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Édition du soir

La ruée vers la defense-tech israélienne a son premier trésor de guerre : les 125 millions de Protego

Protego Ventures a bouclé le plus grand fonds de capital-risque israélien dédié à la défense pour miser sur l'IA, les drones et les systèmes autonomes — tandis que les startups israéliennes levaient 11 milliards de dollars en neuf mois.

Un drone quadrirotor militaire au décollage
Un drone quadrirotor militaire au décollage

Points clés

  • Protego Ventures a bouclé son premier fonds à 125 millions de dollars le 29 septembre — se présentant comme le premier et plus grand fonds de capital-risque israélien dédié à la défense — pour soutenir des startups dans l'IA, les drones, les capteurs et les systèmes autonomes. Tech Startups ; TechCrunch
  • Les levées de la defense-tech ont atteint 19,8 milliards de dollars au seul premier trimestre 2026, selon les données citées par Protego — les dépenses militaires en hausse et les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient propulsant les startups militaires dans le coin le plus chaud du capital-risque. Tech Startups
  • La tech israélienne a levé 11 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2026, en hausse de 50 % sur un an — dont 3,6 milliards au 3ᵉ trimestre en 91 tours — avec la cybersécurité à 38 % et les logiciels d'entreprise près de 30 %, selon IVC-LeumiTech. Globes
  • Le rythme trimestriel de la defense-tech a refroidi : environ 170 millions de dollars au 3ᵉ trimestre contre quelque 400 millions par trimestre au premier semestre — tandis que l'État accordait aux sociétés Adir Capital et Sling Capital ~33 millions de dollars de garanties pour des paris militaires et duaux. Globes ; TechCrunch
  • Protego prépare déjà un deuxième fonds pour le 1ᵉʳ trimestre 2027, adossé à des institutionnels israéliens et à un gros engagement américain, avec un périmètre élargi aux defense-tech américaines en croissance. TechCrunch

Le coin le plus chaud du capital-risque a désormais une adresse israélienne — et une femme enceinte en treillis à son acte de naissance.

L'histoire que raconte Lital Leshem, cofondatrice de Protego Ventures, vaut tous les pitch decks : onze ans d'expérience militaire et du renseignement, déployée comme réserviste le 7 octobre 2023 — enceinte — et restée en service jusqu'à la salle d'accouchement. C'est de cette expérience, dit-elle, qu'est née la conviction qui a levé 125 millions de dollars : « nombre des meilleures entreprises de défense du monde se construisent en ce moment, en Israël, sous de vraies contraintes opérationnelles, pour de vrais clients de première ligne ». Le 29 septembre, Protego Ventures a bouclé son premier fonds — se présentant comme le premier et plus grand fonds de capital-risque israélien dédié à la défense — pour soutenir des startups dans l'IA, les drones, les capteurs et les systèmes autonomes.

Le calendrier, comme l'admettent les fondateurs eux-mêmes, est difficile à ignorer. Les levées mondiales de la defense-tech ont atteint 19,8 milliards de dollars au seul premier trimestre 2026, selon les données citées par Protego. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, des budgets militaires en hausse partout et la demande soudaine de systèmes autonomes ont sorti les startups militaires du coin spécialisé du capital-risque pour les placer sous les projecteurs. Le pari de Protego est qu'Israël — où les fondateurs itèrent sous de vraies contraintes opérationnelles — dispose d'un avantage inhabituel dans cette course.

Le nœud

125 millions de dollars, dans le capital-risque, c'est une déclaration d'intention. Ce qui rend celle-ci singulière, c'est son objet : la défense. Pendant des décennies, la tech israélienne — la « Startup Nation » — a soigneusement tenu la défense à distance de ses levées : on faisait de la cybersécurité, des logiciels d'entreprise, des puces ; la guerre, c'était l'affaire de l'État et de ses grands industriels. Protego enterre cette pudeur. Son portefeuille comprend déjà XTEND et ASIO, la startup de connaissance situationnelle partenaire d'Anduril — le champion américain de la defense-tech. Le message est clair : la guerre est devenue un marché, et les meilleurs fondateurs israéliens veulent leur part.

