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Aller au contenu principalLe vice-président suspend Microsoft et six géants de la sous-traitance du programme de cartes vertes, les accusant de remplacer des Américains par une main-d'œuvre étrangère moins chère, tandis que neuf universités sont visées par des enquêtes sur des visas d'échange.
Publié le 9 octobre 2026 · 06:00 GMT

Jeudi 8 octobre, le vice-président JD Vance s'est présenté au pupitre du Eisenhower Executive Office Building pour annoncer l'offensive la plus dure à ce jour de l'administration Trump contre l'immigration de travail. Microsoft est bannie indéfiniment du programme fédéral qui lui permet de parrainer ses travailleurs étrangers pour des cartes vertes, six géants de la sous-traitance informatique subissent la même suspension, et neuf universités d'élite font l'objet d'enquêtes fédérales sur un programme distinct de visas d'échange. Quelques heures plus tard, le président Donald Trump remettait au patron de Microsoft, Satya Nadella, la National Medal of Technology and Innovation. Pour Vance, ce contraste n'était pas une contradiction : « Aucune entreprise aux États-Unis n'a, hélas, autant abusé du système que Microsoft », a-t-il lancé aux journalistes.
La composition du plateau en disait long : c'était une opération de campagne, pas une conférence de presse. Aux côtés de Vance se tenaient le procureur général Todd Blanche, le secrétaire au Travail Keith Sonderling, l'inspecteur général Anthony D'Esposito, le président de la FTC Andrew Ferguson et le chef de cabinet adjoint Stephen Miller. Vance préside la task force anti-fraude de la Maison-Blanche : jeudi, elle a pour la première fois nommé des entreprises ciblées et ordonné des sanctions concrètes.
L'offensive se joue sur deux fronts. Le premier est le programme PERM, la certification permanente par laquelle les employeurs parrainent des travailleurs étrangers pour des cartes vertes professionnelles. Le second est le programme de visas d'échange J-1, qui permet aux universités d'accueillir étudiants, chercheurs et enseignants étrangers. Dans les deux cas, l'accusation est identique : les institutions utilisent la main-d'œuvre étrangère pour tirer les salaires américains vers le bas, et le gouvernement traitera désormais ce schéma comme de la fraude.
Washington vient de transformer la file des visas en file électorale.
Le calendrier posait des questions gênantes. Alors que Vance accusait Microsoft d'abus systémiques, Trump devait remettre à Satya Nadella, le patron de l'entreprise né en Inde, la National Medal of Technology and Innovation, la plus haute distinction américaine pour le progrès technologique. Vance a écarté la contradiction : Microsoft est une grande entreprise américaine, mais elle doit apprendre à prospérer en employant ses compatriotes. La Maison-Blanche peut tenir une médaille d'une main et un ordre de suspension de l'autre.
L'arithmétique du vice-président était taillée pour les caméras. L'an dernier, Microsoft a licencié environ 6 000 travailleurs américains tout en employant 6 300 non-citoyens sous visas H-1B, et a parrainé près de 3 000 salariés pour des cartes vertes. « Pour chaque salarié licencié, Microsoft l'a remplacé par un travailleur étranger et demi, tel un domestique sous contrat », a déclaré Vance. L'entreprise aurait déformé ses besoins de main-d'œuvre, alors que le PERM est réservé à des compétences hyper-spécialisées introuvables aux États-Unis, une catégorie au cœur de la ruée sur les talents de l'IA.
Plusieurs médias notent que Vance n'a pas démontré que chaque visa correspondait à une embauche ayant remplacé un salarié licencié. Microsoft a répliqué sur son site : 80 % des quelque 6 000 demandes H-1B de l'an dernier visaient à prolonger le statut de salariés existants, les autres concernaient des personnes déjà en situation régulière. « Nous payons nos employés parmi les rémunérations les plus élevées du secteur », écrit l'entreprise, qui assure payer ses salariés H-1B comme les Américains à postes comparables. Le différend n'est pas nouveau : Vance critiquait déjà l'entreprise en juillet 2025 après la suppression d'environ 9 000 postes, moins de 4 % de ses effectifs.
