C'était un fils de fermier venu des confins de l'Empire britannique, qui finit par briser l'atome en s'en amusant. Ernest Rutherford naît en 1871 à Nelson, en Nouvelle-Zélande, fils d'un meunier de lin et d'une institutrice, et décroche une bourse qui le mène à l'autre bout du monde, à Cambridge, où J. J. Thomson extrait les premiers électrons de la matière. Son génie n'était pas mathématique — il se méfiait des théories trop savantes —, il était expérimental, physique, presque violent : bombarder la matière et observer ce qui rebondit. À l'université McGill de Montréal, il découvre que les atomes peuvent se transformer en d'autres atomes, la transmutation radioactive, le rêve des alchimistes devenu réalité ; ces travaux de chimie lui valent le prix Nobel de chimie 1908, à son propre amusement, lui qui se voulait physicien. De retour à Manchester, il charge Hans Geiger et le jeune Ernest Marsden de bombarder une feuille d'or avec des particules alpha. Presque toutes la traversent ; quelques-unes rebondissent net. L'image de Rutherford est immortelle : c'était « comme si l'on tirait un obus de 380 millimètres sur une feuille de papier de soie et qu'il revenait vous frapper ». L'atome, conclut-il en 1911, est essentiellement du vide, avec sa masse concentrée dans un noyau minuscule et dense : l'atome nucléaire est né. En 1917, il bombarde de l'azote et en arrache des noyaux d'hydrogène : première transmutation artificielle, première brisure d'un atome. Il baptise ce noyau d'hydrogène le proton. Directeur du laboratoire Cavendish à Cambridge, il préside l'âge d'or de la physique nucléaire et forme Bohr, Chadwick — qui découvrira le neutron —, Cockcroft et Walton — qui briseront l'atome avec une machine. Il meurt en 1937, baron, inhumé à l'abbaye de Westminster, après avoir entraîné la physique au cœur du noyau de la matière.
Impact sur la civilisation
Rutherford a inventé la physique nucléaire. L'atome nucléaire — un cœur dense autour duquel gravitent des électrons — a balayé deux mille ans de spéculations sur l'atome indivisible et fondé toute la physique et la chimie modernes. La chaîne des découvertes de son laboratoire, du proton au neutron jusqu'à la fission artificielle, a mené directement à l'énergie nucléaire, à la médecine nucléaire et à l'âge atomique. Il a aussi fait du Cavendish la plus grande école de physique du monde.
Classé n° 20 des 100 plus grands scientifiques — score scientifique 74.67/100 (percée 7.33 · savoir apporté 7.0 · conséquences 8.2). Ce sont les mathématiques qui décident de l’ordre.
- Richard Reeves, A Force of Nature: The Frontier Genius of Ernest Rutherford (2008)
- John Campbell, Rutherford: Scientist Supreme (1999)
- David Wilson, Rutherford: Simple Genius (1983)
- Ernest Rutherford, Radio-activity (1904)