Son cofondateur Moser, capital-risqueur chevronné, reste associé gérant de la généraliste AnD Ventures — un pied dans la tech classique, un pied dans la défense. C'est la structure du pari : importer les méthodes du venture — itération rapide, tolérance au risque, obsession du produit — dans un secteur historiquement verrouillé par les cycles d'acquisition étatiques longs de dix ans.

Le coin le plus chaud du capital-risque a désormais une adresse israélienne.

Comment on en est arrivé là

Il y a cinq ans, lever un fonds dédié à la défense en Israël aurait semblé incongru — voire inconvenant. La tech israélienne s'était construite sur un pacte implicite : l'armée formait les talents (l'Unité 8200 et ses semblables), et les talents partaient fonder des startups civiles — cybersécurité, fintech, logiciels. La défense restait l'affaire des Rafael, Elbit et Israel Aerospace Industries, ces champions nationaux qui vendaient aux armées du monde entier mais ne fréquentaient pas les tours de table de Herzliya.

Deux guerres ont brisé le pacte. En Ukraine, les drones — civils détournés, puis militaires dédiés — ont réécrit la grammaire du champ de bataille : un engin à quelques milliers de dollars détruisant un blindé à plusieurs millions, des essaims coordonnés par IA, une innovation au rythme hebdomadaire. Au Moyen-Orient, depuis octobre 2023, l'armée israélienne est devenue le laboratoire grandeur nature de la guerre technologique : interceptions, renseignement, systèmes autonomes testés en conditions réelles, itérés en temps réel. Les fondateurs qui ont servi — comme Leshem — en sont revenus avec une conviction : la prochaine génération d'armes se construira comme des startups, pas comme des programmes d'armement.

Aux États-Unis, Anduril et Palantir avaient déjà tracé la voie : des valorisations à dizaines de milliards, des contrats du Pentagone, une culture qui mélange hoodie et treillis. L'Europe suit, avec ses propres champions. Protego est la pièce israélienne du puzzle — et sa thèse est que le terrain d'essai israélien, avec ses « vraies contraintes opérationnelles », produit des entreprises plus robustes que les laboratoires californiens.

Le prisme : cinq dimensions

1. Géopolitique — l'arsenal comme actif

Un fonds de defense-tech israélien n'est jamais seulement un fonds : c'est un instrument de puissance. Les startups qu'il financera vendront — sous contrôle des exportations — à des armées étrangères, projetant l'influence israélienne par la technologie. Les drones, les capteurs, les systèmes autonomes « testés au combat » portent un label qui se vend : battle-proven. C'est le même modèle qui a fait d'Israël un exportateur d'armes de premier plan — transposé à l'ère du venture.

Mais l'arme est à double tranchant. L'État israélien l'a compris : il a accordé aux sociétés Adir Capital et Sling Capital environ 33 millions de dollars de garanties publiques pour investir dans les technologies militaires et duales — un pipeline public-privé pour l'économie de guerre. Protego, a dit Leshem, était trop avancée dans sa propre levée pour participer à l'appel d'offres. Le signal joue dans les deux sens : le gouvernement est désormais co-investisseur du boom de la defense-tech, ce qui dérisque le secteur — et le tamponne aussi comme stratégique, avec toutes les ficelles du contrôle des exportations que cela implique. Un fonds « privé » de defense-tech en Israël restera toujours, d'une manière ou d'une autre, un partenaire de l'État.

2. Macroéconomie — le marché à la fois euphorique et sélectif

Le fonds atterrit sur un marché à la fois euphorique et sélectif. Les sociétés technologiques israéliennes non cotées ont levé 11 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2026, en hausse de 50 % sur la même période l'an dernier — dont 3,6 milliards au troisième trimestre en seulement 91 tours. La cybersécurité mène toujours avec quelque 4,3 milliards depuis janvier, 38 % du total ; les logiciels d'entreprise sont montés à près de 30 %, leur plus haute part depuis 2020. La tech israélienne, loin de s'effondrer sous la guerre, a rarement levé autant.

Mais la defense-tech, l'espace et le quantique ont refroidi à environ 170 millions au 3ᵉ trimestre contre quelque 400 millions par trimestre au premier semestre. Le segment passe de la frénésie au marché : les investisseurs, après s'être rués, deviennent sélectifs — ils veulent des revenus, des contrats, des preuves. C'est précisément là que Protego se positionne : comme le véhicule de qualité institutionnelle d'un segment qui se professionnalise. 125 millions ne font pas un géant, mais ils font un standard — le premier fonds israélien dont la taille et le positionnement parlent aux institutionnels.

