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Aller au contenu principalWashington a réduit d'un cinquième le gaz importé par gazoduc, invoquant une situation critique. Le choc a été absorbé sans coupure, mais en cas de coupure, les réserves tiendraient trois jours.
Publié le 8 octobre 2026 · 06:00 GMT

Mercredi 7 octobre, le patron du centre national mexicain de contrôle du gaz a dit au pays ce qu'aucun gouvernement n'aime avouer : les États-Unis avaient prévenu le Mexique, une semaine plus tôt, qu'ils cesseraient d'envoyer environ un cinquième du gaz naturel importé par gazoduc. Le choc a été absorbé sans coupure. Mais dans le même souffle, le fonctionnaire a reconnu qu'en cas de coupure totale, le gaz mexicain tiendrait trois jours. Une semaine de diplomatie discrète s'est soldée par un examen de conscience national sur la dépendance énergétique.
Mercredi matin, 7 octobre, la conférence de presse quotidienne de Claudia Sheinbaum a pris un tour inhabituel. Au lieu du rythme politique ordinaire, la matinée a appartenu aux ingénieurs. Cuitláhuac García Jiménez, directeur général du Centre national de contrôle du gaz naturel, le Cenagas, s'est avancé au micro pour dire que les États-Unis avaient prévenu le Mexique, environ une semaine plus tôt, vers le 1er octobre, qu'ils cesseraient d'envoyer à peu près un cinquième du gaz naturel importé que le pays reçoit par ses gazoducs nationaux. García a parlé de situation critique et, selon la formule que tous les journaux du Mexique allaient citer, de coup dur. Puis il a lâché le chiffre qui transforme un ajustement d'approvisionnement en question nationale : en cas d'interruption totale des importations, le Mexique pourrait maintenir le gaz pendant trois jours.
C'est pour cela que nous développons les renouvelables : pour remplacer le gaz. (Claudia Sheinbaum)
Les faits, tels que présentés par le gouvernement mexicain, sont précis sur les volumes et flous sur les motifs. La réduction porte sur environ un cinquième du gaz naturel que le Mexique importe par gazoduc, l'essentiel franchissant la frontière depuis les États-Unis. La notification américaine a été attribuée à une situation critique côté américain ; la presse mexicaine l'a associée à des restrictions liées à de la maintenance, une analyse chiffrant le volume affecté entre 950 millions et 1,35 milliard de pieds cubes par jour. La durée de la réduction n'a pas été précisée. Ce qui compte, c'est la suite : rien. Les lumières sont restées allumées. García a assuré que le manque avait été absorbé sans problème grâce à l'action coordonnée de Pemex, de la Commission fédérale d'électricité (CFE), du Centre national de contrôle de l'énergie (Cenace) et du ministère de l'Énergie, en puisant dans le gaz stocké dans les gazoducs eux-mêmes et en ajustant l'exploitation des centrales. C'était, en somme, un événement maîtrisé, pas une rupture.
L'aveu de García était brutal parce que la physique derrière l'est. Le Mexique ne tient trois jours qu'en puisant le gaz qui dort dans ses tuyaux, et c'est pourquoi ses quelque 21 000 kilomètres de gazoducs font office de réserve accidentelle. La vraie réserve n'existe pas : le programme institutionnel 2026-2030 du Cenagas lui-même reconnaît que le Système national intégré de transport et de stockage de gaz naturel, le Sistrangas, ne dispose d'aucune capacité de stockage opérationnel ou stratégique. Cinq terminaux privés de gaz naturel liquéfié existent dans le pays, mais ils ne sont pas intégrés au Sistrangas et ne peuvent donc servir de filet national. La distinction est toute l'histoire. Avoir du combustible dans le réseau de transport n'équivaut pas à disposer d'un stock stratégique conçu pour une urgence prolongée, et le Mexique, cinq ans et demi après la vague de froid texane qui avait révélé cette fragilité, n'en a toujours pas. Trois jours, ce n'est pas une politique. C'est un sursis.
