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Édition du soir

Lausanne va trancher le titre le plus disputé d'Afrique : l'appel du Sénégal examiné jeudi

Le Tribunal arbitral du sport examine jeudi le recours du Sénégal contre la décision de la CAF qui a retiré aux Lions de la Téranga le titre de la CAN 2025 pour le remettre au Maroc, pays organisateur. A Lausanne, un collège de trois arbitres dira qui détient véritablement la couronne du football africain.

Le stade Prince Moulay Abdellah à Rabat, Maroc, théâtre de la finale de la Coupe d'Afrique des Nations 2025
Le stade Prince Moulay Abdellah à Rabat, Maroc, théâtre de la finale de la Coupe d'Afrique des Nations 2025
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Points clés

  • RABAT : Le Sénégal a battu le Maroc 1-0 après prolongation en finale de la CAN 2025, le 18 janvier 2026, au stade Prince Moulay Abdellah, Pape Gueye inscrivant le but victorieux à la 94e minute. Complete Sports, 30/09/2026
  • RABAT : L'arbitre Jean-Jacques Ndala a accordé au Maroc un penalty tardif après recours à la VAR ; les joueurs sénégalais ont quitté la pelouse en protestation pendant une quinzaine de minutes, avant de revenir, et Brahim Diaz a manqué sa tentative. Reuters, 07/10/2026
  • AFRIQUE : Le 17 mars 2026, la commission d'appel de la CAF a jugé que le Sénégal avait enfreint l'article 82 du règlement de la CAN, déclaré la finale perdue par forfait en vertu de l'article 84, et enregistré une victoire 3-0 du Maroc, attribuant le titre au pays hôte. SuperSport / Walaw, 01/10/2026
  • DAKAR : Le 25 mars 2026, la Fédération sénégalaise de football a enregistré son recours auprès du TAS (affaire 2026/A/12295), demandant l'annulation de la décision de la CAF et la proclamation du Sénégal vainqueur de la CAN 2025. Reuters, 07/10/2026
  • LAUSANNE : L'audience du TAS est fixée au jeudi 8 octobre 2026 à 9h30, au siège lausannois de la juridiction, à huis clos et en français, devant un collège présidé par le Pr Gérald Simon, avec les Pr Luigi Fumagalli et Ulrich Haas. SuperSport, 01/10/2026

Jeudi matin à Lausanne, la plus haute juridiction du sport mondial se saisira du titre le plus disputé de l'histoire du football africain. Le Tribunal arbitral du sport examinera le recours du Sénégal contre la décision de la Confédération africaine de football qui a proclamé le Maroc champion de la Coupe d'Afrique des Nations 2025, deux mois après que le Sénégal eut battu le pays hôte 1-0 en prolongation, en finale à Rabat. Un collège de trois arbitres entendra les arguments de la fédération sénégalaise, de la CAF et de la Fédération royale marocaine de football, à huis clos, dans une procédure conduite en français. Son verdict, qui ne sera pas rendu le jour de l'audience, décidera si le trophée reste entre les mains du pays organisateur ou retourne à Dakar.

Que s'est-il passé ce soir-là à Rabat ?

Le 18 janvier 2026, le stade Prince Moulay Abdellah reconstruit de Rabat accueillait la finale de la Coupe d'Afrique des Nations 2025 entre le pays hôte, le Maroc, et le Sénégal. En fin de temps réglementaire, sur un score nul et vierge, l'arbitre Jean-Jacques Ndala accordait au Maroc un penalty après recours à la VAR. La décision mettait le banc sénégalais hors de lui ; plusieurs joueurs quittaient la pelouse en signe de protestation, certains regagnant même les vestiaires, et le match s'interrompait une quinzaine de minutes avant que les joueurs ne reviennent et que le jeu ne reprenne. Brahim Diaz s'élançait et manquait sa tentative, osant une panenka. Le match restant sans but, la prolongation suivait, et Pape Gueye frappait à la 94e minute. Le Sénégal s'imposait 1-0 sur le terrain et était célébré, ce soir-là, comme champion d'Afrique.

