Les étudiants serbes ont gagné les élections. Reste la question la plus difficile : qui gouverne ?
La Liste des étudiants a remporté 141 des 250 sièges et mis fin à quatorze ans de règne d'Aleksandar Vucic, mais la Commission électorale de la République n'a pas encore certifié le résultat définitif, un nouveau vote est prévu dans une cinquantaine de bureaux, et aucun premier ministre n'a été désigné. La question n'est plus qui a gagné, mais qui gouverne, et qui décide.
Publié le 29 octobre 2026 · 17:36 GMT
Le résumé
Le 25 octobre 2026, la Serbie a tenu des élections législatives anticipées pour les 250 sièges de l'Assemblée nationale. Après le dépouillement des votes de la diaspora, Ivan Sebek, membre de la RIK, a déclaré le 28 octobre que la Liste des étudiants avait gagné un siège, à 141, tandis que Serbie unie tombait à 103.
Les trois prismes
- OuestLa presse occidentale lit l'après-scrutin par l'adhésion : certification rapide, transition ordonnée, réformes sur l'état de droit et les médias comme prix du rapprochement.
- OrientLa couverture asiatique y voit une percée démocratique, l'œil prudent sur la suite.
- Sud globalAl Jazeera et la presse du Sud global cadrent un transfert dont les mécanismes restent à écrire : la question ouverte du premier ministre, les horloges de trente et quatre-vingt-dix jours, un mouvement qui refusait la hiérarchie et doit en construire une.
Points clés
- Le 25 octobre 2026, la Serbie a tenu des élections législatives anticipées pour les 250 sièges de l'Assemblée nationale. Les résultats préliminaires de la Commission électorale de la République ont donné à la Liste des étudiants 52,71 pour cent des voix (2 267 615 bulletins) et 140 sièges, contre 39,17 pour cent (1 685 022) et 104 sièges pour la liste « Aleksandar Vucic, Serbie unie ». Politika via la RIK (27 oct. 2026)
- Après le dépouillement des votes de la diaspora, Ivan Sebek, membre de la RIK, a déclaré le 28 octobre que la Liste des étudiants avait gagné un siège, à 141, tandis que Serbie unie tombait à 103. Un nouveau vote est prévu dans une cinquantaine de bureaux, si bien que la répartition finale certifiée reste en attente. Vijesti via N1 (28 oct. 2026)
- Vucic a reconnu sa défaite le soir même du scrutin, mettant fin à quatorze ans de domination du Parti progressiste serbe. La participation a atteint environ 69 pour cent, un record depuis plus de trois décennies. The Hindu (26 oct. 2026)
- Aucun premier ministre n'a été désigné au 29 octobre. Un article sous syndication Reuters du 28 octobre a cité quatre noms, le cardiologue Ilija Srdanovic, l'ancien gouverneur de la banque centrale Dejan Sosic, l'ex-star du basket Dejan Bodiroga et le professeur de chimie Radomir Saicic, sans qu'aucun soit confirmé. Reuters via syndication (28 oct. 2026)
- Dans une déclaration conjointe le 27 octobre, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas et la commissaire à l'Élargissement Marta Kos ont appelé à la formation rapide du parlement et du gouvernement après la certification, en insistant sur une transition ordonnée du pouvoir. Bytes Europe (27 oct. 2026)
- Selon les règles serbes, l'Assemblée nationale doit être constituée dans les 30 jours suivant les résultats définitifs, et un gouvernement formé dans les 90 jours suivants. Par ailleurs, une élection présidentielle doit se tenir d'ici le 27 décembre, après la démission de Vucic de la présidence le 27 septembre. Al Jazeera (26 oct. 2026)
Le compteur affiche 141, mais le certificat n'est pas signé
La Serbie connaît le vainqueur mais pas le score définitif exact. Les résultats préliminaires de la RIK, publiés les 26 et 27 octobre, ont donné à la Liste des étudiants 52,71 pour cent des voix (2 267 615 bulletins) et 140 des 250 sièges, contre 39,17 pour cent (1 685 022) et 104 sièges pour la liste « Serbie unie » de Vucic. Seules les listes des minorités, exemptées de seuil, se partagent six sièges. Le 28 octobre, Ivan Sebek (RIK) a annoncé qu'après la diaspora, la liste étudiante gagnait un siège, à 141, contre 103 à Serbie unie, et qu'un nouveau vote aurait lieu dans une cinquantaine des 8 300 bureaux du pays. Tant que ces votes n'auront pas eu lieu, la répartition reste provisoire, même si la majorité absolue est acquise. Vucic a reconnu sa défaite le soir du scrutin.