3. Démographie — la génération du 7 octobre

Derrière Protego, il y a une génération : celle des réservistes devenus fondateurs. Des centaines de milliers d'Israéliens ont servi depuis octobre 2023 ; une partie d'entre eux — ingénieurs, officiers, analystes du renseignement — en sont revenus avec des idées de produits forgées dans l'urgence opérationnelle. C'est un vivier entrepreneurial unique au monde : des fondateurs qui ont testé leurs intuitions sous le feu avant de les pitcher à des investisseurs.

Lital Leshem l'incarne : onze ans dans l'armée et le renseignement, un déploiement enceinte, une cession de startup à 625 millions de dollars en 2025. Son parcours — militaire, mère, entrepreneure, investisseuse — raconte une société où les frontières entre ces mondes se sont effacées. La defense-tech israélienne ne sera pas construite par des financiers qui ont lu des livres sur la guerre, mais par des vétérans qui l'ont faite.

4. Histoire — la fin du tabou

L'histoire du capital-risque est aussi l'histoire de ses tabous successifs : les réseaux sociaux (frivoles), la crypto (suspecte), le cannabis (illégal), la défense (immorale). Chaque tabou est tombé quand l'argent a parlé. La défense a été le dernier à tomber — et il est tombé avec fracas après 2022, quand la guerre en Ukraine a rendu l'armement à nouveau respectable dans les dîners de la Silicon Valley.

En Israël, le tabou avait une couleur particulière : la tech voulait être globale, civile, universelle — pas associée à l'occupation ni aux guerres. Le 7 octobre et ses suites ont inversé la polarité : la défense est devenue une cause, presque un devoir civique pour une partie de l'écosystème. Protego surfe sur cette inversion — mais elle la dépasse aussi : son deuxième fonds, prévu pour le premier trimestre 2027, élargira le mandat aux defense-tech américaines en début de croissance. Le tabou ne tombe pas seulement en Israël ; il tombe partout, et Protego veut être le pont.

5. Structure — le pont vers le Pentagone

La suite, c'est l'échelle. Protego prépare déjà un deuxième fonds pour le premier trimestre 2027, ancré par des investisseurs institutionnels israéliens et un gros engagement américain que Leshem dit sécurisé, avec un mandat élargi aux defense-tech américaines en début de croissance. L'ambition est claire : bâtir le pont entre les startups israéliennes itérées au champ de bataille et les budgets d'achat du Pentagone.

C'est le chaînon manquant de la defense-tech israélienne : non pas l'innovation — elle abonde — mais l'accès au plus grand acheteur d'armes du monde. Les startups israéliennes savent vendre à Tsahal ; vendre au Pentagone, c'est un autre métier — certifications, conformité, réseaux, patience. Un fonds qui maîtrise les deux côtés, avec un ancrage américain au capital, peut devenir l'intermédiaire indispensable. En capital-risque, 125 millions de dollars sont une déclaration d'intention. Le deuxième fonds sera le test de savoir si l'intention devient une institution.

XTEND et ASIO — le portefeuille qui parle

Protego ne vend pas une thèse : elle montre des trophées. XTEND, la société israélienne de drones, a levé 70 millions de dollars en série C en 2025 auprès de partenaires de l'OTAN — la preuve que la technologie israélienne du drone se vend désormais aux armées occidentales comme du matériel standard, pas comme de l'exotique. ASIO, les munitions rôdeuses, a levé 65 millions en 2024 avec les mêmes partenaires. Ce sont deux levées, deux validations, deux signaux que le marché de la défense israélienne est entré dans sa phase industrielle.

Ces deux noms racontent aussi l'évolution du champ de bataille : le drone n'est plus un gadget de reconnaissance, c'est un système d'armes à part entière — piloté à distance, parfois autonome, toujours moins cher que ce qu'il détruit. La guerre en Ukraine l'a démontré à l'échelle industrielle : des drones à quelques milliers de dollars détruisent des chars à plusieurs millions. Les armées occidentales, qui avaient pris du retard, achètent désormais frénétiquement — et c'est cette frénésie que le fonds Protego entend capter.

