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Édition du matin

Le trou commercial de 282 milliards du Maroc

Selon l’Office des changes, le déficit commercial du Maroc s’est creusé de 25,4 % sur les huit premiers mois de 2026, à 282,6 milliards de dirhams : les importations ont progressé deux fois plus vite que les exportations, et la facture énergétique a bondi d’un tiers.

Un grand porte-conteneurs en mer
Un grand porte-conteneurs en mer
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Points clés

  • Le déficit commercial du Maroc a atteint 282,6 milliards de dirhams sur les huit premiers mois de 2026, en hausse de 25,4 % sur un an ; les importations ont progressé de 15,8 %, à 617,5 milliards de dirhams, contre +8,7 % pour les exportations à 334,9 milliards, faisant reculer le taux de couverture à 54,2 %. Office des changes via LeNew.ma ; Malta News Agency/ITALPRESS
  • La facture énergétique a bondi de 32,6 %, à 96,4 milliards de dirhams, les achats de gasoil et de fioul gagnant 44,9 % ; le Brent a culminé près de 132 dollars le baril le 15 septembre et restait autour de 116 dollars le 22 septembre, en hausse d’environ 70 % depuis début juillet. Walaw (évaluation DEPF)
  • Les importations de soufre ont presque triplé, à 27,2 milliards de dirhams, alors que les volumes reculaient de 9 %, un pur effet prix ; les exportations de phosphates et dérivés ont chuté de 6 %, à 61 milliards de dirhams, et l’indice de la production minière a plongé de 28,8 % au deuxième trimestre. InfoMaroc ; Walaw
  • Les exportations automobiles ont atteint 116,1 milliards de dirhams, +14,5 %, premier secteur exportateur du royaume avec 35,8 % des exportations ; l’aéronautique a bondi de 21,5 %, à 23 milliards de dirhams, tandis que le textile-cuir reculait de 5,6 %. EuropeSays ; Challenge.ma
  • Les recettes touristiques (97 milliards de dirhams, +9,7 %) et les transferts de la diaspora (89 milliards, +9 %) n’ont couvert ensemble que 62,9 % du déficit, contre 71,8 % un an plus tôt ; l’excédent des services s’est amélioré de 13,4 %, à 118,3 milliards de dirhams. Malta News Agency/ITALPRESS ; Challenge.ma ; Walaw

Rabat ne peut plus ignorer ce chiffre : 282,6 milliards de dirhams. C’est le déficit commercial du Maroc sur les huit mois de 2026, en hausse de 25,4 % selon l’Office des changes. Les importations ont bondi de 15,8 % à 617,5 milliards, les exportations de 8,7 % seulement à 334,9 milliards, et le taux de couverture est tombé à 54,2 %. Le royaume ne couvre plus que 54 dirhams d’exportations pour 100 dirhams d’importations. Pas d’effondrement : voitures, avions et moissons tiennent. L’arithmétique, implacable : l’énergie et le soufre ont absorbé l’essentiel des gains à l’export. La question qui plane sur Casablanca : le boom d’investissement de la Coupe du monde 2030 parviendra-t-il à dépasser sa facture ?

Les chiffres de l’Office des changes, publiés début octobre, sont sans appel. Entre fin août 2025 et fin août 2026, les importations marocaines de marchandises sont passées de 533,2 à 617,5 milliards de dirhams, une hausse de 15,8 %, soit 84,3 milliards de plus en un an. Les exportations ont elles aussi progressé, mais à un rythme moitié moindre : +8,7 %, à 334,9 milliards de dirhams. Résultat : un déficit de 282,6 milliards de dirhams, creusé de 57,3 milliards en un an (+25,4 %), un déséquilibre inédit depuis 2022. Le taux de couverture, la part des importations financée par les exportations, recule de 3,5 points à 54,2 %, loin de la zone des 60 % de 2024. Dit simplement : pour 100 dirhams dépensés à l’étranger, le Maroc n’en gagne plus que 54.

