réparations » versées. Depuis début 2025, l'AFRICOM ne publie quasiment plus de bilans humains dans ses communiqués.
Le 13 septembre 2025, une frappe près de Badhan, dans le nord, a tué le chef de clan Omar Abdullahi, en convoi ; l'AFRICOM l'a ensuite présenté comme un trafiquant d'armes shebab. Les enquêtes criminelles du Puntland affirment qu'il n'avait aucun casier, et le ministre de la Défense Ahmed Moallim Fiqi a contesté ce meurtre au parlement. L'évaluation des dommages civils de l'AFRICOM n'a pas atteint son seuil d'attribution, et le commandement n'a jamais divulgué les preuves de la qualification de trafiquant d'armes.
Le bilan exact de Jamaame — 12 morts selon le Guardian et le HCR, jusqu'à 25 selon Airwars —, les cibles visées et les munitions utilisées. On ignore si l'évaluation de l'AFRICOM s'appuie sur les témoignages des familles citées par Al Jazeera, si elle sera rouverte, ou si des compensations ont atteint les survivants : la loi américaine prévoit jusqu'à 3 millions de dollars par an, mais aucun versement lié à Jamaame n'est confirmé. À Badhan, les renseignements justifiant la frappe restent secrets.
Jamaame est le test le plus sévère d'une campagne qui s'étend plus vite que ses garde-fous. Sous la seconde administration Trump, les frappes obéissent à des règles assouplies : la stratégie antiterroriste 2026 a rendu aux commandants l'autorité d'approbation, inversant la centralisation de l'ère Biden — un changement salué par le général Anderson. Quand le seuil pour frapper baisse et que celui pour reconnaître un dommage reste au « plus probable qu'improbable », l'écart entre la réalité d'une ville somalienne et le récit officiel s'élargit. Six mois après, aucune enquête n'avait été ouverte, constatait le Guardian : c'est ce silence que les survivants contestent. La fracture de la responsabilité traverse cette histoire.
Le dossier de Jamaame révèle trois traits structurels. D'abord, l'autorisation s'est rapprochée de la détente : la stratégie 2026 a rendu l'approbation aux commandants, tandis que l'AFRICOM ne publie plus de bilans humains depuis 2025 — la frappe s'exécute plus vite, le compte rendu s'éloigne. Ensuite, le « plus probable qu'improbable » est un bouclier institutionnel : l'armée n'a pas à prouver l'absence de dommage, seulement l'insuffisance des preuves — et le renseignement étant classifié, la conclusion est inattaquable. Enfin, l'information est asymétrique par construction : les shebabs gonflent les bilans — Anderson les accuse de les fabriquer « presque à chaque fois » — mais le dossier indépendant (HCR, Airwars, radiographies du Guardian, PAX au Jubaland) converge vers un préjudice documenté que le récit officiel ne peut absorber. Le camp le moins transparent fixe les termes du doute.
Le passif est plus long : 102 incidents documentés par Airwars, 85 à 162 civils tués dont 23 à 26 enfants ; l'ARIJ fixe le plancher à 216 tués ou blessés depuis 2007. Chaque frappe s'accumule : au Jubaland, PAX a trouvé des vies brisées, des déplacements, des traumatismes — et parfois les dispensaires et routes dont les blessés auraient besoin, note Anna Zahn d'Airwars. Une campagne qui se mesure en frappes produira d'autres Jamaame ; mesurée en civils protégés, elle devrait d'abord les compter. Cette guerre aérienne n'est qu'un front d'une posture plus large — le « soutien total » de Trump à Netanyahu et la pression sur l'Iran montrent la même préférence pour la force.
Les effets de second ordre sont visibles. Les morts civiles sont le meilleur argument de recrutement des shebabs : chaque frappe contestée nourrit leur récit d'une guerre contre les gens ordinaires. À Mogadiscio, l'affaire de Badhan a tendu le partenariat dont dépend Washington. Ombre juridique : le fonds annuel de 3 millions inutilisé, les évaluations non rouvertes, les preuves classifiées — matière de futurs contentieux et de ces campagnes transnationales que la campagne américaine contre la CPI veut prévenir. Et le précédent : un règlement de ciblage réécrit pour la vitesse en Somalie ne restera pas en Somalie.