La guerre des drones comme école

Il y a une raison pour laquelle les investisseurs de la défense regardent vers Israël : c'est le seul pays occidental en guerre permanente — ou presque. Chaque conflit, chaque escarmouche, chaque interception est un test grandeur nature pour les systèmes d'armes israéliens. Le Dôme de fer, les drones, la cyberguerre : tout a été éprouvé au combat, ce qu'aucun laboratoire américain ne peut offrir. Pour un fonds de défense, c'est l'argument commercial ultime : « nos armes ont fait leurs preuves — littéralement ».

Cette expérience du combat réel est aussi ce qui distingue la défense israélienne de ses concurrentes européennes : là où les programmes français ou allemands mettent des décennies à passer du prototype à la production, les Israéliens itèrent en temps de guerre — concevoir, tester au combat, améliorer, recommencer. C'est la méthode startup appliquée à l'armement, et c'est exactement ce que les investisseurs en capital-risque savent évaluer.

Le deuxième fonds et la logique du doublement

Le premier fonds Protego — 100 millions de dollars, des dizaines d'investissements — a servi de preuve de concept : oui, on peut faire du capital-risque de défense israélien avec des rendements de capital-risque. Le deuxième fonds, plus important, est la mise à l'échelle : plus de capital, des tickets plus gros, des entreprises plus matures. C'est la trajectoire classique des sociétés de gestion qui réussissent — et le signe que les institutionnels, au-delà des family offices pionniers, commencent à s'intéresser au créneau.

Car c'est là que se joue la vraie bataille : faire entrer la défense israélienne dans les allocations des grands investisseurs institutionnels — fonds de pension, assureurs, souverains. Ces acteurs, longtemps réticents pour des raisons ESG ou politiques, sont en train de changer d'avis : la guerre en Ukraine a fait de la défense un secteur « investissable », et les rendements du premier fonds font le reste. Si Protego réussit à lever un deuxième fonds significativement plus gros, ce sera la preuve que la défense israélienne est devenue une classe d'actifs.

Le risque, bien sûr, c'est le cycle : la défense est un secteur cyclique, tiré par les guerres et les peurs. Si la paix revenait — au Moyen-Orient, en Ukraine — les budgets se contracteraient et les valorisations suivraient. Mais les gestionnaires de Protego parient sur le contraire : que le monde est entré dans une ère de confrontation durable, où la demande de systèmes d'armes ne fera que croître. C'est un pari sur la géopolitique autant que sur la technologie — et c'est peut-être le pari le plus lucide de tous.

Le timing, enfin, n'est pas un hasard : lever un fonds de défense israélien en 2026, c'est surfer sur la vague des budgets militaires occidentaux — en hausse partout, de Berlin à Tokyo. Chaque guerre, chaque tension, chaque défilé militaire est un argument commercial pour Protego. La géopolitique est leur vent arrière — et le vent, pour l'instant, ne faiblit pas.

Ce que les marchés en pensent

Les enthousiastes voient la convergence parfaite : un segment en pleine institutionnalisation, un vivier de fondateurs unique, un État co-investisseur, un pont vers le Pentagone en construction. Dans cette lecture, Protego est le premier arrivé sur un marché qui n'en est qu'à ses débuts — et les premiers arrivés, en venture, captent les meilleurs deals.

Les prudents notent le refroidissement trimestriel (170 millions contre 400), la dépendance aux cycles géopolitiques (que se passe-t-il si les guerres s'arrêtent ?), et le risque du contrôle des exportations — un État qui co-investit est un État qui peut interdire une vente. La defense-tech, rappellent-ils, reste un marché d'acheteurs étatiques : un seul client qui change d'avis peut tuer une startup.

Ce qu'il faut surveiller

Le déploiement du premier fonds : quels deals, à quelles valorisations, avec quels co-investisseurs ? La qualité des premiers tickets définira la réputation de Protego pour une décennie.

Le deuxième fonds, au premier trimestre 2027 : sa taille dira si les institutionnels — israéliens et américains — valident la thèse. Un fonds 2 à 300-400 millions ferait de Protego un acteur incontournable ; un fonds 2 poussif signalerait que le marché doute.

Les sorties : la defense-tech israélienne n'a pas encore produit sa grande introduction en bourse. La première IPO — ou la première acquisition à plus d'un milliard — sera le signal que le segment est mûr.