Ce que le dossier officiel confirme à ce stade
La participation, autour de 69 pour cent et 4 304 641 votants, est un record depuis plus de trente ans. Avec environ 140 sièges pour 126 requis, la liste peut gouverner seule. Les six mandats des minorités vont aux Hongrois de Voïvodine (deux), à la Coalition albanaise (deux), à la liste Ljajic (un) et à la SDA du Sandjak (un). Le 27 octobre, Kaja Kallas et Marta Kos ont appelé à former sans délai parlement et gouvernement après la certification, offrant une coopération étroite sur les réformes d'adhésion. L'horloge constitutionnelle s'impose : Assemblée constituée dans les 30 jours des résultats définitifs, gouvernement dans les 90 jours suivants. La présidence est vacante depuis la démission de Vucic le 27 septembre, Ana Brnabic assurant l'intérim avant une présidentielle d'ici le 27 décembre.
Qui sera premier ministre, et à qui revient le choix ?
Au 29 octobre, aucun premier ministre n'est désigné et aucune négociation en ce sens n'est rapportée. Un article sous syndication Reuters du 28 octobre a cité quatre noms, Dejan Sosic (59 ans, ex-banque centrale), Ilija Srdanovic (55 ans, cardiologue), Dejan Bodiroga (53 ans, ex-basket) et Radomir Saicic (64 ans, chimie), sans qu'aucun soit confirmé et sans annonce du mouvement. L'inconnue est procédurale : la liste, construite sans chef ni hiérarchie, n'a pas dit qui tranche. Le 27 octobre, Srdanovic a déclaré à Radio Free Europe que le groupe parlementaire majoritaire déterminerait les noms du gouvernement. Les étudiants de la rue auront-ils leur mot à dire, ou les quelque 140 députés décideront-ils entre eux ? Voir la démission de Vucic et la fiche pays Serbie.
Une Serbie d'après Vucic redessine la carte des Balkans
Quatorze ans de Parti progressiste ont pris fin face à un mouvement sans politiciens professionnels, une première en Europe. Belgrade sera lue dans toute la région comme le test d'un mouvement anticorruption né dans la rue devenu pouvoir. Les enjeux extérieurs sont immédiats : candidate à l'UE depuis 2012, la Serbie devra des réformes sur l'état de droit, les médias et la corruption. Sur le Kosovo, l'UE dit que l'accord de 2023 et son annexe d'Ohrid restent intacts ; Srdanovic promet de poursuivre le dialogue tout en exigeant la conformité constitutionnelle, ce qui laisse entrevoir un réexamen. Sur la Russie, la liste propose un référendum sur l'adhésion à l'UE et s'oppose aux sanctions, que Bruxelles suivra de près. Voir aussi comment Bruxelles repense ses partenariats.
Le mouvement qui refusait les chefs doit désormais en produire un
Le paradoxe est organisationnel. La liste a gagné parce qu'elle n'avait aucun chef à attaquer, aucune machine à infiltrer, aucune figure à détruire pour les médias de l'ancien régime. Ce dispositif était brillant pour gagner. Gouverner exige l'inverse : un premier ministre qui nomme des ministres, négocie un budget et fait face à Bruxelles. Srdanovic est le nom le plus cité, il a mené la liste et la campagne, mais la logique du mouvement s'oppose à une onction. Si les étudiants décident et que les députés ratifient, le gouvernement héritera de la légitimité de la rue ; si les députés décident seuls, il ressemblera à un marchandage ordinaire. Le retard à nommer un premier ministre n'est pas de l'errance, c'est le coût visible d'une décision authentiquement collective.
Ce qui changera d'abord à Belgrade
La première bataille porte sur les médias. Le 27 octobre, la liste a exigé les démissions à la tête du radiodiffuseur public RTS, accusé d'avoir ignoré les manifestations, après que des partisans eurent pris d'assaut un diffuseur progouvernemental, acte condamné par le bloc. Le contrôle de l'information conditionne le reste du programme : police indépendante répondant aux procureurs, éviction des officiers liés au crime organisé, fin des nominations partisanes dans les entreprises publiques, contrôle des contrats d'infrastructure. Puis le calendrier : un budget de fin d'année avec une administration héritée, une présidentielle d'ici le 27 décembre, et un dialogue sur le Kosovo au point mort exigeant de vraies positions.
Que se passera-t-il si les nouveaux votes ne changent rien ?
Le scénario le plus probable est le plus simple. Le nouveau vote ne devrait pas modifier le rapport de force, et la certification débloquera le délai de trente jours pour l'Assemblée puis celui de quatre-vingt-dix jours pour un gouvernement. La nomination d'un premier ministre signalera que le mouvement aura tranché qui décide. Trois dates à surveiller : la certification, la session constitutive où 141 mandats deviendront une majorité formelle, et le 27 décembre, limite de la présidentielle achevant le transfert à toutes les institutions. D'ici là, l'enjeu n'est pas le résultat, acquis, mais la construction d'un gouvernement par un mouvement qui n'a jamais gouverné. Cette construction reste à écrire.
