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Aller au contenu principalAu moins 20 personnes, dont quatre enfants à Pryluky, ont péri dans un déluge nocturne de quelque 70 missiles et 130 drones russes. Kyiv affirme que Moscou a choisi le 74e anniversaire de Vladimir Poutine pour ce carnage, et avertit que les missiles balistiques russes restent la menace la plus grave.
Publié le 7 octobre 2026 · 18:00 GMT

La Russie a lancé pendant la nuit l'un des plus lourds barrages aériens de sa guerre de près de cinq ans contre l'Ukraine : un missile a éventré un immeuble d'habitation ordinaire de cinq étages à Pryluky, dans le nord, tuant au moins 18 personnes, dont quatre enfants. Le président Volodymyr Zelensky a condamné l'une des attaques les plus « viles » de la Russie, accusant Moscou de frapper « des villes ordinaires, une vie ordinaire » le jour du 74e anniversaire de Vladimir Poutine. La frappe, survenue vers 03h30 GMT, a fait des dizaines de blessés, quinze rescapés extraits des décombres et des disparus toujours recherchés. Dans tout le pays, au moins 20 autres personnes ont péri, l'armée de l'air ukrainienne estimant le déluge à quelque 70 missiles et 130 drones.
L'ampleur du déluge nocturne en fait l'une des plus grosses attaques de la guerre. L'armée de l'air ukrainienne a fait état de 130 drones et de 48 missiles de croisière, accompagnés de missiles balistiques, tandis qu'EA WorldView évoquait une soixantaine de missiles, dont 46 à réaction. Les unités ukrainiennes affirment avoir intercepté ou neutralisé 161 cibles aériennes. Des frappes ont été enregistrées à Kyiv, Poltava, Dnipropetrovsk, Kharkiv, Tchernihiv, Kirovohrad et Zaporijjia. Dans la capitale, les habitants ont passé des heures dans les stations de métro pendant que les sirènes hurlaient, et des explosions ont été entendues vers 3h15 heure locale.
Le coup le plus meurtrier s'est abattu sur Pryluky, ville de la région de Tchernihiv au nord de Kyiv. Vers 6h30 heure locale, 03h30 GMT, un missile a percuté la moitié d'un immeuble de cinq étages, réduisant en un tas fumant de béton calciné une résidence où des familles dormaient. Le bilan a grimpé tout au long de la journée : cinq morts dans les premiers rapports, puis neuf après que la police eut retrouvé les corps de trois enfants, puis 13, et enfin 18 dans l'après-midi, dont quatre enfants. Zelensky a nommé trois d'entre eux, Oleksandr, Kyrylo et Serhii, âgés d'un an, ainsi que Maksym, huit ans. Quinze personnes ont été secourues, dont un enfant ; des dizaines ont été blessées, dont sept enfants, et des habitants restaient portés disparus.
Moscou parle de frappe de précision contre la machine de guerre. Les décombres d'un immeuble ordinaire de cinq étages à Pryluky racontent une autre histoire.
Zelensky a présenté l'attaque comme délibérément démonstrative. « Les Russes voulaient frapper douloureusement et de façon démonstrative », a-t-il déclaré, qualifiant ce bombardement de l'un des plus « vils » de la guerre, après avoir alerté mardi soir sur une frappe « massive » contre les infrastructures énergétiques. Sur les réseaux sociaux, il a écrit : « Aujourd'hui, pour l'anniversaire de Poutine, l'armée russe lui a “offert” la destruction d'un immeuble d'habitation à Pryluky », ajoutant que « l'utilisation continue de missiles contre l'Ukraine, contre notre peuple, nos enfants, est un choix absolument délibéré de la terreur ». Le ministre des Affaires étrangères Andrii Sybiha est allé plus loin, écrivant que les généraux russes avaient offert à Poutine leurs « crimes de guerre » préférés pour son anniversaire, et que son « ultime cadeau sera un banc à La Haye », alors que Kyiv prépare un Tribunal spécial pour le crime d'agression.
Le carnage a largement dépassé Pryluky. À Kyiv, deux personnes sont mortes dans un incendie provoqué par une frappe dans le quartier densément peuplé de Darnytskyi, et un bâtiment de bureaux et d'entrepôts a été détruit par le feu dans le quartier de Podilskyi, selon le maire Vitali Klitschko. La police ukrainienne a publié des images d'un missile Iskander russe non explosé tombé sur un terrain vague entouré d'immeubles à Kyiv ; BBC Verify en a confirmé l'authenticité. À Krementchouk, dans la région de Poltava, deux personnes ont été tuées et sept blessées. Zelensky a indiqué que les frappes russes avaient endommagé cinq immeubles d'habitation à Dnipro et quatre tours résidentielles à Krementchouk. Deux autres personnes ont été tuées à Oleksandriya et deux blessées à Kharkiv. Zelensky a affirmé que l'infrastructure énergétique du pays figurait parmi les « cibles clés » de la nuit.
