> > Aller au contenu principal
Édition du matin

Trump se convertit au vote par courrier

À quatre semaines des midterms, le président a renié des années d'attaques contre le vote par correspondance — alors que les sondages le créditent de 32 % d'approbation, un plancher historique, et placent les démocrates en tête.

Le portique nord de la Maison-Blanche à Washington, D.C.
Le portique nord de la Maison-Blanche à Washington, D.C.
Publicité

Points clés

  • Le jour du scrutin est fixé au 3 novembre 2026, soit quatre semaines après les déclarations de Trump lundi sur la pelouse sud de la Maison-Blanche. Reuters
  • Le sondage Reuters/Ipsos, mené sur six jours auprès de quatre mille cinq cent six adultes américains, affiche une marge d'erreur d'environ deux points. Reuters/Ipsos
  • La cote d'approbation de Trump est restée à trente-deux pour cent, un plancher historique, inchangée par rapport à l'enquête de septembre. Reuters/Ipsos
  • Les électeurs inscrits préfèrent les démocrates aux républicains par quarante-quatre contre trente-sept pour cent, tandis que vingt-huit pour cent des indépendants restent indécis. Reuters/Ipsos
  • Le gazole valait en moyenne six dollars et trente-deux cents le gallon le 5 octobre, selon l'AAA, tandis que la taxe fédérale d'accise s'élève à vingt-quatre virgule trois cents le gallon, selon l'administration américaine de l'information sur l'énergie. AAA / U.S. Energy Information Administration

À quatre semaines du scrutin, Donald Trump a fait ce qu'il s'était juré de ne jamais faire : il a invité ses propres partisans à voter par correspondance. « Vous pouvez faire l'un ou l'autre », a-t-il lancé lundi sur la pelouse sud de la Maison-Blanche — avant de s'envoler pour le Nebraska, où il a signé sur scène un décret sur le gazole.

Lundi soir, dans le Pinnacle Bank Expo Center de Grand Island, au Nebraska, Donald Trump a fait de sa signature le clou de la soirée. Son assistante Natalie Harp lui a apporté le décret sur l'estrade ; le président l'a signé au pupitre, puis a jeté le marqueur dans la foule en délire. Le texte reporte jusqu'à la fin de l'année la perception de la taxe fédérale sur le gazole teinté en rouge. Trump a promis qu'il ferait économiser au routier moyen plus de 100 dollars à chaque plein et qu'il ferait « baisser très substantiellement le coût de tous les biens, y compris l'épicerie » — un argument taillé pour les camionneurs et les agriculteurs de l'Amérique qui voient le gazole dépasser les six dollars le gallon.

Quelques heures plus tôt, sur la pelouse sud de la Maison-Blanche avant son départ pour le Nebraska, Trump avait fait une autre annonce, d'un autre ordre. Interrogé sur les élections de mi-mandat du 3 novembre, il a encouragé ses partisans à voter par correspondance — un revirement spectaculaire pour un président qui, des années durant, a décrit le vote postal comme une pratique gangrenée par la fraude. « Ils peuvent voter par courrier s'ils le veulent, parce que nous n'avons visiblement pas le choix, beaucoup de gens veulent voter par courrier, mais beaucoup de gens très bien veulent aussi voter en personne », a-t-il déclaré. « Vous pouvez faire l'un ou l'autre. » Ces propos faisaient suite à une vidéo de campagne diffusée le week-end : « Votez tôt, votez par courrier ou votez en personne le jour de l'élection, le 3 novembre. »

« Nous n'avons visiblement pas le choix » — à quatre semaines du scrutin, même le plus farouche détracteur du vote par correspondance a décidé de s'en servir.

À quatre semaines du scrutin, ces deux gestes relèvent d'une même stratégie : une campagne à la traîne dans les sondages actionne tous les leviers à la fois — la participation, le portefeuille et la carte électorale. Un sondage Reuters/Ipsos achevé lundi crédite Trump de 32 % d'approbation, un plancher historique, tandis que les électeurs inscrits préfèrent les démocrates 44 % contre 37 % dans l'intention de vote générique. Et la géographie de la campagne parle d'elle-même : la tournée de Trump dans les États conservateurs et le déplacement lundi du vice-président J. D. Vance en Alaska ne sont pas l'itinéraire d'un parti serein.

