Plus de 15 000 patients attendent une évacuation médicale, les stations d’oxygène tombent en panne et un cancer détecté tôt tue quand même — le « cessez-le-feu » a changé le tempo des bombardements, pas la logique du blocus, disent les soignants.
Publié le 10 octobre 2026 · 14:19 GMT
Quand le « cessez-le-feu » a été annoncé le 10 octobre de l’année dernière, les soignants de Gaza se sont autorisé une attente rare : que les médicaments et les équipements arrivent plus régulièrement, que les hôpitaux puissent commencer à être restaurés, que les patients puissent partir se faire soigner et que des équipes d’urgence étrangères viennent épauler des personnels de santé épuisés. Un an plus tard, rien de tout cela ne s’est produit.
Le récit s’articule autour d’Iktimal, la tante d’une collègue de MAP. En février, sentant que quelque chose n’allait pas, elle a passé une biopsie — mais le laboratoire, comme tant d’autres à Gaza, manquait des réactifs nécessaires pour analyser l’échantillon à temps. Plus d’un mois s’est écoulé avant qu’elle apprenne qu’elle souffrait d’un cancer du col de l’utérus, une maladie généralement curable détectée tôt. L’opération a eu lieu en avril ; la convalescence a été lente, des complications rénales sont apparues, et les soins spécialisés dont elle avait besoin n’existaient pas à Gaza. Sa famille a demandé une évacuation médicale auprès d’une bureaucratie lente et opaque ; quand les autorités israéliennes l’ont approuvée, son état était critique. Elle a gagné l’Égypte dans l’espoir d’être soignée. Deux semaines plus tard, elle était morte.
Les chiffres sont inhabituellement précis, et ils pointent tous dans la même direction. Plus de 1 470 personnes ont été tuées depuis le début du « cessez-le-feu », et les blessés par traumatisme continuent d’affluer dans les dispensaires parce que les bombardements se poursuivent. Medical Aid for Palestinians a suspendu ses services dans certaines zones de la bande de Gaza face à la dégradation de la sécurité ; le mois dernier, un patient de 65 ans a été tué par le tir d’un drone quadrirotor israélien alors qu’il venait se faire soigner dans un centre soutenu par MAP à Jabaliya.
Le tableau des fournitures : les hôpitaux manquent de solutés intraveineux, d’anesthésiques et de matériel chirurgical — et même d’oxygène, le personnel de nombreux hôpitaux devant porter les bouteilles jusqu’à une station centrale pour les remplir. Plus de 500 patients dépendent de l’oxygène, certains en permanence : cancéreux, personnes atteintes de fibrose pulmonaire ou de pathologies cardiaques, bébés et enfants en soins intensifs. En août, le ministère palestinien de la Santé a averti que 22 des 34 stations d’oxygène de Gaza avaient cessé de fonctionner et que seules 4 des 30 machines de remplissage des bouteilles tournaient encore. Les pièces de rechange restent bloquées au titre du « double usage ». Il n’y a aucun appareil d’IRM fonctionnel à Gaza ; un ou deux scanners desservent environ deux millions d’habitants.
Le bilan humain : les enfants ayant survécu à la malnutrition aiguë vivent désormais avec anémie et retard de croissance ; diabétiques et hypertendus peinent à obtenir leurs médicaments ; les cancéreux ne peuvent recevoir de radiothérapie ; les insuffisants rénaux ne peuvent compter sur des dialyses régulières. Il y a un mois, un nouveau-né atteint d’une grave malformation cardiaque est mort au complexe médical d’Assahaba, un hôpital soutenu par MAP — la chirurgie d’urgence dont le bébé avait besoin n’existe pas à Gaza. Les frappes sur des immeubles résidentiels continuent d’alimenter les urgences tandis que la capacité d’absorption du système se réduit.
On ignore combien des 15 000 personnes en attente d’évacuation médicale mourront avant de partir — On ignore le bilan réel des morts évitables de l’année écoulée : les morts comptabilisées sont les morts violentes, tandis que les morts par diagnostic tardif, dialyse manquée ou radiothérapie absente se dissolvent dans les statistiques générales de mortalité de Gaza.