Le PERM n'est pas un permis d'embauche ; c'est le pont entre le visa temporaire et la résidence permanente. L'employeur doit prouver qu'aucun travailleur américain capable et qualifié n'est disponible et que l'embauche d'un étranger ne nuira pas aux salaires. Avec la suspension, Microsoft et les autres ne peuvent plus parrainer leurs salariés H-1B, et aucune demande nouvelle ou en cours ne sera examinée. La suspension est indéfinie, sans étape précise pour retrouver l'accès : Vance les invite seulement à « changer de comportement ».
Vance est aussi venu avec des chiffres : un travailleur H-1B gagnerait 20 000 dollars de moins qu'un Américain au même poste, 48 000 de moins via une société de sous-traitance étrangère. Selon Newsmax, il n'a cité aucune étude à l'appui. Même logique pour les universités : les doctorants américains gagneraient environ 20 000 dollars de plus que les travailleurs sous visa J-1, sans méthodologie divulguée. Les chiffres ont fait leur effet à la télévision ; leur fiabilité sera éprouvée dans les semaines à venir.
Microsoft faisait les gros titres, mais elle n'est pas seule. L'éditeur Adobe est suspendu indéfiniment, et le site VisaVerge rapportait en septembre que ses 215 demandes en cours étaient toutes « en suspens ». Les géants de la sous-traitance nommés par le secrétaire Sonderling : Cognizant, Infosys, Tata, Wipro, HCL et Capgemini. Depuis 2009, a-t-il affirmé, ces seules entreprises ont demandé près de 3 millions de travailleurs étrangers, obtenu plus de 230 000 visas H-1B et plus de 100 000 certifications PERM, des emplois selon lui arrachés à des Américains.
Le choc frappe d'abord la filière technologique indienne, principal fournisseur de travailleurs H-1B. Il prolonge des restrictions antérieures : une taxe de 100 000 dollars sur certaines nouvelles demandes H-1B, et l'instruction de tenir compte des licenciements des employeurs. La Maison-Blanche affirme que sa proclamation de 2025 a fait chuter de 92 % les demandes des grandes sociétés de sous-traitance et de près de 97 % les traitements consulaires. Dissuasion réelle ou simple détournement des recrutements ? Les nouvelles suspensions aiguisent la question.
Le second front vise l'enseignement supérieur : Harvard, Yale, Stanford, Brown, Pittsburgh, l'université de Californie à Davis, Caltech, Arizona State et MIT. Vance les accuse d'utiliser le programme J-1 pour tirer vers le bas les salaires des doctorants et chercheurs américains. Sa preuve : un taux de recours au J-1 de 61 % sur les subventions fédérales de ces établissements, contre 38 % de moyenne nationale, sans préciser le mode de calcul.
L'inspecteur général Anthony D'Esposito a déclaré que des assignations avaient déjà été signifiées et que les enquêteurs examineront les abus de visas, l'influence étrangère et les relations financières inappropriées liées à la recherche fédérale. Escalade après juillet, quand Vance annonçait des dizaines d'assignations à Milwaukee et que l'inspecteur décrivait fausses demandes, rétrocessions salariales forcées et rémunérations sous les minima légaux. Pour des universités déjà éprouvées par les batailles de financement fédéral, c'est une lame nouvelle et plus tranchante.
Géopolitique. Les suspensions font du visa de travail un instrument de puissance. En frappant des géants indiens et des universités d'élite, Washington signale que l'accès au marché du travail américain est conditionnel. New Delhi devra calibrer sa réponse : ces entreprises sont de grands employeurs chez elles, et leurs dirigeants naviguent des deux côtés du corridor avec les États-Unis.
Macroéconomie. Le cadrage par la fraude permet de parler d'emplois et de salaires sans toucher aux droits de douane ni aux taux. À moins d'un mois des élections du 3 novembre, « les emplois américains pour les travailleurs américains » est le message le plus simple, et l'écart de 20 000 dollars, sourcé ou non, résonne dans des foyers inquiets du coût de la vie.