Pourquoi c'est important

Dans une élection serrée, la mécanique du vote, c'est la campagne. Depuis des années, des républicains s'inquiètent à voix haute que les attaques du parti contre le vote par correspondance dissuadent ses propres électeurs — notamment les conservateurs ruraux, socle de l'électorat trumpiste, qui vivent parfois loin des bureaux de vote. Dire à ces électeurs de mettre leur bulletin à l'abri très tôt, c'est, en froide arithmétique électorale, une assurance participation gratuite. Le message arrive en outre après une défaite judiciaire : l'administration avait tenté de durcir les règles du vote postal avant les midterms, mais la Cour suprême a refusé en septembre d'autoriser le service postal à appliquer les nouvelles restrictions. Cette voie rétrécie, le mot d'ordre a changé : au lieu de restreindre la méthode, en maximiser l'usage.

Pourquoi Trump a-t-il changé d'avis sur le vote par correspondance ?

La réponse courte, c'est que ce n'est pas le premier revirement. Trump avait déjà exhorté ses partisans à voter par courrier en 2024, et il vote lui-même par correspondance — tout en qualifiant ces bulletins d'« intrinsèquement corrompus » et en affirmant, contre les tribunaux et les autorités électorales, que sa défaite de 2020 était le fruit d'une fraude. La réponse longue, c'est l'arithmétique. Quand une campagne se croit en retard, chaque vote mis en banque vaut mieux qu'un sermon sur la méthode, et un vote anticipé ne se perd pas sous une averse le jour J. La Maison-Blanche a d'ailleurs envoyé ces derniers jours des courriels d'inscription électorale depuis un compte officiel, et le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a ordonné d'accorder aux militaires — un électorat plutôt républicain — du temps pour voter.

Comment en est-on arrivé là

Le fil rouge, c'est un débat d'une décennie sur la manière dont l'Amérique vote. Trump a en partie bâti son identité politique sur l'idée que les bulletins postaux appellent la triche — une affirmation qu'il a répétée lundi tout en prônant leur usage, assurant aux journalistes qu'il y a « beaucoup de triche dans le vote par courrier, beaucoup de triche partout », et prenant à partie le comté de Maricopa, en Arizona, où les autorités disent qu'un prestataire a expédié par erreur 3 100 bulletins avant la date officielle. Son administration a ensuite tenté de convertir la rhétorique en règles, en poussant un durcissement du vote postal avant les midterms. La décision de la Cour suprême en septembre a émoussé cet effort. Le message de lundi — utilisez le système au lieu de le dénoncer — est ce à quoi ressemble une campagne quand les juges ont parlé et que le temps presse.

Les sondages sont-ils vraiment si mauvais ?

Mauvais — mais un sondage est une photographie, pas un verdict. L'enquête Reuters/Ipsos, menée en ligne sur six jours auprès de 4 506 adultes américains avec une marge d'erreur d'environ deux points, crédite Trump de 32 % d'approbation, inchangé, le plus bas de sa carrière politique. Le détail est pire pour les républicains : seuls 24 % des Hispaniques approuvent son action, le plus bas de ses deux mandats — un renversement spectaculaire pour un électorat qui lui avait donné près de la moitié de ses voix en 2024, contre environ un tiers en 2020. Les électeurs inscrits préfèrent les démocrates 44 % contre 37 % ; chez les indépendants, les démocrates mènent 37 % contre 21 %, avec 28 % d'indécis. Chez les Hispaniques inscrits, 52 % comptent voter démocrate contre 26 % républicain — le plus large avantage démocrate depuis l'investiture de Trump. Le contexte, selon Reuters, c'est une économie étranglée par une inflation élevée liée à la guerre avec l'Iran — et par un rapport sur l'emploi de septembre en deçà des attentes.

Que fait vraiment le décret sur le gazole teinté en rouge ?