Les scènes qui ont précédé le but allaient devenir le cœur du contentieux juridique. Le camp sénégalais considérait le penalty comme une injustice et son retrait comme une réaction spontanée, tandis que l'interruption temporaire offrait au Maroc le fondement de la réclamation qu'il déposerait auprès de la CAF. Cette finale avait été la vitrine d'un tournoi que le Royaume organisait à domicile, et le fait que le titre revienne ensuite au pays hôte a transformé une controverse sportive en affaire continentale.

Le Sénégal a gagné la finale sur la pelouse de Rabat ; le Maroc l'a gagnée dans le règlement au mois de mars. Jeudi, Lausanne dira laquelle de ces deux victoires compte vraiment.

Qu'a décidé la CAF, et pourquoi ?

Deux mois plus tard, le 17 mars 2026, la commission d'appel de la CAF rendait la décision qui a déclenché cette saga. Donnant suite à une réclamation déposée par le Maroc, la commission jugeait que le Sénégal avait enfreint l'article 82 du règlement de la CAN et, en application de l'article 84, déclarait les Lions de la Téranga forfaits pour la finale. Le résultat acquis sur le terrain était annulé et enregistré comme une victoire 3-0 du Maroc, proclamé champion de la Coupe d'Afrique des Nations 2025. Le règlement au cœur de l'affaire prévoit qu'une équipe qui refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l'autorisation de l'arbitre est considérée comme perdante et éliminée de la compétition. Selon la lecture de la commission, le retrait sénégalais, si bref fût-il, entrait dans cette définition.

A Dakar, la décision a été reçue comme une injustice. La Fédération sénégalaise de football a qualifié la décision d'injuste et promis de la contester devant la plus haute juridiction sportive internationale. La vague de colère a été politique autant que sportive : l'Eastleigh Voice a rapporté que le président de la CAF, Patrice Motsepe, s'était rendu au Sénégal au plus fort de la fureur suscitée par le titre retiré, et que le Premier ministre sénégalais avait condamné l'emprisonnement de 18 supporters sénégalais au Maroc après la finale. Pour le Maroc, ce titre fut un triomphe obtenu par les voies institutionnelles légitimes : la réclamation de sa fédération avait été examinée et validée par l'instance compétente du football africain, et le titre décerné conformément aux règles écrites de la compétition. Le Royaume, qui avait organisé le tournoi et sa finale dans un stade national reconstruit, recevait la couronne dans les règles de l'art.

Que demande le Sénégal au TAS ?

Le 25 mars 2026, la Fédération sénégalaise de football enregistrait son recours auprès du Tribunal arbitral du sport, l'affaire étant répertoriée sous le numéro TAS 2026/A/12295, FSF contre CAF et Fédération royale marocaine de football. Le Sénégal demande à la juridiction d'annuler la décision de la CAF qui a prononcé le forfait et enregistré le score de 3-0, et de déclarer la fédération vainqueur de la CAN 2025. La FSF a également demandé la suspension du délai de dépôt de son mémoire complet jusqu'à ce que la CAF fournisse une explication complète de sa décision, un point de procédure qui montre à quel point le raisonnement reste contesté.

Sur le fond, les avocats sénégalais devraient plaider que les Lois du Jeu rendent les décisions de l'arbitre sur les faits de jeu définitives et inattaquables après coup, et que les articles du règlement relatifs au forfait doivent être interprétés strictement : un retrait temporaire du terrain, diront-ils, ne saurait être assimilé à un abandon du match. Cette ligne de défense a été rapportée par Reuters avant l'audience. Le Maroc, de son côté, devrait défendre l'interprétation inverse : une équipe qui quitte le terrain sans l'autorisation de l'arbitre doit être considérée comme perdante et définitivement éliminée de la compétition, même si son départ n'était pas définitif. L'audience se jouera donc sur une seule question d'interprétation juridique, avec un trophée à la clé.

Que décidera l'audience de Lausanne ?

