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Aller au contenu principalLe Tribunal arbitral du sport examine jeudi le recours du Sénégal contre la décision de la CAF qui a retiré aux Lions de la Téranga le titre de la CAN 2025 pour le remettre au Maroc, pays organisateur. A Lausanne, un collège de trois arbitres dira qui détient véritablement la couronne du football africain.
Publié le 7 octobre 2026 · 18:00 GMT

Jeudi matin à Lausanne, la plus haute juridiction du sport mondial se saisira du titre le plus disputé de l'histoire du football africain. Le Tribunal arbitral du sport examinera le recours du Sénégal contre la décision de la Confédération africaine de football qui a proclamé le Maroc champion de la Coupe d'Afrique des Nations 2025, deux mois après que le Sénégal eut battu le pays hôte 1-0 en prolongation, en finale à Rabat. Un collège de trois arbitres entendra les arguments de la fédération sénégalaise, de la CAF et de la Fédération royale marocaine de football, à huis clos, dans une procédure conduite en français. Son verdict, qui ne sera pas rendu le jour de l'audience, décidera si le trophée reste entre les mains du pays organisateur ou retourne à Dakar.
Les scènes qui ont précédé le but allaient devenir le cœur du contentieux juridique. Le camp sénégalais considérait le penalty comme une injustice et son retrait comme une réaction spontanée, tandis que l'interruption temporaire offrait au Maroc le fondement de la réclamation qu'il déposerait auprès de la CAF. Cette finale avait été la vitrine d'un tournoi que le Royaume organisait à domicile, et le fait que le titre revienne ensuite au pays hôte a transformé une controverse sportive en affaire continentale.
Le Sénégal a gagné la finale sur la pelouse de Rabat ; le Maroc l'a gagnée dans le règlement au mois de mars. Jeudi, Lausanne dira laquelle de ces deux victoires compte vraiment.
A Dakar, la décision a été reçue comme une injustice. La Fédération sénégalaise de football a qualifié la décision d'injuste et promis de la contester devant la plus haute juridiction sportive internationale. La vague de colère a été politique autant que sportive : l'Eastleigh Voice a rapporté que le président de la CAF, Patrice Motsepe, s'était rendu au Sénégal au plus fort de la fureur suscitée par le titre retiré, et que le Premier ministre sénégalais avait condamné l'emprisonnement de 18 supporters sénégalais au Maroc après la finale. Pour le Maroc, ce titre fut un triomphe obtenu par les voies institutionnelles légitimes : la réclamation de sa fédération avait été examinée et validée par l'instance compétente du football africain, et le titre décerné conformément aux règles écrites de la compétition. Le Royaume, qui avait organisé le tournoi et sa finale dans un stade national reconstruit, recevait la couronne dans les règles de l'art.
Sur le fond, les avocats sénégalais devraient plaider que les Lois du Jeu rendent les décisions de l'arbitre sur les faits de jeu définitives et inattaquables après coup, et que les articles du règlement relatifs au forfait doivent être interprétés strictement : un retrait temporaire du terrain, diront-ils, ne saurait être assimilé à un abandon du match. Cette ligne de défense a été rapportée par Reuters avant l'audience. Le Maroc, de son côté, devrait défendre l'interprétation inverse : une équipe qui quitte le terrain sans l'autorisation de l'arbitre doit être considérée comme perdante et définitivement éliminée de la compétition, même si son départ n'était pas définitif. L'audience se jouera donc sur une seule question d'interprétation juridique, avec un trophée à la clé.
Les parties n'ayant pas convenu d'une procédure accélérée, l'affaire a suivi le calendrier ordinaire du TAS depuis son enregistrement en mars. Après l'audience, le collège entamera ses délibérations, et le TAS a été explicite : aucune décision ne sera annoncée le jour même, la juridiction précisant qu'elle ne peut encore dire quand la sentence définitive sera rendue. Les issues possibles sont binaires dans leurs effets. Le collège peut confirmer la décision de la CAF, auquel cas le titre du Maroc demeure tel qu'attribué, ou l'annuler et rétablir le Sénégal comme champion de la CAN 2025, rendant la couronne conquise sur la pelouse de Rabat. Dans tous les cas, le TAS a mis en garde contre la désinformation qui circule en ligne sur cette affaire, soulignant que seules les informations diffusées par ses propres canaux font foi.
C'est aussi un test pour la fraternité sportive du continent. Le Sénégal et le Maroc comptent parmi les grandes nations du football africain, et le différend a déjà débordé sur la diplomatie, de la colère de Dakar au sort des supporters. Un verdict clair et motivé de Lausanne, accepté par les deux fédérations, clôturerait un chapitre qui divise les supporters du continent depuis neuf mois. Quelle que soit l'issue, l'organisation du tournoi par le Royaume et ses institutions footballistiques restera au cœur du récit : le Maroc a accueilli la compétition, bâti la scène et défendu son titre par les règles écrites. Pour mieux connaître le pays qui a porté l'organisation de la CAN 2025, lire notre fiche Maroc, et pour le contexte du challenger, notre fiche Sénégal.