Dépouillé de sa mise en scène, le décret est un report d'impôt, pas une baisse d'impôt. Le gazole teinté en rouge est chimiquement identique au gazole routier mais vendu hors taxes pour l'usage hors route — agriculture, engins de chantier — la teinture permettant aux inspecteurs de repérer l'usage illégal sur route. Le décret de Trump lève l'exigence du hors-route et reporte la taxe fédérale d'accise, 24,3 cents le gallon selon l'administration américaine de l'information sur l'énergie, jusqu'à la fin de l'année, sans intérêts ni pénalités ; il charge aussi le Trésor d'étudier l'effacement de l'ardoise et presse les États d'emboîter le pas. La fiche de la Maison-Blanche chiffre l'économie fédérale à une soixantaine de dollars pour un plein de 250 gallons — les 100 dollars supposent que les États suivent. Le décor est brutal : le gazole valait en moyenne 6,32 dollars le gallon le 5 octobre, selon l'AAA, et dépasse les 6 dollars depuis le 11 septembre, tiré par la guerre américano-israélienne contre l'Iran et les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes. Des experts ont confié à USA Today que l'effet sur les prix serait limité — un sursis fiscal ne crée pas de capacité de raffinage. Mais comme théâtre de campagne, un président signant un allègement carburant en pays agricole, à quelques semaines du vote, n'a besoin d'aucune validation d'expert pour porter.

La lecture en cinq dimensions

Lues à travers cinq dimensions, les annonces de lundi forment une seule histoire sous deux costumes. Géopolitique : la guerre avec l'Iran est devenue un impôt intérieur — l'inflation et les prix du carburant sont la courroie de transmission entre la politique étrangère et l'isoloir. Macroéconomie : le décret sur le gazole est un aveu — ce sont les prix, pas les promesses, qui décideront des midterms, et la bataille autour du président de la Réserve fédérale a déjà montré la faible marge de manœuvre de la Maison-Blanche sur les taux. Démographie : les chiffres hispaniques sont l'alarme la plus stridente du sondage — la coalition qui a porté la victoire de 2024 s'effiloche par son bord le plus récent. Histoire : le parti du président perd presque toujours les midterms, et l'avertissement lancé par Trump ce week-end — une victoire démocrate apporterait « une dépression économique, comme en 1929 » — est la dramatisation classique d'un parti sur la défensive. Structure : « nous n'avons visiblement pas le choix » est peut-être la phrase la plus honnête de la campagne : le vote par correspondance est devenu une infrastructure permanente des élections américaines, et même son plus farouche détracteur a décidé de s'en servir.

Ce qu'il faut surveiller

Quatre dossiers diront si lundi a compté. D'abord, la banque des votes anticipés : le Nebraska a commencé à poster les bulletins le 28 septembre, et les deux partis vont désormais se disputer chaque vote mis à l'abri avant le 3 novembre — on regardera si les retours postaux républicains augmentent vraiment. Ensuite, les 28 % d'indépendants encore indécis : c'est eux l'élection. Puis les points de tension de la carte — l'Alaska, où un sondage du New York Times donnait la démocrate Mary Peltola sept points devant le sénateur Dan Sullivan quand d'autres enquêtes annonçaient un coude-à-coude, et où la visite de Vance s'est accompagnée d'une annonce fédérale de 150 millions de dollars pour des lignes électriques. Enfin, la dramatisation des enjeux : la promesse faite par Trump, dans une vidéo sur Truth Social, de 5 000 dollars à chaque adulte américain si les républicains gardent le Congrès — avec une campagne publicitaire de 20 millions financée par le contribuable — dira si les promesses d'argent déplacent une approbation à 32 %. Au Nebraska, Trump a conclu sur la phrase qui résume toute la tournée : « Quand je suis sur le bulletin, les gens se déplacent et on gagne toujours. Je vous demande une faveur : faites comme si j'étais sur le bulletin. »

Prisme occidental

Dans les capitales et les rédactions occidentales, le revirement se lit comme un pragmatisme électoral glacial : une campagne qui se croit en retard met les votes en banque très tôt au lieu de sermonner ses partisans sur la méthode. Le refus de la Cour suprême en septembre a fermé la voie de la restriction, le message s'est donc adapté. Les sondages se lisent comme un référendum sur les prix — carburant, épicerie, inflation — plutôt que sur la démocratie elle-même.

Le décret sur le gazole s'inscrit dans le même cadre : un geste ciblé et mis en scène sur le pouvoir d'achat, adressé aux électeurs ruraux à quelques semaines du vote. Les analystes relèvent la tension — un président qui agite une dépression façon 1929 tout en promettant des chèques de 5 000 dollars — comme une dramatisation classique de fin de campagne, et rappellent que quatre semaines de vote anticipé peuvent encore déplacer les 28 % d'indépendants indécis.

Prisme oriental

À Moscou comme à Pékin, l'épisode se lit moins comme une tactique de campagne que comme une pièce de plus au dossier de la défiance institutionnelle américaine : un président en exercice qui prône l'usage d'une méthode de vote qu'il qualifie de corrompue, quelques jours après que son administration a tenté de la restreindre. Les commentateurs alignés sur les pouvoirs en place y voient la preuve que les élections américaines sont des récits administrés plutôt que des procédures établies.

