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Aller au contenu principalDans une diatribe nocturne sur Truth Social puis lors d'un meeting à Syracuse, le président américain a qualifié le Nobel de la paix 2026 de « discrédité à jamais », affirmé qu'il en méritait huit et averti la Norvège : « nous n'oublierons pas ».
Publié le 10 octobre 2026 · 18:00 GMT

Le président Donald Trump a lancé, dans la nuit du jeudi 9 octobre, une attaque contre le comité Nobel norvégien, quelques heures après l'attribution du prix Nobel de la paix 2026 à la juriste Navi Pillay. Sur Truth Social, il a affirmé : « Je ne sais rien de cette femme, et personne d'autre non plus ! », ajoutant : « personne n'avait jamais entendu parler d'elle, si ce n'est qu'elle déteste Israël ». Il a ensuite soutenu qu'il aurait dû recevoir « 8 prix Nobel de la paix, pas un seul », énumérant huit conflits qu'il dit avoir réglés, et accusé le prix d'avoir été « discrédité à jamais par une poignée d'idéologues radicaux ». L'offensive s'est poursuivie vendredi lors d'un meeting à Syracuse, tandis que Pillay répondait par une boutade, à une conférence d'avocats des droits humains à Nuremberg : « Si vous applaudissez un peu, je partagerai peut-être ce prix avec Trump ».
Le message, publié tard jeudi soir, s'ouvrait sur une attaque directe contre Pillay elle-même. Trump y écrit qu'il ne sait « rien de cette femme, et personne d'autre non plus », ajoutant qu'à sa connaissance, « personne n'avait jamais entendu parler d'elle, si ce n'est qu'elle déteste, de toute évidence, Israël ». Il accuse le comité Nobel norvégien, composé de cinq membres, d'être « une poignée d'idéologues radicaux » et décrète que le prix Nobel de la paix a été « discrédité à jamais » par ce choix. Il qualifie la décision de « tache indélébile sur la Norvège » et lance un avertissement appuyé : « nous n'oublierons pas la Norvège ». Le message est tombé quelques heures après l'annonce d'Oslo et a donné le ton d'une journée entière d'attaques, prolongée vendredi après-midi lors du meeting de Syracuse. C'est l'une des offensives publiques les plus violentes jamais lancées par un président américain en exercice contre l'institution Nobel en 125 ans d'histoire.
« Si vous applaudissez un peu, je partagerai peut-être ce prix avec Trump. » — Navi Pillay
Trump consacre le plus long passage de son message à son propre bilan, martelant : « J'aurais dû gagner 8 prix Nobel de la paix, pas un seul ». Il énumère huit conflits qu'il dit avoir réglés — Cambodge-Thaïlande, Kosovo-Serbie, République démocratique du Congo-Rwanda, Pakistan-Inde, Israël-Iran, Égypte-Éthiopie, Arménie-Azerbaïdjan et Israël-Hamas — et affirme être « sur le point de régler » deux autres dossiers, l'Iran et la Russie/Ukraine. Il prétend avoir « sauvé plus de vies que quiconque dans l'Histoire » et cite l'opposante vénézuélienne María Corina Machado, qui lui aurait remis sa propre médaille Nobel en janvier. Il en profite pour étriller l'ONU, jugée inutile dans ses efforts de paix, et se vante d'avoir « récupéré tous les otages en Israël, y compris les 28 derniers ».
Vendredi, au meeting de Syracuse, dans l'État de New York, Trump a repris l'attaque presque mot pour mot, sous les applaudissements nourris de la foule. Il est revenu sur l'avertissement à la Norvège et sur son décompte de conflits réglés, se présentant comme l'artisan de paix le plus efficace de l'histoire américaine et le comité Nobel comme un organe politisé qui l'aurait spolié. Ces propos transforment une diatribe nocturne sur les réseaux sociaux en message de campagne durable, signe que le contentieux Nobel alimentera sa rhétorique pendant des semaines. Les images du meeting, largement diffusées vendredi soir, ont amplifié la confrontation bien au-delà du public de Truth Social.
Pillay, elle, a répondu au président américain par l'humour. S'exprimant vendredi devant une conférence d'avocats spécialistes des droits humains à Nuremberg, en Allemagne, elle a déclenché rires et applaudissements en lançant : « Si vous applaudissez un peu, je partagerai peut-être ce prix avec Trump ». Cette réplique légère tranche avec la fureur du message présidentiel — et avec la gravité du travail qui lui a valu le prix. Présidente de la commission d'enquête de l'ONU sur le territoire palestinien occupé, Pillay a dirigé l'organe qui a conclu qu'Israël avait commis un génocide à Gaza, une conclusion qui a fait d'elle une héroïne dans une grande partie du Sud global et une persona non grata à Washington comme à Jérusalem.
Le ministère israélien des Affaires étrangères a condamné l'attribution du prix, dénonçant une « instrumentalisation grotesque » du Nobel, reprenant ainsi la lecture trumpienne d'une décision anti-israélienne. Le même jour, le secrétaire d'État Marco Rubio annonçait de nouvelles sanctions américaines contre la Cour pénale internationale — le tribunal où Pillay a siégé comme juge. Ce double choc, annonce du Nobel et sanctions, a fait de vendredi une journée de confrontation institutionnelle ouverte : Oslo honore la juriste, Washington sanctionne la cour dont elle est issue, Jérusalem dénonce les deux. Ces sanctions approfondissent un bras de fer déjà ancien entre les États-Unis et la CPI sur l'examen par la Cour des agissements américains et israéliens. La confrontation se déroule sur fond de tensions régionales vives, alors que les frappes houthies continuent d'ébranler le Golfe.