Et la géopolitique, en toile de fond permanente : chaque escalade remplit le carnet de commandes, chaque accalmie le vide. Protego a parié que la demande de systèmes autonomes est structurelle, pas conjoncturelle. C'est le pari le plus important du fonds — et le seul qui compte vraiment.

Prisme occidental

La couverture occidentale — TechCrunch, la presse startup — présente Protego comme l'institutionnalisation d'un boom. Le récit est financier : la defense-tech est passée de niche à classe d'actifs, Israël a le flux d'affaires, et un fonds dédié est l'étape naturelle suivante du marché. L'œil occidental est sur les chiffres — 125 millions, 19,8 milliards au 1ᵉʳ trimestre — et sur l'histoire de la fondatrice, que le capital-risque adore : une fondatrice-réserviste qui a vécu la thèse.

Le prisme occidental note aussi l'angle américain avec approbation. Un deuxième fonds courtisant l'argent institutionnel américain et ciblant les defense-tech américaines se lit comme la formalisation de l'alliance d'innovation Israël–États-Unis — dans ce récit, le fonds est autant un instrument géopolitique qu'un instrument financier.

Prisme oriental

La couverture orientale — le commentaire tech russe et chinois — lit le fonds comme la financiarisation de la guerre permanente. Le récit est froid : le capital-risque a découvert que le conflit est un marché de croissance, Israël est son laboratoire, et 125 millions de dollars sont le tour d'amorçage d'un complexe militaro-industriel 2.0. Dans ce récit, « itérer sous de vraies contraintes opérationnelles » est un euphémisme pour tester des produits sur des champs de bataille réels.

Le prisme oriental s'attarde sur l'ombre du contrôle des exportations. Un État qui garantit des paris de capital-risque sur la tech militaire, dans cette lecture, bâtit un arsenal avec des tables de capitalisation — et les clients des drones IA et des systèmes autonomes ne sont pas seulement les démocraties nommées dans les dossiers de présentation.

Prisme du Sud global

Le prisme du Sud global — la presse tech africaine et asiatique — lit Protego avec ambivalence. D'un côté, l'admiration est réelle : un petit pays bâtissant un pipeline d'innovation de classe mondiale à partir de ses propres contraintes, c'est l'histoire que tout écosystème tech émergent veut raconter. De l'autre, les produits sont des armes, et le Sud a historiquement été l'endroit où les armes des autres sont testées.

Ce qui intéresse le Sud, dans ce récit, c'est la retombée duale. La R&D; militaire israélienne a à plusieurs reprises ensemencé des industries civiles — cybersécurité, semi-conducteurs, navigation. Le Sud regardera si les paris IA, capteurs et autonomie de Protego produisent des dividendes civils, ou si les rendements du fonds restent sur le champ de bataille.

Le consensus

Ce sur quoi nous nous accordons
Les trois blocs s'accordent sur les faits : Protego a bouclé un premier fonds defense-tech de 125 millions de dollars le 29 septembre ; la tech israélienne a levé 11 milliards de dollars en neuf mois (+50 %) ; le rythme trimestriel de la defense-tech a refroidi vers 170 millions au 3ᵉ trimestre ; l'État garantit des paris VC rivaux.
Ce sur quoi nous ne nous accordons pas
Ils divergent sur le sens : l'Occident voit une classe d'actifs qui mûrit ; l'Orient voit la financiarisation de la guerre permanente ; le Sud voit un modèle d'innovation à admirer et un pipeline d'armes à surveiller.
Ce que nous savons
Nous savons la taille du fonds, les noms de portefeuille divulgués et les données de financement IVC-LeumiTech. Nous savons qu'un deuxième fonds est prévu pour le 1ᵉʳ trimestre 2027.
Ce que nous ignorons encore
Nous ignorons les souscripteurs du fonds au-delà des dirigeants cités, quelles startups recevront les premiers chèques, ou comment le contrôle des exportations façonnera son portefeuille.
Ce que nous anticipons
Nous anticipons des levées de la defense-tech toujours chaudes en 2027 — et que les premiers investissements de Protego seront scrutés comme un baromètre de l'endroit où l'argent intelligent pense que se jouera la prochaine guerre.
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