Kyiv était prévenue mais n'a pu empêcher le bilan. L'alerte inhabituellement directe de Zelensky mardi soir exhortait les habitants à prendre au sérieux les alertes aux missiles et prévenait que la défense aérienne ferait ce qu'elle pourrait « dans les limites de ses capacités disponibles ». Klitschko avait averti une semaine plus tôt que la capitale devait se mettre sur un pied de guerre après des frappes répétées sur les ponts et les infrastructures énergétiques, à la suite de précédents assauts russes contre le réseau énergétique. Des coupures programmées ont plongé mardi des quartiers de Kyiv dans le noir pour soulager le réseau malmené, et des générateurs tournaient dans toute la ville. Le commissaire parlementaire ukrainien aux droits de l'homme, Dmytro Lubinets, a écrit sur Telegram : « Encore une nuit blanche, encore un acte de terreur, après lequel il faut pourtant planifier sa journée de travail comme si de rien n'était. »
L'Ukraine a répondu de la même monnaie, à longue portée. Zelensky a déclaré que les forces ukrainiennes avaient frappé deux installations pétrolières et un terrain d'entraînement dans les régions russes de Perm, Samara et Astrakhan au cours des dernières 24 heures, ajoutant : « Il y a aussi eu une réponse en mer Noire. » De vastes incendies se sont déclarés sur un important site pétrolier de Samara, au sud-est de Moscou, les satellites de détection des feux enregistrant de multiples foyers. Mardi soir, des images montraient un pétrolier en flammes au large de Sotchi : le ministère russe des Transports a indiqué que des bateaux sans pilote avaient attaqué l'Aframax Rio, battant pavillon libérien, et que l'équipage était sain et sauf. Selon EA WorldView, le navire figure sur la liste ukrainienne des sanctions au titre de la « flotte fantôme » russe. La mer Noire a connu mardi une escalade plus large : deux navires civils ont été touchés dans la zone économique exclusive de la Bulgarie, l'un d'eux, l'Alfa Watan battant pavillon togolais, coulant après une frappe de drone, et 18 marins secourus du second. Zelensky a accusé la Russie après une vérification avec la marine bulgare ; le Premier ministre Rumen Radev a dit l'origine des drones incertaine.
À Pryluky, les récits des survivants parlent d'un matin ordinaire transformé en champ de ruines. « Nous étions à la maison, nous dormions », a raconté à l'AFP Olena Sayun, massothérapeute de 40 ans. « Nos fenêtres ont explosé. Dieu merci, nous avons couvert l'enfant de nos corps. » Yuliia Shamrai, 31 ans, qui travaille dans le marketing en ligne et habite près de l'immeuble frappé, a déclaré : « Je n'y vois aucune signification militaire. C'est juste pour briser les gens, la population civile qui dormait paisiblement. » À Kyiv, Iryna Rybalchenko, employée de banque, a passé la nuit sur un quai de métro : « Tout Kyiv est en proie à la peur », a-t-elle confié à l'AFP. Et Daria Medvedeva, 36 ans, a résumé ce que ces nuits font aux enfants : « Les enfants étaient absolument terrifiés. » Kyiv réclame un durcissement des sanctions occidentales après de précédentes frappes, et cette nuit devrait accentuer ces demandes.
Mercredi soir, les opérations de secours se poursuivaient à Pryluky, et les autorités prévenaient que le bilan pourrait s'alourdir tant que des disparus n'étaient pas retrouvés. Le gouvernement de Zelensky utilisera l'ampleur de l'attaque pour presser Washington et les capitales européennes d'envoyer plus de défense antiaérienne, les missiles Patriot en tête. La campagne ukrainienne à longue portée contre le pétrole russe se poursuivra en parallèle, et les fonds européens pour la défense antidrone annoncés mercredi mettront du temps à parvenir au front. Pour l'heure, l'Ukraine aborde l'hiver avec un réseau électrique malmené, un ciel contesté, et une ville de la région de Tchernihiv qui dégage ses voisins du béton.
La lecture occidentale voit dans cette nuit une escalade délibérée de la terreur contre les civils, et la mise en scène de l'anniversaire en est la preuve. La formule de Zelensky, l'une des attaques les plus « viles », est prise au pied de la lettre : un immeuble de cinq étages n'a sa place sur aucune liste crédible de cibles militaires, et le silence de la Russie sur Pryluky en dit plus long que ses affirmations sur les missiles Flamingo de Fire Point. Dans cette optique, la liste d'objectifs militaro-industriels du ministère russe de la Défense est un alibi classique d'après-frappe, et l'épave d'Iskander authentifiée par la BBC dans un quartier résidentiel de Kyiv s'inscrit dans une logique de bombardement aveugle.
Cette lecture dicte la prescription politique : plus de défense antiaérienne, plus de pression, et des comptes à rendre. Le plaidoyer quotidien de Zelensky pour des missiles Patriot, le paquet européen de 1,24 milliard d'euros pour la défense antidrone et la promesse du ministre Sybiha d'un banc à La Haye pour Poutine relèvent de la même logique. La phrase de von der Leyen, « la Russie poursuit une stratégie délibérée de la terreur », n'est pas une rhétorique dans cette optique : c'est la théorie même du fonctionnement de la guerre, et la réponse consiste à rendre le coût de la terreur insupportable.