L'édition de jeudi de Magna Bureau a couvert l'attribution elle-même en détail : Pillay, juriste sud-africaine et ancienne juge de la CPI, a été distinguée pour des décennies d'engagement en faveur des droits humains, couronnées par la conclusion de la commission de l'ONU sur le génocide à Gaza. Cette conclusion est le fil qui relie tous les éléments de la tempête de vendredi : elle explique le choix du Nobel, l'accusation trumpienne de haine d'Israël, la condamnation israélienne et les sanctions américaines contre la cour qui l'a formée. De l'avocate anti-apartheid à la juge internationale, le parcours de Pillay n'en faisait une lauréate improbable que pour ceux qui ignorent le monde des droits humains ; dans ce milieu, son nom pèse depuis des décennies.
Les affirmations de Trump sont présentées comme les siennes, et plusieurs résistent mal à l'examen des faits. L'Inde a nié à plusieurs reprises et publiquement tout rôle de médiation américaine dans son cessez-le-feu de 2025 avec le Pakistan — contredisant frontalement son récit. Sa prétention d'avoir réglé la confrontation Israël-Iran et d'être « sur le point de régler » l'Iran coexiste avec la pression américaine continue sur Téhéran, que ce journal suit depuis des mois. L'Égypte et l'Éthiopie ne se sont jamais fait la guerre ; leur différend sur le grand barrage de la Renaissance reste entier. Et le comité Nobel statue sur la base de nominations venues du monde entier ; des présidents américains en exercice l'ont déjà reçu — Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson, Jimmy Carter et Barack Obama, entre autres.
L'avertissement à la Norvège — « nous n'oublierons pas » — est le passage qui a le plus retenu l'attention des capitales européennes. Le prix Nobel de la paix est décerné à Oslo par un comité désigné par le Parlement norvégien, mais formellement indépendant du gouvernement, une distinction que le message de Trump ignore superbement. Nul ne sait si la Maison-Blanche joindra les actes à la rhétorique contre un allié ; Oslo n'a donné aucun signe public de sa lecture de la menace. Ce qui est certain, c'est que l'épisode ajoute un nouvel irritant aux relations transatlantiques, déjà tendues, et place la Norvège — membre de l'OTAN et discret médiateur diplomatique — au centre, bien malgré elle, d'une tempête politique américaine.
Les regards se tournent désormais vers Oslo en décembre, où le prix de la paix est traditionnellement remis le 10 décembre, anniversaire de la mort d'Alfred Nobel. Pillay devrait y recevoir la médaille et prononcer le discours Nobel devant la famille royale norvégienne — une cérémonie qui se déroulera désormais sous l'ombre de l'hostilité ouverte d'un président américain. Trump montera-t-il encore d'un cran, les sanctions contre la CPI mordront-elles, et la boutade sur le partage du prix restera-t-elle une plaisanterie ? Les semaines à venir le diront. Pour l'heure, le Nobel de la paix 2026 a produit ce que le comité n'avait sûrement pas prévu : une empoignade politique transatlantique sans porte de sortie évidente.
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Navi Pillay est une juriste sud-africaine et ancienne juge de la Cour pénale internationale. Elle a présidé la commission d'enquête de l'ONU sur le territoire palestinien occupé, l'organe qui a conclu qu'Israël avait commis un génocide à Gaza. Le comité Nobel norvégien lui a décerné le prix Nobel de la paix 2026 le 9 octobre, une décision annoncée à Oslo et couverte dans l'édition de jeudi.
Dans la nuit du 9 octobre, sur Truth Social, Trump a écrit qu'il ne savait « rien de cette femme, et personne d'autre non plus », affirmé qu'il méritait « 8 prix Nobel de la paix, pas un seul », énuméré huit conflits qu'il dit avoir réglés, qualifié le prix de « discrédité à jamais par une poignée d'idéologues radicaux » et dénoncé une « tache indélébile sur la Norvège », ajoutant : « nous n'oublierons pas la Norvège ».
Le 10 octobre, le secrétaire d'État Marco Rubio a annoncé de nouvelles sanctions américaines contre la Cour pénale internationale, où Pillay a siégé comme juge. Washington s'oppose depuis longtemps à l'examen par la Cour des agissements américains et israéliens. Annoncée quelques heures après la décision du Nobel, cette mesure approfondit la confrontation entre les États-Unis et le tribunal de La Haye.
Le prix Nobel de la paix est traditionnellement remis à Oslo le 10 décembre, anniversaire de la mort d'Alfred Nobel, la lauréate prononçant son discours devant la famille royale norvégienne. Pillay est attendue à la cérémonie. Cet article a été rédigé par Younesse Bouziani, rédacteur en chef, et la cérémonie de cette année se déroulera sous l'ombre de l'hostilité ouverte d'un président américain envers la distinction.