Si un cinquième des importations peut être qualifié de coup dur, c'est que les importations sont presque tout le système. Le Mexique importe environ 75 % du gaz naturel qu'il consomme, presque exclusivement des États-Unis. En avril dernier, Sheinbaum avait donné pour l'année précédente un chiffre encore plus élevé : quatre cinquièmes du gaz importé en provenance du seul Texas, le reste de la Californie. Le gaz n'est pas un combustible marginal au Mexique. Il alimente une grande part des centrales électriques du pays, et une bonne part de l'économie industrielle tourne à l'électricité que produisent ces centrales. Une interruption prolongée, ont reconnu les autorités cette semaine, obligerait à des mesures extraordinaires pour rationner le combustible disponible et protéger les secteurs prioritaires. Que plus de 35 % du pays ne soit même pas raccordé au réseau gazier, et que seuls 8,6 % des foyers utilisent le gaz de ville contre 76 % tributaires des bouteilles, relève d'un autre problème. Mais les usines et les centrales forment une seule machine, et son carburant vient du nord de la frontière.
C'est déjà arrivé, et en pire. En février 2021, une vague de froid historique a privé d'électricité plus de quatre millions de Texans et stoppé la quasi-totalité de la production de pétrole et de gaz dans l'ouest de l'État. Les exportations américaines de gaz par gazoduc vers le Mexique sont tombées à quelque 4,3 milliards de pieds cubes par jour contre une moyenne de 5,7 sur trente jours, et le gouverneur du Texas a ordonné aux fournisseurs de garder leur gaz dans l'État. La leçon aurait dû être le stockage et la diversification. Cinq ans et demi plus tard, le stockage n'existe toujours pas et la diversification est un plan. Le pays s'est souvenu du froid, mais il n'a pas construit l'entrepôt. Voilà pourquoi les trois jours de García ont pesé si lourd : ce n'est pas une vulnérabilité nouvelle. C'est une ancienne, mesurée une fois de plus.
La conférence du 7 octobre n'était pas qu'un constat de dégâts. C'était la présentation de la réponse du gouvernement : un investissement historique de 1 160 milliards de pesos dans l'électricité et le gaz naturel sur le sexennat. Le seul volet gazoducs se partage entre la CFE, avec 53 milliards de pesos, et le Cenagas, avec 87 milliards, pour étendre le réseau. Côté production, le gouvernement affirme avoir inauguré six centrales à cycle combiné en deux ans, avec quatre autres sur le point d'entrer en service et cinq en construction, et quelque 9 000 mégawatts supplémentaires attribués avant la fin de l'année dans 55 projets de transition énergétique. La direction affichée s'éloigne du gaz au lieu d'y ajouter : les renouvelables doivent passer de 24 % à 38 % de la production d'ici 2030, avec environ 15 000 nouveaux mégawatts solaires, éoliens et géothermiques, des centrales hydroélectriques repensées, et un objectif pour la CFE d'atteindre 60 à 61 % de la production nationale, tout en plafonnant le pétrole à 1,8 million de barils par jour pour des raisons environnementales et de souveraineté.
Il y a une ironie sur laquelle le gouvernement ne s'est pas attardé cette semaine. En juillet 2026, selon le département américain de l'Énergie, Energía Costa Azul GNL Phase 1, le deuxième terminal mexicain d'exportation de gaz naturel liquéfié, a expédié sa toute première cargaison de gaz d'origine américaine, à destination de la Corée du Sud. Le Mexique, qui importe les trois quarts du gaz qu'il brûle, est devenu un pont de réexportation du gaz américain vers l'Asie. Les critiques soutiennent que cette architecture d'exportation creuse la dépendance même que le gouvernement jure d'effacer, faisant du pays une route à péage pour le commerce énergétique d'autrui. La position officielle est que l'approvisionnement intérieur passe d'abord et que les terminaux GNL sont le projet commercial de quelqu'un d'autre. Mais l'image est tenace : une nation avec trois jours de marge, qui charge des méthaniers pour Séoul.