Pour Pékin surtout, l'enjeu est la continuité : quel que soit le parti qui tiendra le Congrès, il façonnera les tarifs douaniers, les contrôles technologiques et la posture face à la guerre avec l'Iran qui tire les prix du carburant. Le feuilleton du vote postal est regardé comme du théâtre politique ; le décret sur le gazole et les annonces énergétiques en Alaska, comme des signaux de politique publique.

Prisme du Sud global

Depuis les capitales d'Afrique, d'Amérique latine et d'Asie du Sud, la querelle américaine sur la circulation des bulletins ressemble à un débat de luxe : on s'y dispute le confort, pas l'accès au vote. Ce qui compte, c'est le signal des prix — un gazole à 6,32 dollars aux États-Unis se transmet partout via le fret, l'alimentation et les engrais, et un scrutin décidé sur les prix du carburant façonnera les postures commerciales et d'aide avec lesquelles vivent les économies en développement.

Les chiffres des électeurs hispaniques résonnent différemment au sud du Rio Grande : le basculement des Latinos vers Trump en 2024, puis dans l'autre sens aujourd'hui, rappelle que la politique des diasporas circule dans les deux sens — et que les choix de Washington sur l'immigration et les tarifs douaniers ont des électorats bien au-delà de ses frontières.

Le consensus

Ce sur quoi nous nous accordons
Trump a fait volte-face et invité ses partisans à voter par courrier, tout en disant préférer le vote en personne.
Ce sur quoi nous ne nous accordons pas
Les analystes s'opposent sur l'interprétation du revirement : stratégie de participation, revers judiciaire ou sondages internes.
Ce que nous savons
Ce que l'on sait : 32 % d'approbation, un plancher historique, et des démocrates en tête 44 contre 37.
Ce que nous ignorons encore
Ce que l'on ignore : combien de républicains voteront vraiment par courrier, et si la justice rouvrira le dossier.
Ce que nous anticipons
Ce à quoi l'on s'attend : une bataille acharnée du vote anticipé pendant quatre semaines de campagne.

Questions et réponses

Qu'a dit Trump sur le vote par correspondance ?

Trump a déclaré lundi aux journalistes, avant un meeting au Nebraska, que ses partisans pouvaient voter par courrier : « Ils peuvent voter par courrier s'ils le veulent, parce que nous n'avons visiblement pas le choix... Vous pouvez faire l'un ou l'autre. » Après une vidéo de campagne du week-end exhortant les républicains à « voter tôt, voter par courrier ou voter en personne le 3 novembre ». Il préfère le vote en personne et répète ses accusations de triche.

Quand ont lieu les élections de mi-mandat de 2026 ?

Le jour du scrutin est fixé au mardi 3 novembre 2026. Les 435 sièges de la Chambre et environ un tiers de ceux du Sénat sont en jeu : ils décideront du contrôle du Congrès pour les deux dernières années du mandat de Trump. Le vote anticipé et par correspondance a déjà commencé dans de nombreux États — le Nebraska poste ses bulletins depuis le 28 septembre, et les deux partis se disputent chaque vote mis en banque.

Quelle est la cote d'approbation de Trump actuellement ?

Trente-deux pour cent, selon le sondage Reuters/Ipsos achevé le 5 octobre — un plancher historique, inchangé depuis septembre. Seuls 24 % des Hispaniques approuvent son action, le plus bas de ses deux mandats. Les électeurs inscrits préfèrent les démocrates 44 % contre 37 % dans l'intention de vote générique. L'enquête en ligne a interrogé 4 506 adultes sur six jours, avec une marge d'erreur d'environ deux points.

Qu'est-ce que le gazole teinté en rouge et que prévoit le décret de Trump ?

Le gazole teinté en rouge est identique au gazole routier mais vendu hors taxes pour l'usage hors route, comme l'agriculture ; la teinture permet aux inspecteurs de repérer l'usage illégal sur route. Le décret signé par Trump le 5 octobre reporte jusqu'à la fin de l'année la taxe fédérale de 24,3 cents le gallon. Des experts ont confié à USA Today que l'effet sur les prix, 6,32 dollars le gallon en moyenne, serait limité.

Chargement de la discussion…
Publicité