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Histoire · Maroc : le long empire

Moulay Rachid

Avant Moulay Ismaïl le bâtisseur, il y eut Moulay Rachid le fondateur — le prince alaouite qui réunifia le Maroc après l'anarchie du XVIIe siècle et posa les fondations de la dynastie qui règne encore aujourd'hui.

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Maroc 1630–1672

Avant Moulay Ismaïl le bâtisseur, il y eut Moulay Rachid le fondateur — le prince alaouite qui réunifia le Maroc après l'anarchie du XVIIe siècle et posa les fondations de la dynastie qui règne encore aujourd'hui.

Les Alaouites étaient des chérifs du Tafilalet, descendants du Prophète par Hassan, qui s'étaient élevés comme puissance maraboutique dans le chaos suivant l'effondrement saadien. Quand le vieux sultan Mohammed el-Hajj de la confrérie des Dila'ites dominait le Maroc central et que le pays n'était qu'une mosaïque de chefs de guerre, de républiques corsaires et de ports occupés par l'étranger, le jeune Moulay Rachid — second fils de Moulay Chérif — commença la reconquête depuis la base familiale de Sijilmassa.

La méthode de Rachid fut implacable et brillante. En 1664, il s'empara d'Oujda et du nord-est, puis marcha sur Fès — le prix. En 1666, il entra à Fès, la capitale spirituelle, et fut proclamé sultan : le règne de la dynastie alaouite commence, formellement, avec cette entrée. Puis vint Marrakech en 1669, prise aux derniers restes saadiens, et avec elle le sud. En six ans, un prince de l'oasis du Tafilalet avait réuni un pays fragmenté depuis un demi-siècle.

Rachid fut plus qu'un conquérant ; ce fut un bâtisseur d'État. Il comprit que la prétention alaouite — la descendance chérifienne, la plus ancienne légitimité du Maroc — avait besoin d'institutions. Il rebâtit l'administration du makhzen, reconstitua les armées guich (régiments militaires tribaux établis sur des terres en échange du service), dompta la confrérie des Dila'ites en détruisant leur zaouïa de Dila en 1668, et restaura les routes transsahariennes qui finançaient l'État. Il allait de Fès à Marrakech, régnant en héritier des Idrissides comme des Saadiens.

Son règne fut fauché : en 1672, à quarante-deux ans, il mourut d'un accident de cheval à Marrakech — désarçonné, disent les chroniques, dans les jardins du palais. Son frère Moulay Ismaïl lui succéda, qui régnerait cinquante-cinq ans et donnerait à l'État alaouite sa forme classique. Mais Ismaïl bâtit sur les fondations de Rachid : le royaume réunifié, le système des guichs, les rivaux anéantis, la légitimité chérifienne restaurée.

La mémoire marocaine éclipse parfois Rachid derrière le long règne de son frère, mais les historiens savent : les fondateurs comptent plus que les perfectionneurs. Moulay Rachid prit un pays brisé et en refit un royaume en six ans. La dynastie alaouite — la plus ancienne dynastie régnante du monde musulman, encore sur le trône — commence avec lui.

La destruction de la zaouïa des Dila'ites par Rachid en 1668 mérite d'être soulignée, car ce fut l'acte décisif de la fondation alaouite : les Dila'ites — la confrérie soufie dont les cheikhs avaient gouverné le Maroc central en sultans de fait — représentaient l'avenir alternatif, un Maroc gouverné par des saints plutôt que par des chérifs. En rasant Dila et dispersant ses savants à Fès, Rachid trancha la question marocaine permanente en faveur du makhzen : l'État patronnerait les confréries mais ne serait jamais gouverné par elles, la formule suivie par chaque sultan alaouite depuis. Son système des guichs — établissant des tribus loyales sur des terres de la couronne autour des capitales en échange du service militaire, les Oudaya, les Cherarda, les Aït Idrassen — créa les maisons militaires qui tinrent garnison dans l'empire pendant deux siècles ; les Oudaya de Rabat, dont la kasbah porte encore le nom, sont l'institution vivante de Rachid. Il mourut, insistent les chroniques, d'une chute lors d'une course de chevaux dans les jardins du palais de Marrakech — une mort de fondateur aussi brutale que son ascension, laissant le trône au frère qui rendrait la dynastie éternelle.

En bref : 1630–1672

Impact sur la civilisation

Un chapitre de « Maroc : le long empire » — plus de huit siècles d’État marocain continu, des Idrissides aux Alaouites régnants.

Sources:
  • The Cambridge History of Africa, vol. 4
  • Encyclopaedia of Islam: Mawlay Rashid
  • Jamil Abun-Nasr, A History of the Maghrib
  • Chantal de la Véronne, Histoire du Maroc

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