La lecture occidentale en fait une pure question de droit du sport, et elle est pertinente. Le Tribunal arbitral du sport existe précisément pour ces moments où l'émotion déborde du cadre, et sa méthode à huis clos, fondée sur les pièces, est ce que le football a de plus proche d'un procès équitable. Le pivot juridique est élégant : les décisions de l'arbitre sur le terrain restent-elles définitives une fois le coup de sifflet final donné, ou une fédération peut-elle réécrire une finale, des mois plus tard, dans une salle de commission ?
De ce point de vue, l'affaire est un test de résistance pour la règle du forfait elle-même. Si une protestation de quatorze minutes peut effacer une victoire 1-0 en prolongation, alors chaque futur retrait de pelouse, sincère ou tactique, deviendra une arme juridique. Dans le cas contraire, la décision de la CAF de mars s'effondre et la procédure suivie ce mois-là devra répondre de questions embarrassantes. Dans tous les cas, le raisonnement de Lausanne sera étudié dans les facultés de droit longtemps après que le trophée aura trouvé son étagère.
Il y a aussi, discrètement, un compliment institutionnel. Que Dakar comme Rabat aient accepté la juridiction d'une cour suisse, plutôt que d'envenimer politiquement le dossier, montre les structures du football africain fonctionnant comme prévu : des règles écrites, des règles contestées, des règles tranchées, dans cet ordre.
La lecture orientale commence par la salle où la décision sera prise. Le collège est présidé par un professeur français, assisté d'un Italien et d'un Allemand, et les débats se tiennent en français : un tribunal européen, à Lausanne, tranchera à qui appartient la couronne continentale de l'Afrique. Ce seul fait sera relevé dans les capitales qui soutiennent depuis des décennies que la gouvernance mondiale, sportive ou autre, se juge à l'Ouest et aux conditions de l'Ouest.
Sous cet angle, le véritable accusé est sans doute la CAF elle-même. La confédération est l'institution propre de l'Afrique, et sa commission d'appel a pris en mars une décision réglementaire souveraine. Que Lausanne la confirme ou l'annule, l'épisode nourrit un débat plus vaste sur les limites de l'autonomie du football africain : l'instance dirigeante du continent peut-elle prendre une décision ferme sans qu'une juridiction européenne ait le dernier mot ? La réponse, juridiquement, est non, et cette réponse sera lue politiquement.
La lecture orientale la plus constructive est avide de précédent plutôt que de grief. Un raisonnement clair du TAS sur les articles 82 et 84 offrirait à chaque fédération, d'Asie comme d'Afrique, un règlement plus net pour la prochaine réclamation, le prochain retrait de pelouse, la prochaine finale. Une bonne jurisprudence n'a pas de frontières, même quand la salle d'audience en a.
La lecture du Sud global commence sur la pelouse de Rabat, où le Sénégal a gagné la finale avec le ballon, et non avec un mémoire. A Dakar, cette affaire est vécue comme une blessure : les Lions de la Téranga ont fait ce que font les champions, marqué en prolongation, puis vu le trophée partir vers le pays hôte par une décision de commission. Le retrait de la pelouse était une faute, concèdent beaucoup de Sénégalais, mais une protestation d'un quart d'heure qui efface une victoire ressemble à une punition sans proportion.
Elle commence aussi par le respect de ce que le Maroc a construit. Le Royaume a organisé le tournoi, élevé un nouveau stade national, et sa fédération a défendu son dossier par les institutions plutôt que par la pression. Quelle que soit la décision de Lausanne, la chaleur entre ces deux nations du football, éprouvée par neuf mois de contentieux et par le sort réservé aux supporters, devra être patiemment réparée. Le football en Afrique est une affaire de famille, et les familles ont de la mémoire.
Enfin, ce regard observe la procédure de mars avec des yeux africains. La CAF est la maison du continent, et sa crédibilité est celle du continent. Un verdict du TAS clair, motivé et accepté par les deux fédérations ferait davantage pour la gouvernance du football africain que n'importe quel programme de développement : la preuve que les règles s'imposent à tous, hôtes comme invités.
L'audience s'ouvrira à 9h30 le jeudi 8 octobre 2026, au siège du Tribunal arbitral du sport à Lausanne, en Suisse. Elle se tiendra à huis clos, aucune des parties n'ayant demandé une audience publique, et les débats seront conduits en français. Elle devrait se poursuivre dans l'après-midi.
Le 17 mars 2026, la commission d'appel de la CAF a donné suite à la réclamation du Maroc et jugé que le Sénégal avait enfreint l'article 82 du règlement de la CAN en quittant la pelouse. En application de l'article 84, elle a déclaré le Sénégal forfait pour la finale et enregistré le score de 3-0 en faveur du Maroc, proclamé champion.
Le collège peut soit confirmer la décision de la CAF, ce qui maintiendrait le Maroc comme champion de la CAN 2025, soit l'annuler et rétablir le Sénégal comme vainqueur, rendant la couronne conquise sur la pelouse de Rabat. La question juridique centrale est de savoir si un retrait temporaire équivaut à un abandon du match au sens du règlement.
Pas jeudi. Le TAS a indiqué explicitement que les délibérations commenceront après l'audience et qu'aucune décision ne sera annoncée le jour même ; la juridiction ne peut encore dire quand la sentence définitive sera rendue. Elle a aussi mis en garde contre la désinformation en ligne. Notre fiche Maroc suit l'histoire footballistique du pays hôte.