Trois forces portent la flambée des importations, et la première est l’énergie. Le Maroc a payé 96,4 milliards de dirhams de carburants à l’étranger, +32,6 %, le diesel et le fioul renchéris par le conflit au Moyen-Orient et sa prime de guerre. Les seuls achats de gasoil et de fioul ont bondi de 44,9 %. Le Brent a frôlé les 132 dollars le baril le 15 septembre et restait proche de 116 dollars le 22 septembre, en hausse d’environ 70 % depuis début juillet. La deuxième force, c’est le soufre, cette matière première qui transforme la roche phosphatée en engrais. Les importations ont presque triplé, à 27,2 milliards de dirhams, alors que les volumes importés reculaient de 9 % : toute la hausse est un effet prix, signature d’un marché en surchauffe. L’ensemble des importations de produits bruts a bondi de 63,3 %, à 45,9 milliards de dirhams. La troisième force, c’est le cycle d’investissement lui-même. Les importations de biens d’équipement ont progressé de 19,3 %, à 148,7 milliards de dirhams, tirées par les pièces d’avions et les véhicules utilitaires, tandis que les biens de consommation grimpaient de 10,1 %, à 143,5 milliards. Une économie qui construit pour 2030, tout en consommant.

Le Maroc ne s’effondre pas ; il paie le ticket d’entrée de 2030, en énergie et en soufre, importation après importation.

Le versant export du grand livre est authentiquement solide, et c’est ce qui rend le déficit politiquement délicat plutôt qu’alarmant. Les exportations automobiles ont atteint 116,1 milliards de dirhams, +14,5 %, confirmant l’industrie des usines Stellantis et Renault comme premier moteur exportateur du royaume. Dans le détail, le segment construction progresse de 19 %, à 44,7 milliards de dirhams, le câblage de 13,9 %, à 44,8 milliards, et l’équipement extérieur de 43,6 %, à 3,8 milliards. Les exportations aéronautiques bondissent de 21,5 %, à 23 milliards de dirhams, l’assemblage gagnant 26,9 %. L’agriculture et l’agroalimentaire avancent de 8,3 %, à 65,1 milliards de dirhams. Mais deux piliers historiques vacillent : les ventes de phosphates et dérivés reculent de 6 %, à 61 milliards de dirhams, et le textile-cuir chute de 5,6 %. Les exportations totales progressent tout de même de 8,7 %, à 334,9 milliards : deux fois moins vite que les achats.

Pourquoi le déficit se creuse-t-il quand les exportations progressent ?

Parce que les importations avancent deux fois plus vite que les exportations, et que la différence entre ces deux vitesses, c’est le déficit. Le Maroc traverse un boom d’investissement assorti d’une date butoir. L’État a engagé plus de 190 milliards de dirhams dans les infrastructures avant la Coupe du monde 2030, coorganisée avec l’Espagne et le Portugal. La ministre du Tourisme, Fatim-Zahra Ammor, a qualifié le tournoi d’« accélérateur, pas d’une fin en soi », et les chiffres budgétaires montrent l’accélération : l’investissement budgétaire a atteint 75,7 milliards fin août (+11,4 %), les importations de biens d’équipement ont grimpé de 20,8 % et les crédits à l’équipement de 30,8 %. La demande intérieure suit : crédit à la consommation +4,5 %, transferts de la diaspora en hausse, importations de biens de consommation +10,1 %. Rien de tout cela n’est une crise de compétitivité ; c’est le coût de la construction. Le risque est une question de calendrier. Si la machine exportatrice ne maintient pas des croissances à deux chiffres pendant que l’énergie et le soufre restent chers, le taux de couverture glissera encore, et chaque point perdu rendra le prochain choc plus coûteux. Le factbook Maroc suit ce remodelage de l’économie.

Que fait la flambée du soufre au phosphate ?

Le Maroc détient les plus grandes réserves de phosphate du monde, et le paradoxe de 2026 est que le pays qui nourrit les fermes de la planète est étranglé par le coût de ses propres usines d’engrais. Les importations de soufre ont presque triplé, à 27,2 milliards de dirhams, pendant que les volumes reculaient de 9 % : l’OCP paie donc trois fois plus cher pour moins de matière première. Entre janvier et juillet, les achats de soufre ont atteint 20,2 milliards de dirhams contre 7,9 milliards un an plus tôt. Sur la même période, les exportations de phosphates et dérivés ont chuté de 7,8 %, à 51 milliards de dirhams, et l’indice de la production minière a plongé de 28,8 % au deuxième trimestre. L’OCP a avancé sa maintenance du second semestre, amputant la production de 30 %. Le groupe a néanmoins versé 4,1 milliards aux recettes non fiscales de l’État, comme les 4,4 milliards de Bank Al-Maghrib. La question est de savoir si la flambée du soufre est un resserrement cyclique ou une taxe structurelle sur le modèle des engrais. Si les intrants restent chers pendant que le phosphate s’adoucit, l’industrie la plus stratégique du royaume gagnera moins par tonne, et la balance perdra l’exportation qui compensait la facture énergétique.