Démographie. Derrière la politique, un vrai marché du travail : universités et entreprises tech dépendent de chercheurs et d'ingénieurs étrangers dans des domaines qui évoluent vite. Les doctorants, souvent américains, sont la main-d'œuvre la plus qualifiée et la moins chère du pays ; resserrer le pipeline J-1 pèsera sur la production scientifique des années à venir.
Histoire. Le programme H-1B date de 1990, et presque chaque administration depuis a oscillé entre l'élargir pour la compétitivité et le restreindre pour la protection. La version 2026 se distingue par sa théâtralité répressive : assignations, cibles nommées, task force, plutôt que de nouvelles lois d'un Congrès incapable de réformer l'immigration depuis des décennies.
Structure. La fièvre de l'IA fait de chaque restriction un pari sur la rareté. Les géants tech licencient des généralistes tout en se disputant les talents spécialisés en apprentissage automatique, exactement la catégorie hyper-spécialisée pour laquelle le PERM fut conçu. Coupez le pipeline, et la question n'est pas de savoir si l'investissement IA ralentit, mais où il se déplace.
CNN y voit la dernière tentative de l'administration de montrer qu'elle combat la fraude avant les élections, et la mise en scène plaide en ce sens. Vance a aussi pressé les élus des deux partis de réécrire la loi H-1B : « Si vous voulez que le programme cesse de frauder le contribuable et de tirer les salaires vers le bas, mettez-vous au travail, nous vous aiderons ». Le Congrès, en pause jusqu'après le vote, n'agira guère. L'administration, elle, agit : chaque ordre de suspension est un artefact de campagne qui fait office de politique publique.
D'abord, la trace écrite : la task force publiera-t-elle ses constats, alors que les preuves des écarts salariaux et de l'arithmétique licenciements-visas n'ont été qu'affirmées, jamais montrées ? Ensuite, les tribunaux : Microsoft et Adobe contesteront-ils les suspensions, sachant la longue histoire des litiges sur le PERM ? Puis les universités : neuf établissements assignés et leurs budgets de recherche. Enfin, le Congrès après novembre : réforme H-1B ou gouvernance prolongée par conférence de presse ?
Vue d'Occident, jeudi était du théâtre électoral déguisé en action répressive. La presse américaine se divise entre le récit de l'administration, une mise au point attendue sur les abus patronaux de visas, et celui de Microsoft, une suspension fondée sur une arithmétique qui confond corrélation et preuve. Le contraste avec la médaille remise à Nadella a offert aux rédactions une ironie toute prête.
La vraie question occidentale est de savoir si les preuves de la task force apparaîtront un jour. Sans constats publiés, les chiffres salariaux et l'équation licenciements-visas restent des affirmations, et la presse économique américaine les traite déjà comme tels. Cela dit, le cadrage des midterms fonctionne : Congrès en pause, électeurs inquiets du pouvoir d'achat, gouverner par conférence de presse est peut-être la seule politique migratoire disponible.
Aucun grand média oriental, chinois ou russe, ne propose de couverture originale de l'annonce de jeudi dans ce que nous avons pu vérifier ; la couverture reste massivement occidentale, avec des relais indiens et singapouriens. Ce silence est lui-même un signal : Pékin et Moscou ne gagnent rien à amplifier un conflit social américain, mais les deux noteront discrètement la pression sur les sociétés indiennes, qui redistribue les cartes dans leurs propres rapports avec New Delhi.
Un analyste oriental lirait cette offensive comme une Amérique qui rationne l'accès à son propre moteur d'innovation. Sous cet angle, les suspensions ne parlent pas vraiment de fraude, mais de savoir qui peut siéger dans la pile technologique américaine au moment où le talent en IA devient la ressource décisive. Le pari est que couper les pipelines étrangers renforce l'équipe locale ; le risque, vu de Pékin, est que les talents se déplacent simplement, vers l'est.
Le prisme du Sud global se fixe sur l'Inde, où Gulte présente les suspensions comme un nouveau coup dur pour les professionnels indiens en Amérique. Des milliers d'ingénieurs qui avaient construit leur vie autour des cartes vertes patronales font face à des demandes gelées et à une profonde incertitude. Pour New Delhi, c'est la troisième escalade après la taxe de 100 000 dollars sur les H-1B et la chute des approbations : une question de mobilité du travail devient diplomatique.