Les trois prismes
Prisme Occidental:
La presse occidentale lit l'après-scrutin par l'adhésion : certification rapide, transition ordonnée, réformes sur l'état de droit et les médias comme prix du rapprochement. La couverture proche de Bruxelles souligne les constats des observateurs, des procédures efficaces mais aussi l'usage abusif des ressources de l'État et le biais médiatique, comme le point de départ à laisser derrière soi.
Prisme Oriental:
La couverture asiatique y voit une percée démocratique, l'œil prudent sur la suite. Les médias indiens soulignent l'ampleur du séisme, un mouvement alignant plus de 160 docteurs et battant un sortant de quatorze ans, et l'ambiguïté entretenue : Kosovo revendiqué, pas de sanctions contre la Russie, référendum sur l'UE proposé. Un mouvement de contestation peut-il gouverner, et pas seulement gagner ?
Prisme du Sud:
Al Jazeera et la presse du Sud global cadrent un transfert dont les mécanismes restent à écrire : la question ouverte du premier ministre, les horloges de trente et quatre-vingt-dix jours, un mouvement qui refusait la hiérarchie et doit en construire une. Une étude de cas en direct du lendemain de la victoire de la rue.
Le consensus
- Ce sur quoi nous nous accordons
- Nous sommes d'accord : la Liste des étudiants a remporté la majorité absolue lors du scrutin du 25 octobre, 140 sièges au décompte préliminaire de la RIK, 141 après les votes de l'étranger.
- Ce sur quoi nous ne nous accordons pas
- Nous sommes d'accord : au 29 octobre 2026, aucun premier ministre n'a été désigné et aucune négociation pour former un gouvernement avec un candidat désigné n'a été rapportée.
- Ce que nous savons
- Nous ne sommes pas d'accord sur : la question de savoir si les quatre noms cités dans la presse reflètent la véritable liste restreinte du mouvement ou une lecture spéculative d'une liste délibérément sans chef.
- Ce que nous ignorons encore
- Nous ne savons pas encore : la répartition définitive certifiée des sièges, en attente du nouveau vote dans une cinquantaine de bureaux.
- Ce que nous anticipons
- Nous prévoyons : la constitution de l'Assemblée nationale dans les 30 jours suivant les résultats définitifs et la formation d'un gouvernement dans les 90 jours suivants.
Questions et réponses
Quand la Serbie aura-t-elle un nouveau gouvernement ?
La séquence constitutionnelle commence par la certification des résultats définitifs, en attente du nouveau vote dans une cinquantaine de bureaux. À partir de la certification, l'Assemblée nationale doit être constituée dans les 30 jours, et un gouvernement formé dans les 90 jours suivants. Aucun premier ministre n'étant désigné, la contrainte déterminante est la décision interne du mouvement, pas le seul calendrier.
Qui pourrait devenir premier ministre de Serbie ?
Aucun nom n'est confirmé. Un article sous syndication Reuters a cité quatre candidats de la liste : le cardiologue Ilija Srdanovic, tête de liste ; l'ancien gouverneur de la banque centrale Dejan Sosic ; l'ex-star du basket Dejan Bodiroga ; et le professeur de chimie Radomir Saicic. Srdanovic a déclaré que le groupe parlementaire majoritaire déterminerait les noms du gouvernement, sans trancher entre étudiants et députés.
Les résultats des élections serbes sont-ils définitifs ?
Pas encore. La RIK a publié des résultats préliminaires les 26 et 27 octobre donnant à la Liste des étudiants 52,71 pour cent et 140 sièges, puis une projection actualisée à 141 sièges après les votes de la diaspora. Le nouveau vote dans une cinquantaine de bureaux reste en attente, et c'est seulement après son dépouillement que la commission certifiera la répartition définitive des 250 sièges.
Que signifie l'alternance pour le parcours européen de la Serbie ?
L'UE a salué le résultat et offert une coopération étroite sur les réformes d'adhésion, Kaja Kallas et Marta Kos appelant à former rapidement les institutions après la certification. Bruxelles a aussi indiqué que les obligations de la Serbie sur le Kosovo restaient inchangées. La Liste des étudiants a proposé un référendum sur l'adhésion à l'UE et s'est opposée aux sanctions contre la Russie, des positions que les premiers mois du gouvernement devront convertir en politique.
Sources
- Politika via la RIK (27 oct. 2026)
- Vijesti via N1 (28 oct. 2026)
- The Hindu (26 oct. 2026)
- Reuters via syndication (28 oct. 2026)
- Bytes Europe (27 oct. 2026)
- Al Jazeera (26 oct. 2026)