Géopolitiquement, l'épisode réécrit discrètement la révision de l'ACEUM. L'examen annuel de l'accord se déroule désormais dans une relation commerciale où l'une des parties est l'unique fournisseur énergétique significatif de l'autre. L'énergie n'a pas été formellement la pièce maîtresse de la révision, dont l'ordre du jour va des droits sur l'acier et l'aluminium aux automobiles, au transbordement et à la régulation numérique, mais chaque négociateur mexicain sait désormais que le fournisseur s'assoit en face avec un second dossier tacite. Économiquement, c'est l'arithmétique du nearshoring qui est en jeu. Le discours du Mexique au monde, les usines, les corridors de camions, les promesses d'achats américains, suppose une électricité abondante et fiable. Un pays qui ne peut garantir que trois jours de gaz ne peut pas garantir pleinement la lumière. Sur le plan industriel et social, les travailleurs les plus exposés ne sont pas dans la salle de presse mais dans les usines et les ateliers dont l'électricité dépend d'un gazoduc venu du Texas. Historiquement, c'est la maturation d'une vulnérabilité mesurée pour la première fois en février 2021 : le système n'est pas devenu plus sûr, il est devenu mieux coordonné. Sur le plan environnemental, la réponse proposée est la partie la plus propre de l'histoire, mais aussi la plus disputée : la place du schiste dans la stratégie de souveraineté reste un combat ouvert.
D'abord, l'horloge de cette coupe : Washington n'a jamais dit combien de temps durerait la réduction, et une restriction de maintenance temporaire ressemble en tout point à un basculement structurel jusqu'au jour où l'une des deux prend fin. Troisièmement, la question du stockage : les 87 milliards de pesos promis au Cenagas se jugeront moins aux annonces qu'à la réalité d'un stock enfin constitué dans le Sistrangas. Quatrièmement, le débat du schiste : le gouvernement veut plus de gaz national d'ici 2030, et les pilotes, les consultations et les évaluations environnementales diront si cette date est crédible. Cinquièmement, la table de l'ACEUM : le quatrième cycle est attendu ce mois-ci, et la délégation mexicaine y arrive avec une pièce nouvelle, un pays qui négocie chaque année son avenir commercial mais qui laisse ses lumières sur le planning de quelqu'un d'autre.
Au fond, la semaine restera moins pour le gaz qui a manqué que pour l'honnêteté sur le gaz qui manque. Un gouvernement qui avoue trois jours de marge est un gouvernement qui a cessé de faire semblant que la dépendance est une stratégie. Ce qui la remplacera, stockage, soleil, vent, puits nationaux, prendra plus de trois jours à construire. Le Mexique a commencé à compter.
Du côté américain des gazoducs, l'épisode se lit comme un accident d'arithmétique, pas de stratégie. Les États-Unis vendent au Mexique plus de 7 milliards de pieds cubes de gaz par jour, et leur département de l'Énergie célèbre ce flux comme un pilier de la relation commerciale. Une coupe d'un cinquième, liée à de la maintenance, a été absorbée sans incident, ce qui prouve sous cet angle la résilience du système plutôt que sa fragilité.
La note de bas de page embarrassante, c'est le calendrier. Le quatrième cycle de l'ACEUM est attendu ce mois-ci, et les négociateurs de Washington y arrivent avec les droits de la section 232, les griefs sur le transbordement et les règles d'origine sur la table. Le Mexique qui débarque avec un coussin énergétique public de trois jours leur offre un second jeu de cartes discret qu'ils n'ont pas demandé, mais qu'ils joueront certainement.