On ignore si un quelconque corridor médical s’élargira. La bureaucratie des évacuations — lente, opaque, meurtrière par ses délais — n’a pas été réformée pendant l’année de cessez-le-feu, et le régime du « double usage » ne montre aucun signe d’assouplissement. On ignore aussi combien de soignants il reste à Gaza : l’épuisement du système est rapporté partout et mesuré nulle part.
Un système de santé est l’instrument le plus honnête pour mesurer un cessez-le-feu : les bombes s’arrêtent, mais les permis, les chaînes d’approvisionnement et les corridors d’évacuation révèlent si quelque chose a vraiment changé. À cette mesure, l’année écoulée à Gaza se lit comme une continuité, non comme une rupture — « chaque retard a un coût », avertit le témoignage de MAP : « chaque semaine où un médicament est retenu, où un examen ne peut être pratiqué, où un patient se voit refuser la sortie, l’état de quelqu’un dépasse le point où il pouvait être soigné. »
L’enjeu dépasse Gaza parce que les mécanismes sont exportables : la classification « double usage », le régime des permis d’évacuation, l’étranglement lent d’un système de santé civil sous le vocabulaire de la sécurité. Ce qui est normalisé à Gaza — des respirateurs traités en contrebande, des pièces d’oxygène assimilées à des munitions — devient un précédent partout où le même langage sera invoqué ensuite.
Parce que le cessez-le-feu a traité le tempo des bombardements, pas la logique du blocus. Le régime des permis, les classifications « double usage » et la bureaucratie des évacuations n’ont jamais été suspendus — ce sont des instruments de temps de paix, et ils ont continué de fonctionner pendant le « cessez-le-feu » exactement comme prévu. La revue d’anniversaire consacrée au Conseil de la paix de Trump documente la même continuité du côté de la gouvernance. Un respirateur classé double usage en temps de guerre le reste quand les armes se taisent.
C’est cette continuité que documente le témoignage de MAP : les restrictions qui se sont dressées entre Iktimal et son diagnostic, son traitement puis son évacuation sont les mêmes restrictions, administrées par les mêmes autorités, sous les mêmes classifications. Le « cessez-le-feu » a changé ce qui tombait du ciel — pas entièrement, avec 1 470 tués depuis son début — mais n’a rien changé à ce qui est autorisé à franchir un point de contrôle ou un bureau des permis. Pour un système de santé, le point de contrôle est la ligne de front.
Le mécanisme le plus profond est l’extension des définitions. Le « double usage » a commencé comme une catégorie de sécurité et est devenu un instrument de rationnement : tentes, respirateurs, pièces de stations d’oxygène, matériel chirurgical y passent tous. Chaque classification est individuellement défendable dans le langage de la sécurité et collectivement dévastatrice dans l’arithmétique médicale — c’est précisément pourquoi la catégorie ne cesse de s’étendre. Aucun refus isolé ne tue ; l’accumulation, si.
Il produit une seconde liste de victimes, plus lente et moins visible que la première. Un cancer détecté tôt devient incurable ; une blessure que la rééducation aurait pu guérir devient un handicap permanent ; un enfant qui avait besoin de nourriture et de soins traînera malnutrition chronique, retard de croissance et troubles du développement qui dureront peut-être toute une vie. Ce ne sont pas des morts — ce sont des vies diminuées, qui s’accumulent par milliers, et qui pèseront sur les familles de Gaza et sur le système de santé à venir pendant une génération.
Il produit aussi l’épuisement des soignants comme fait structurel. Le témoignage de MAP décrit des personnels de santé à qui l’on demande bien plus qu’un système dévasté ne peut supporter, décidant sans les examens, les analyses ni les médicaments sur lesquels ils compteraient normalement — pratiquant une médecine d’improvisation, indéfiniment. Les systèmes ne se relèvent pas de cela en regarnissant des étagères ; l’expertise elle-même s’érode. Et il produit la normalisation silencieuse visible dans les chiffres : des funérailles pour les bombardés, le silence pour les évacués trop tard.