La lecture 5D

La géopolitique d’abord. La facture énergétique n’est pas un échec marocain ; c’est le prix local d’un conflit mondial. La flambée de 70 % du Brent depuis juillet épouse la confrontation au Moyen-Orient et la contestation d’Ormuz ; le Maroc, qui importe la quasi-totalité de ses hydrocarbures, paie le choc par sa balance extérieure plutôt que par les prix : +0,3 % seulement à fin août, bouclier d’une moisson exceptionnelle, mais le compte extérieur a absorbé le coup. La macroéconomie ensuite. Tout ne se dégrade pas : déficit budgétaire résorbé de 1,6 % à 58,6 milliards fin août, recettes ordinaires +10 %, et taux directeur maintenu à 2,25 % le 22 septembre face à une incertitude exceptionnelle. La pression se concentre là où un importateur d’hydrocarbures en plein chantier 2030 la ressent : la balance extérieure. La démographie en troisième lieu. La diaspora reste le pilier discret des comptes extérieurs : 89 milliards de transferts sur huit mois (+9 %), et une demande intérieure, nourrie par ces envois et le crédit à la consommation (+4,5 %), qui fait tourner la machine à importer. L’histoire en quatrième lieu. Le parallèle avec 2022 est instructif : même choc énergétique sur fond de sécheresse. Cette fois, la moisson (90 millions de quintaux contre 43,1 millions, barrages à 66,1 % contre 32,8 %) a transformé le blé de fardeau en soulagement : importations de blé -18,4 %, à 9,3 milliards, un retournement décortiqué dans notre dossier moisson. Les tendances structurelles en cinquième lieu. Le mix des exportations se réinvente : voitures et avions portent le grand livre pendant que phosphates et textile s’effacent, un pari industriel d’une décennie qui paie au moment où l’ancien modèle rentier vacille. L’échéance de 2030 comprime cette transition en sprint, la facture d’importation servant de ticket d’entrée.

Quand la diaspora et les touristes cesseront-ils de couvrir le trou ?

La machine à devises du Maroc fonctionne : c’est la bonne nouvelle qu’enterrent les chiffres du déficit. Les recettes touristiques ont atteint 79 milliards de dirhams sur sept mois, +13,4 %, et 97 milliards sur huit mois, +9,7 %, une performance décortiquée dans notre dossier sur la machine touristique. Les transferts de la diaspora ont ajouté 74,8 milliards à fin juillet, 89 milliards sur huit mois (+9 %). L’excédent des services s’est amélioré de 13,4 % à 118,3 milliards, les exportations de services gagnant 12,6 % à 229,6 milliards. Les investissements directs étrangers ont progressé de 17 %, à 47,3 milliards de dirhams. Mais le retournement : tourisme et transferts n’ont couvert que 62,9 % du déficit, contre 71,8 % un an plus tôt. La couverture reste généreuse, mais elle s’amincit quand le trou s’élargit, rendant les comptes extérieurs plus dépendants des deux flux les plus sensibles au moral mondial, le voyage et la diaspora, quand l’incertitude est à son comble. Le matelas est réel. Il ne croît simplement plus aussi vite que le trou.

À surveiller

Quatre signaux. D’abord, Bank Al-Maghrib : le maintien à 2,25 % du 22 septembre, motivé par l’incertitude, parie que le bouclier de la moisson tiendra jusqu’à l’hiver malgré le trou extérieur. Ensuite, le pétrole : chaque tranche de 10 dollars sur le Brent prélève directement la facture d’importation, et la prime Moyen-Orient ne s’estompe pas. Troisièmement, le quatrième trimestre de l’OCP : après la maintenance avancée, les volumes et les prix des engrais diront si la pression du soufre fut un accident d’une année ou une revalorisation structurelle. Quatrièmement, la trajectoire annuelle : 282,6 milliards déjà, à quatre mois de la fin de l’année, à portée des 286 milliards de l’exercice 2023 entier. Au rythme actuel, 2026 se clôturera sur le plus large déficit de l’histoire moderne du royaume, et le débat de 2027 portera sur la vitesse à laquelle la machine exportatrice dépassera sa facture de construction.