La lecture plus large du Sud porte sur qui paie le prix des politiques du travail des pays riches. Quand Washington militarise la file des cartes vertes, la douleur se concentre dans les pays qui ont formé les ingénieurs, une subvention du Sud vers le Nord rarement évoquée dans le débat américain. Les universités du Sud suivront aussi de près les enquêtes sur le J-1 : si l'embauche de chercheurs devient un risque de fraude, les programmes d'échange qui ont nourri leurs propres viviers de talents pendant des décennies pourraient s'étioler.
Microsoft a été suspendue du PERM le 8 octobre, aux côtés d'Adobe et de six grandes sociétés de sous-traitance informatique ; neuf universités sont visées par des enquêtes sur le J-1. Tous les médias ayant couvert le briefing de jeudi s'accordent sur ces faits, de CNN et Newsmax à IBTimes Singapour et au site indien Gulte.
Le désaccord porte sur la justification. La Maison-Blanche parle d'une fraude documentée contre les travailleurs américains ; Microsoft affirme que ses demandes H-1B étaient en écrasante majorité des renouvellements pour du personnel existant, aux plus hauts salaires du secteur, et plusieurs médias soulignent que l'administration n'a publié aucune preuve spécifique liant chaque visa à un Américain licencié.
Nous savons que la suspension est indéfinie, qu'elle vise les demandes PERM nouvelles et en cours, et qu'elle ne touche ni les statuts H-1B existants ni les cartes vertes déjà accordées. Nous savons que des assignations ont été signifiées dans l'enquête sur les universités, et qu'une taxe de 100 000 dollars sur certaines nouvelles demandes H-1B est déjà en vigueur.
Nous ignorons encore quelles demandes précises ont déclenché les suspensions, comment l'administration a calculé ses comparaisons salariales, et ce que les entreprises suspendues doivent faire pour retrouver l'accès. Aucune des entreprises ou universités visées n'a été inculpée.
Attendez-vous à des recours en justice contre les suspensions, à des pressions des industries concernées et peut-être de New Delhi, et à une utilisation renforcée du cadrage anti-fraude pendant les midterms. Le Congrès ne réécrira guère la loi H-1B avant le scrutin : la task force continuera de gouverner par décrets plutôt que par la loi.
Le PERM est la procédure de certification permanente du département du Travail, l'étape patronale par laquelle de nombreux travailleurs étrangers obtiennent des cartes vertes professionnelles. La suspension empêche Microsoft et les autres entreprises nommées de parrainer leurs salariés H-1B, et leurs demandes en cours sont gelées. Les statuts H-1B existants et les cartes vertes déjà accordées ne sont pas affectés.
L'administration n'en a montré aucune publiquement. Vance a opposé 6 000 licenciements à 6 300 visas H-1B et près de 3 000 cartes vertes, mais les médias relèvent qu'il n'a pas démontré que chaque visa correspondait à une embauche remplaçant un salarié licencié. Microsoft assure que 80 % de ses demandes H-1B de l'an dernier étaient des prolongations pour des salariés existants, aux mêmes salaires que les Américains.
L'administration accuse Harvard, Yale, Stanford, Brown, Pittsburgh, UC Davis, Caltech, Arizona State et MIT d'utiliser abusivement le programme d'échange J-1 pour tirer vers le bas les salaires des doctorants américains. Vance invoque un taux de recours au J-1 de 61 % sur leurs subventions fédérales contre 38 % au niveau national, sans en expliquer le calcul. L'inspecteur général affirme que des assignations ont déjà été signifiées.
Les élections du 3 novembre dictent la chorégraphie. CNN y voit la dernière tentative de l'administration de montrer qu'elle combat la fraude gouvernementale, en présentant l'immigration comme un enjeu d'emplois et de salaires pour des électeurs inquiets. Vance presse aussi le Congrès de réécrire la loi H-1B, sachant la chambre en pause, ce qui laisse la task force gouverner par décrets qui valent aussi messages de campagne.