Trois choses à surveiller. Les évaluations trimestrielles de l'AFRICOM : Jamaame sera-t-il rouvert, les bilans humains recommenceront-ils à être publiés ? Le décompte 2026 — près de 90 frappes en octobre — face au record de 124 en 2025 : le tempo survivra-t-il à l'examen des récits de survivants ? Et Mogadiscio : la contestation du ministre de la Défense sur Badhan montre une patience limitée face aux dommages non reconnus — la prochaine frappe contestée la mettra à l'épreuve.
À Washington, la campagne est un contre-terrorisme au « tempo nécessaire ». L'AFRICOM la décrit comme coordonnée avec Mogadiscio, contre les shebabs — « la plus grande et meurtrière filiale d'al-Qaida » selon les États-Unis — et la branche somalienne de l'État islamique. La Maison-Blanche a rejeté l'enquête du Guardian et tout lien entre la rhétorique présidentielle et les décisions militaires.
À Jakarta, asatunews a porté les conclusions du Guardian en Asie avec un reportage propre : l'optique du drone MQ-9 Reaper — « on peut lire les plaques d'immatriculation », dit un ancien analyste américain — et Jethro Norman (Institut danois) sur les règles assouplies : « feu vert pour des opérations à haute intensité avec un contrôle minimal », où un renseignement local défectueux transforme des rivalités claniques en cibles. Pour l'Est, la Somalie est un théâtre secondaire, mais le schéma est lisible : une guerre aérienne en expansion, à la transparence décroissante.
Al Jazeera, depuis Doha, a rendu leurs noms aux survivants — Maryam, Ali, Nuur — et pressé l'AFRICOM de dire si ses enquêteurs les avaient interrogés. Les médias somaliens y voient une question de souveraineté : le Somali Guardian et Kaab TV suivent Jamaame et Badhan, et la contestation parlementaire du ministre de la Défense sur Badhan a marqué une rare rupture entre Mogadiscio et Washington. L'enquête de septembre 2026 des Arab Reporters for Investigative Journalism (données Airwars) compte au moins 216 civils tués ou blessés entre 2007 et mai 2025 — un plancher.
Lors d'une offensive de novembre 2025 associant frappes américaines et forces somaliennes contre les shebabs, Jamaame, dans le Jubaland, a été bombardée. Le matin du 15 novembre, des explosions ont tué au moins 12 civils — dont huit enfants — et détruit au moins 18 maisons et une école coranique, selon l'enquête du Guardian. L'armée américaine reconnaît des frappes les 14 et 15 novembre, mais conteste toute victime civile.
Les chiffres sont contestés. Airwars a documenté 102 incidents et estime entre 85 et 162 civils tués, dont 23 à 26 enfants. L'enquête de septembre 2026 des Arab Reporters for Investigative Journalism (données Airwars) fixe le plancher à 216 tués ou blessés entre 2007 et mai 2025 — les seuls cas vérifiés. L'AFRICOM en reconnaît bien moins, avec son seuil du « plus probable qu'improbable ».
Sous la seconde administration Trump, Washington a assoupli les règles encadrant les frappes aériennes : la stratégie antiterroriste 2026 a rendu aux commandants militaires une plus grande autorité d'approbation, inversant les procédures plus centralisées de l'ère Biden. L'AFRICOM a mené un record de 124 frappes en 2025, contre 10 en 2024, et suit un tempo comparable en 2026. Le général Dagvin Anderson, commandant de l'AFRICOM, a publiquement salué cette flexibilité opérationnelle accrue.
La législation américaine prévoit jusqu'à 3 millions de dollars par an pour les civils tués ou blessés, ou dont les biens ont été endommagés, lors d'opérations américaines. L'AFRICOM dit envisager reconnaissance, excuses ou compensation quand ses évaluations établissent un dommage « plus probable qu'improbable ». Aucun paiement lié à Jamaame n'est confirmé ; les survivants disent n'avoir reçu que peu d'aide.
Le 13 septembre 2025, une frappe américaine près de Badhan, dans le nord, a tué le chef de clan Omar Abdullahi, en convoi. L'AFRICOM l'a présenté comme un trafiquant d'armes shebab ; mais les enquêtes du Puntland affirment qu'il n'avait aucun casier, et le ministre de la Défense a contesté ce meurtre au parlement. L'évaluation de l'AFRICOM n'a pas atteint son seuil d'attribution, et le commandement n'a jamais divulgué ses preuves.