Prisme occidental

De Washington, de Londres et de Francfort, la lecture est d’abord comptable. Un creusement de 25,4 % en huit mois est le genre de chiffre qui fait sortir les stylos rouges des missions de l’article IV du FMI, et le diagnostic s’écrit tout seul : un importateur d’hydrocarbures lançant un boom d’investissement en plein choc énergétique. Les analystes occidentaux noteront les atténuants, des exportations automobiles record, des recettes touristiques en hausse de 9,7 %, un déficit budgétaire qui s’est en fait résorbé, mais le taux de couverture à 54,2 % est le chiffre qui voyage. Pour l’Europe, l’enjeu est direct : les usines automobiles du Maroc, opérées par Stellantis et Renault, alimentent les chaînes d’approvisionnement européennes, et un trou extérieur qui se creuse à Rabat devient une question de chaîne d’approvisionnement pour leurs clients de l’autre côté de la Méditerranée.

L’ordonnance occidentale est tout aussi prévisible : laisser le taux de change absorber ce qu’il doit absorber, préserver la crédibilité chèrement acquise de Bank Al-Maghrib, et s’assurer que le programme d’investissement 2030 se convertisse en capacités d’exportation plutôt qu’en monuments. Le pari discret de l’Occident est que la trajectoire automobile et aéronautique sauvera le Maroc, comme chaque année depuis la pandémie. La crainte discrète de l’Occident, c’est le soufre : si l’étranglement des marges des engrais s’avère structurel plutôt que cyclique, l’Occident perd sa couverture maghrébine préférée, ce pays qui devait s’industrialiser pour sortir de la dépendance aux matières premières.

Prisme oriental

Aucun média chinois ou russe n’a couvert la publication de l’Office des changes dans les sources consultées pour cet article : ce prisme est donc analytique plutôt que rapporté. De Pékin, le déficit marocain serait très probablement lu à travers le prisme des engrais : la Chine est un acheteur majeur sur les marchés du phosphate et des engrais où le Maroc est un fournisseur pivot, et une flambée du soufre qui étrangle les marges de l’OCP est un coût d’intrant de sécurité alimentaire pour tout le Sud global. Une machine marocaine d’exportation d’engrais affaiblie signifie des marchés plus tendus et des prix plus élevés pour les acheteurs, de São Paulo à New Delhi.

De Moscou, la lecture serait une Schadenfreude énergétique à visée commerciale : chaque point de pourcentage ajouté à la facture de carburant de 96,4 milliards de dirhams du Maroc est un revenu pour les exportateurs d’hydrocarbures, et un royaume contraint d’acheter du diesel cher rappelle le levier que les exportateurs d’énergie détiennent sur les importateurs. Aucune des deux capitales n’a intérêt à voir le déficit marocain se résorber vite, et aucune n’offrira de sympathie. La leçon orientale qui s’en dégagerait : l’industrialisation sans souveraineté énergétique laisse même l’économie émergente la mieux gérée exposée à la prime de guerre d’autrui.

Prisme du Sud global

De Dakar, du Caire et de Johannesburg, le déficit du Maroc semble familier : l’arithmétique classique des marchés émergents qui consiste à construire plus vite qu’on ne gagne. La lecture du Sud est compatissante plutôt qu’alarmée, car les moteurs sont lisibles. Des transferts en hausse de 9 %, à 89 milliards de dirhams, c’est la diaspora qui fait ce que font les diasporas, et la moisson de 90 millions de quintaux qui a réduit les importations de blé de 18,4 % est la loterie climatique qui paie pour une fois. Les analystes africains noteront ce que le déficit achète : des ports, des rails, des usines, l’infrastructure de l’industrialisateur le plus constant du continent.

L’inquiétude du Sud, c’est la facture de soufre. Le Maroc n’est pas un exportateur comme les autres ; à travers l’OCP, il est le fournisseur d’engrais de dernier ressort d’une bonne partie de l’Afrique, et un étranglement des marges à Rabat finit par devenir un signal de prix dans les champs africains. Si la couronne du phosphate gagne moins par tonne pendant que l’énergie reste chère, la facture alimentaire du continent le ressent deux fois. Le verdict du Sud : le pari industriel du Maroc reste le modèle, mais le modèle a désormais besoin d’une énergie moins chère et de marchés de matières premières plus calmes pour continuer à composer.