L'audience s'ouvrira à 9h30 le jeudi 8 octobre 2026, au siège du TAS à Lausanne, en Suisse, et devrait se poursuivre dans l'après-midi. Aucune des parties n'ayant demandé une audience publique, les débats se tiendront à huis clos et la presse n'y sera pas admise. L'affaire sera plaidée en français, et des représentants des fédérations sénégalaise et royale marocaine sont attendus en personne, tandis que la CAF sera représentée par ses conseils. Le collège de trois arbitres est présidé par le professeur français Gérald Simon, aux côtés du professeur italien Luigi Fumagalli et du professeur allemand Ulrich Haas.

Les parties n'ayant pas convenu d'une procédure accélérée, l'affaire a suivi le calendrier ordinaire du TAS depuis son enregistrement en mars. Après l'audience, le collège entamera ses délibérations, et le TAS a été explicite : aucune décision ne sera annoncée le jour même, la juridiction précisant qu'elle ne peut encore dire quand la sentence définitive sera rendue. Les issues possibles sont binaires dans leurs effets. Le collège peut confirmer la décision de la CAF, auquel cas le titre du Maroc demeure tel qu'attribué, ou l'annuler et rétablir le Sénégal comme champion de la CAN 2025, rendant la couronne conquise sur la pelouse de Rabat. Dans tous les cas, le TAS a mis en garde contre la désinformation qui circule en ligne sur cette affaire, soulignant que seules les informations diffusées par ses propres canaux font foi.

Pourquoi cette affaire dépasse-t-elle le trophée ?

Le verdict fera jurisprudence bien au-delà de ce tournoi. Quelle que soit la lecture que le collège donnera des articles 82 et 84, son interprétation de ce qui constitue un forfait orientera la manière dont les prochaines éditions de la Coupe d'Afrique des Nations, et les autres compétitions de la CAF, traiteront les réclamations, les retraits de pelouse et les contentieux d'après-match. Pour l'instance dirigeante du football africain, l'affaire est un test de crédibilité institutionnelle : soit la décision la plus lourde de sa commission d'appel est validée par la plus haute juridiction du sport, soit elle est annulée, avec toutes les questions que cela soulèverait sur la procédure suivie en mars.

C'est aussi un test pour la fraternité sportive du continent. Le Sénégal et le Maroc comptent parmi les grandes nations du football africain, et le différend a déjà débordé sur la diplomatie, de la colère de Dakar au sort des supporters. Un verdict clair et motivé de Lausanne, accepté par les deux fédérations, clôturerait un chapitre qui divise les supporters du continent depuis neuf mois. Quelle que soit l'issue, l'organisation du tournoi par le Royaume et ses institutions footballistiques restera au cœur du récit : le Maroc a accueilli la compétition, bâti la scène et défendu son titre par les règles écrites. Pour mieux connaître le pays qui a porté l'organisation de la CAN 2025, lire notre fiche Maroc, et pour le contexte du challenger, notre fiche Sénégal.

Prisme occidental

La lecture occidentale en fait une pure question de droit du sport, et elle est pertinente. Le Tribunal arbitral du sport existe précisément pour ces moments où l'émotion déborde du cadre, et sa méthode à huis clos, fondée sur les pièces, est ce que le football a de plus proche d'un procès équitable. Le pivot juridique est élégant : les décisions de l'arbitre sur le terrain restent-elles définitives une fois le coup de sifflet final donné, ou une fédération peut-elle réécrire une finale, des mois plus tard, dans une salle de commission ?

De ce point de vue, l'affaire est un test de résistance pour la règle du forfait elle-même. Si une protestation de quatorze minutes peut effacer une victoire 1-0 en prolongation, alors chaque futur retrait de pelouse, sincère ou tactique, deviendra une arme juridique. Dans le cas contraire, la décision de la CAF de mars s'effondre et la procédure suivie ce mois-là devra répondre de questions embarrassantes. Dans tous les cas, le raisonnement de Lausanne sera étudié dans les facultés de droit longtemps après que le trophée aura trouvé son étagère.

Il y a aussi, discrètement, un compliment institutionnel. Que Dakar comme Rabat aient accepté la juridiction d'une cour suisse, plutôt que d'envenimer politiquement le dossier, montre les structures du football africain fonctionnant comme prévu : des règles écrites, des règles contestées, des règles tranchées, dans cet ordre.