Vu de Pékin, l'histoire est une démonstration de la manière dont la dépendance énergétique se convertit discrètement en poids diplomatique. La Chine a passé une décennie à bâtir son propre stockage de gaz et la diversité de ses routes d'importation, précisément pour éviter un matin comme celui du Mexique. L'épisode sera lu comme la confirmation qu'une relation d'approvisionnement avec un fournisseur unique et dominant est une vulnérabilité dotée d'un calendrier commercial.
Il y a aussi une lecture commerciale. Le Mexique est devenu un pont de réexportation du gaz américain vers l'Asie, avec la première cargaison d'Energía Costa Azul, du GNL d'origine américaine, arrivée en Corée du Sud en juillet 2026. Pour les acheteurs asiatiques, la leçon est que le gaz nord-américain arrive par des goulots d'étranglement d'infrastructure autant que de politique, et que les terminaux mexicains ne valent que les gazoducs qui les alimentent.
Pour le Sud global, l'histoire est un avertissement écrit d'une main familière. Les économies en développement du monde entier ont appris que l'énergie importée bon marché est la voie la plus rapide vers l'industrialisation et la fondation la plus fragile pour la souveraineté. Les trois jours du Mexique sont le calcul que chaque ministre de l'Énergie, de Dakar à Jakarta, fait désormais dans sa tête pour son propre pays, et la réponse est rarement plus réconfortante.
La seconde leçon du Sud est dans la réponse. Le Mexique n'a pas paniqué ; il a coordonné, puis annoncé une réponse d'un billion de pesos bâtie sur le soleil, le vent, les gazoducs et la propriété publique. La question que tout le Sud observe est de savoir si cette réponse arrivera avant la prochaine coupe, car le levier silencieux du fournisseur n'est jamais le seul problème du Mexique.
Le centre de contrôle du gaz mexicain, le Cenagas, a indiqué que les États-Unis avaient prévenu le Mexique environ une semaine plus tôt, vers le 1er octobre, qu'ils cesseraient d'envoyer environ un cinquième du gaz naturel importé par les gazoducs nationaux, invoquant une situation critique côté américain. La presse mexicaine a associé la coupe à des restrictions liées à de la maintenance, une analyse l'estimant entre 950 millions et 1,35 milliard de pieds cubes par jour.
Parce qu'il n'a aucun stockage stratégique. Le programme institutionnel 2026-2030 du Cenagas reconnaît que le système national, le Sistrangas, ne dispose d'aucune capacité de stockage opérationnel ou stratégique. Le pays ne tient trois jours qu'en puisant le gaz comprimé dans ses quelque 21 000 kilomètres de gazoducs. Cinq terminaux privés de GNL existent mais ne sont pas intégrés au Sistrangas.
Un investissement de 1 160 milliards de pesos dans l'électricité et le gaz naturel sur le sexennat. La CFE mettra 53 milliards de pesos et le Cenagas 87 milliards dans l'extension des gazoducs. Six centrales à cycle combiné ont été inaugurées en deux ans, quatre autres vont entrer en service et cinq sont en construction ; quelque 9 000 mégawatts supplémentaires seront attribués avant la fin de l'année.
La révision est désormais annuelle, et la dépendance énergétique a discrètement rejoint l'ordre du jour : le partenaire de négociation du Mexique est aussi son unique fournisseur significatif de gaz. Pour le nearshoring, l'arithmétique est brutale. Usines, centres de données et corridors logistiques supposent une électricité abondante et fiable ; un pays qui ne peut garantir que trois jours de gaz ne peut pas garantir pleinement la lumière.
Une vague de froid historique a privé d'électricité plus de quatre millions de Texans et stoppé la quasi-totalité de la production de gaz dans l'ouest de l'État. Les exportations américaines par gazoduc vers le Mexique sont tombées à 4,3 milliards de pieds cubes par jour contre 5,7 en moyenne sur trente jours, le Texas a ordonné de garder le gaz dans l'État, et des millions de Mexicains ont perdu le courant.