Le consensus

Ce sur quoi nous nous accordons
Ce sur quoi nous nous accordons : les chiffres ne sont pas contestés. Un déficit de 282,6 milliards de dirhams, des importations qui progressent près de deux fois plus vite que les exportations, une facture énergétique en hausse d’un tiers et une facture de soufre presque triplée sont des faits publiés par l’Office des changes, et tous les médias, de Rabat à La Valette, lisent le même grand livre.
Ce sur quoi nous ne nous accordons pas
Ce sur quoi nous ne nous accordons pas : s’il s’agit d’un déficit sain de cycle d’investissement ou d’un avertissement structurel. La lecture officielle marocaine met en avant des exportations automobiles et aéronautiques record, une machine touristique et des transferts couvrant encore près des deux tiers du trou, et un chantier de Coupe du monde assorti d’une date de retour sur investissement. Les sceptiques relèvent un taux de couverture glissant à 54,2 % et une industrie du phosphate payant des intrants à prix record pour des recettes d’exportation en repli.
Ce que nous savons
Ce que nous savons : les chiffres des huit mois et leur ventilation sectorielle, le taux directeur de 2,25 % maintenu par Bank Al-Maghrib le 22 septembre, la moisson de 90 millions de quintaux qui a protégé les consommateurs, et un déficit budgétaire qui s’est en fait résorbé de 1,6 %, à 58,6 milliards de dirhams.
Ce que nous ignorons encore
Ce que nous ne savons pas encore : si les prix du soufre retomberont ou revaloriseront durablement le modèle des engrais, si la prime de guerre du Brent s’estompera ou se durcira en 2027, si les volumes de l’OCP rebondiront au quatrième trimestre après la maintenance, et si le déficit annuel franchira la barre symbolique des 286 milliards de dirhams de 2023.
Ce que nous anticipons
Ce à quoi nous nous attendons : un déficit qui continuera de se creuser jusqu’à la fin de l’année au rythme actuel, des indicateurs de novembre qui confirmeront un trou annuel record, un statu quo de Bank Al-Maghrib tant que l’inflation restera proche de zéro, et un débat 2027 qui ne portera plus sur le caractère abordable du boom de la Coupe du monde, mais sur la vitesse à laquelle les exportations dépasseront la facture de construction.

Questions et réponses

Pourquoi le déficit commercial du Maroc s’est-il creusé de 25,4 % en 2026 ?

Les importations ont progressé près de deux fois plus vite que les exportations : +15,8 %, à 617,5 milliards de dirhams, contre +8,7 % à 334,9 milliards pour les exportations. La facture énergétique a bondi de 32,6 %, à 96,4 milliards de dirhams, les importations de soufre ont presque triplé à 27,2 milliards, et les biens d’équipement ont gagné 19,3 % avec le cycle d’investissement de la Coupe du monde 2030. Le taux de couverture est tombé à 54,2 %.

Quels secteurs maintiennent les exportations marocaines à flot ?

L’automobile mène la danse à 116,1 milliards de dirhams, +14,5 %, bâtie autour des usines Stellantis et Renault, avec le câblage, la construction et l’équipement extérieur tous en croissance. L’aéronautique a bondi de 21,5 %, à 23 milliards de dirhams, et l’agriculture et l’agroalimentaire de 8,3 %, à 65,1 milliards. Ensemble, ils compensent le repli du phosphate et du textile, même si les exportations totales avancent deux fois moins vite que les importations.

Pourquoi les exportations de phosphate reculent-elles pendant que les importations de soufre s’envolent ?

Étranglement par les prix, pas par les volumes. Les volumes importés ont reculé de 9 %, mais la facture a presque triplé à 27,2 milliards : pur effet prix. L’OCP a avancé sa maintenance, amputant la production de 30 %, la production minière a chuté de 28,8 % au 2e trimestre, et les exportations de phosphates et dérivés ont reculé de 6 % à 61 milliards. Le Maroc paie un prix record pour l’intrant qui transforme sa roche en engrais.

Le tourisme et les transferts couvrent-ils encore le déficit ?

Oui, mais la couverture s’amincit. Les recettes touristiques ont atteint 97 milliards de dirhams sur huit mois, +9,7 %, et les transferts de la diaspora 89 milliards, +9 %. Avec l’excédent des services, en hausse de 13,4 % à 118,3 milliards de dirhams, ils ont financé 62,9 % du déficit commercial, contre 71,8 % un an plus tôt. La machine à devises fonctionne ; elle croît simplement moins vite que le trou qu’elle doit combler.

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