Dans le récit de Moscou, cette nuit était une opération légitime contre la machine de guerre ukrainienne, et la mise en scène du « cadeau d'anniversaire » relève de la propagande de Kyiv. Le ministère russe de la Défense affirme avoir frappé des cibles militaro-industrielles avec des armes de haute précision, citant la production par Fire Point de missiles de croisière Flamingo et de drones longue portée, des sites qui ne comptent que parce que l'Ukraine bâtit une industrie de frappe nationale après avoir tiré la semaine dernière son premier missile balistique de fabrication locale. De ce côté, l'infrastructure énergétique que Zelensky qualifie de civile est le réseau qui alimente cette industrie, et le calendrier s'explique non par l'anniversaire de Poutine mais par des représailles aux frappes ukrainiennes contre les raffineries et les pétroliers de la flotte fantôme russes.
Cette optique conteste aussi radicalement le cadrage juridique occidental. Le tribunal de La Haye promis par Sybiha est, vu de Moscou, une impasse : la Russie ne reconnaît pas la juridiction de la Cour, et elle pointe les attaques de drones ukrainiens contre les villes russes, dont la frappe meurtrière dans la région de Moscou la veille, comme la preuve que la guerre aérienne frappe dans les deux sens. Les civils tués à Pryluky, dans cette lecture, sont soit des dommages collatéraux d'une frappe contre une cible légitime voisine, soit, au pire, le brouillard d'une guerre que Kyiv continue d'escalader avec des armes occidentales.
Le Sud global lit cette nuit d'abord à travers l'épuisement et les deux poids deux mesures. Quatre enfants morts à Pryluky sont une horreur à tous égards, mais dans les capitales de Jakarta à Dakar en passant par Mexico, l'histoire s'ajoute à des années d'appels à la négociation restés lettre morte et à l'impression tenace d'une compassion occidentale sélective. La même semaine où les villes ukrainiennes brûlent, la guerre brûle aussi du pétrole : les raffineries de Samara en feu, des pétroliers attaqués en mer Noire, les eaux bulgares devenues dangereuses. Pour les importateurs d'énergie et de céréales, le duel aérien signifie des prix, et les prix signifient de la politique intérieure.
C'est aussi dans cette optique que la diplomatie manque le plus. Aucune grande capitale du Sud ne croit que des batteries Patriot ou un paquet de 1,24 milliard d'euros pour la défense antidrone rapprochent la fin de la guerre ; elles voient deux économies de guerre s'alimenter mutuellement pendant que les civils paient. La diplomatie turque du corridor céréalier est un souvenir, le pragmatisme indien du pétrole russe bon marché continue, et le verdict du Sud est sans détour : les puissants continueront d'échanger des frappes à l'occasion d'anniversaires et de raffineries, et le reste du monde continuera de compter le coût en carburant, en nourriture et en funérailles.
Au moins 18 personnes ont été tuées à Pryluky lorsqu'un missile a frappé l'immeuble de cinq étages, dont quatre enfants, trois âgés d'un an et un de huit ans. Quinze personnes ont été extraites des décombres et des dizaines ont été blessées, dont sept enfants. Des habitants restaient portés disparus le soir venu, si bien que les autorités prévenaient que le bilan pourrait s'alourdir.
Le déluge est tombé le 7 octobre, jour des 74 ans de Poutine. Zelensky a affirmé que l'armée russe lui avait « offert » la destruction de l'immeuble de Pryluky, qualifiant l'attaque de délibérément démonstrative et de l'une des plus « viles » de la guerre. Le ministre Sybiha a ajouté que les généraux russes avaient offert à Poutine ses « crimes de guerre » préférés, lui promettant plutôt un banc à La Haye.
Partiellement. L'Ukraine affirme avoir intercepté ou neutralisé 161 cibles aériennes dans la nuit, mais les missiles balistiques restent les plus difficiles à arrêter, et les nouveaux drones à réaction sont plus rapides que les anciens modèles. Zelensky juge les missiles Patriot d'une « nécessité vitale » et Kyiv les traque chaque jour. L'UE a annoncé le même jour 1,24 milliard d'euros pour les drones et intercepteurs ukrainiens. Plus d'infos sur les défenses de l'Ukraine.
Oui. Zelensky a déclaré que l'Ukraine avait frappé deux installations pétrolières et un terrain d'entraînement dans les régions russes de Perm, Samara et Astrakhan, avec d'autres actions en mer Noire, où un pétrolier brûlait au large de Sotchi. De vastes incendies ont aussi été signalés sur un site de pipeline et de stockage pétrolier à Samara. Deux navires civils ont été touchés dans la zone bulgare de la mer Noire ; Zelensky a accusé la Russie, Sofia disant l'origine incertaine.