Sur les trajectoires actuelles, on ne le peut pas — il s’aggrave. Chaque semaine ajoute de nouveaux blessés par traumatisme dus aux frappes continues, de nouveaux cancers diagnostiqués tard faute de réactifs de laboratoire, de nouveaux insuffisants rénaux privés de dialyse. Les 15 000 de l’OMS dessinent une file qui s’allonge plus vite qu’elle ne se résorbe, et l’hiver l’accélérera.
Ce qui changerait l’arithmétique n’a rien de mystérieux : des pièces de rechange déclassifiées, la liste du « double usage » ramenée au risque armé réel, des approbations d’évacuation comptées en jours plutôt qu’en mois, des capacités d’oxygène de terrain restaurées. Rien de tout cela n’exige de technologie nouvelle — seulement des décisions des autorités qui administrent le régime. Un an après le début du « cessez-le-feu », ces décisions ne sont pas venues. Iktimal a manqué de temps ; en ce moment même, avertit le témoignage de MAP, des milliers d’habitants de Gaza manquent de temps eux aussi.
Du point de vue occidental — Jérusalem, Washington, Genève — l’histoire se raconte comme une gestion de la sécurité à coût humanitaire. Israël affirme que ses opérations continues visent des membres du Hamas, qui démentent, et présente le régime du « double usage » comme la barrière empêchant les matériaux à application militaire de parvenir aux groupes armés. L’OMS compte l’arriéré des évacuations et réclame des corridors.
Du point de vue de la région, l’histoire est celle des corridors et de leurs gardiens. L’Égypte est la destination des évacuations — Iktimal y est morte, deux semaines après avoir enfin franchi la frontière — ce qui fait de la coordination du Caire avec les autorités israéliennes l’étroite porte par laquelle doivent passer les cas les plus désespérés de Gaza. Le ministère palestinien de la Santé émet ses alertes (22 stations d’oxygène sur 34 hors service) depuis l’intérieur du siège, documentant un effondrement qu’il n’a pas le pouvoir d’arrêter. Les donateurs du Golfe financent hôpitaux de campagne et promesses ; le régime des permis décide de ce qui entre vraiment.
Du point de vue des pays du Sud, l’histoire est celle des souffrances jugées urgentes et des autres. Medical Aid for Palestinians — présent dans les dispensaires, suspendant ses services quand les drones quadrirotors les rendent intenables — porte le regard du terrain que les statistiques ne rendent pas : le nouveau-né d’Assahaba, le patient de 65 ans de Jabaliya, la tante qui a manqué de temps. Pour une grande partie du Sud, les hôpitaux de Gaza sont la pièce à conviction la plus nette d’un double standard — un système de santé délibérément asphyxié pendant que le langage de la préoccupation humanitaire coule librement autour de lui.
Plus de 15 000, selon l’Organisation mondiale de la santé — et la file d’attente est meurtrière. Le cas d’Iktimal, raconté par un membre de Medical Aid for Palestinians : un cancer du col diagnostiqué avec plus d’un mois de retard faute de réactifs ; quand son évacuation vers l’Égypte fut approuvée, son état était critique, et elle mourut deux semaines plus tard.
En août, le ministère palestinien de la Santé a averti que 22 des 34 stations d’oxygène de Gaza avaient cessé de fonctionner et que seules 4 des 30 machines de remplissage tournaient encore. Les pièces de rechange sont bloquées par Israël au titre du « double usage » — alors que plus de 500 patients dépendent de l’oxygène, certains en permanence.
Israël classe des milliers d’articles à applications civiles et militaires en « double usage » et en restreint l’entrée à Gaza. Concrètement, rapportent les soignants, cela vise respirateurs, pièces de rechange des stations d’oxygène, matériel chirurgical et même tentes. Résultat : aucun appareil d’IRM fonctionnel dans la bande de Gaza, un ou deux scanners pour environ deux millions d’habitants, et des médecins contraints de décider des traitements sans les examens, les analyses ni les médicaments sur lesquels ils compteraient normalement.
Non, à la mesure qui compte pour les soignants. Plus de 1 470 Palestiniens ont été tués depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025, les bombardements continuent, et rejoindre un centre de santé comporte des risques — un patient de 65 ans a été tué par le tir d’un drone quadrirotor à Jabaliya le mois dernier. La revue consacrée au Conseil de la paix conclut de même.