Prisme oriental

La lecture orientale commence par la salle où la décision sera prise. Le collège est présidé par un professeur français, assisté d'un Italien et d'un Allemand, et les débats se tiennent en français : un tribunal européen, à Lausanne, tranchera à qui appartient la couronne continentale de l'Afrique. Ce seul fait sera relevé dans les capitales qui soutiennent depuis des décennies que la gouvernance mondiale, sportive ou autre, se juge à l'Ouest et aux conditions de l'Ouest.

Sous cet angle, le véritable accusé est sans doute la CAF elle-même. La confédération est l'institution propre de l'Afrique, et sa commission d'appel a pris en mars une décision réglementaire souveraine. Que Lausanne la confirme ou l'annule, l'épisode nourrit un débat plus vaste sur les limites de l'autonomie du football africain : l'instance dirigeante du continent peut-elle prendre une décision ferme sans qu'une juridiction européenne ait le dernier mot ? La réponse, juridiquement, est non, et cette réponse sera lue politiquement.

La lecture orientale la plus constructive est avide de précédent plutôt que de grief. Un raisonnement clair du TAS sur les articles 82 et 84 offrirait à chaque fédération, d'Asie comme d'Afrique, un règlement plus net pour la prochaine réclamation, le prochain retrait de pelouse, la prochaine finale. Une bonne jurisprudence n'a pas de frontières, même quand la salle d'audience en a.

Prisme du Sud global

La lecture du Sud global commence sur la pelouse de Rabat, où le Sénégal a gagné la finale avec le ballon, et non avec un mémoire. A Dakar, cette affaire est vécue comme une blessure : les Lions de la Téranga ont fait ce que font les champions, marqué en prolongation, puis vu le trophée partir vers le pays hôte par une décision de commission. Le retrait de la pelouse était une faute, concèdent beaucoup de Sénégalais, mais une protestation d'un quart d'heure qui efface une victoire ressemble à une punition sans proportion.

Elle commence aussi par le respect de ce que le Maroc a construit. Le Royaume a organisé le tournoi, élevé un nouveau stade national, et sa fédération a défendu son dossier par les institutions plutôt que par la pression. Quelle que soit la décision de Lausanne, la chaleur entre ces deux nations du football, éprouvée par neuf mois de contentieux et par le sort réservé aux supporters, devra être patiemment réparée. Le football en Afrique est une affaire de famille, et les familles ont de la mémoire.

Enfin, ce regard observe la procédure de mars avec des yeux africains. La CAF est la maison du continent, et sa crédibilité est celle du continent. Un verdict du TAS clair, motivé et accepté par les deux fédérations ferait davantage pour la gouvernance du football africain que n'importe quel programme de développement : la preuve que les règles s'imposent à tous, hôtes comme invités.

Le consensus

Ce sur quoi nous nous accordons
Ce sur quoi tout le monde s'accorde : le Sénégal a remporté sur le terrain la finale de la CAN 2025, 1-0 en prolongation, le 18 janvier 2026 à Rabat ; ses joueurs ont quitté la pelouse en protestation contre un penalty tardif accordé au Maroc ; et le TAS examinera le recours le 8 octobre 2026 à Lausanne, à huis clos.
Ce sur quoi nous ne nous accordons pas
Ce qui les oppose : la question de savoir si le retrait temporaire du Sénégal équivaut à un abandon du match au sens des articles 82 et 84 du règlement de la CAN, c'est-à-dire l'unique question juridique que le collège lausannois devra trancher.
Ce que nous savons
Ce que l'on sait : la commission d'appel de la CAF a jugé le 17 mars 2026 que le Sénégal avait perdu la finale par forfait et enregistré une victoire 3-0 du Maroc ; la FSF a déposé son recours au TAS le 25 mars ; l'audience s'ouvrira à 9h30, en français, devant trois arbitres ; aucune décision ne sera rendue le jour même.
Ce que nous ignorons encore
Ce que l'on ignore encore : l'interprétation que le collège donnera des articles relatifs au forfait ; la date à laquelle la sentence définitive sera rendue ; et si le verdict ordonnera une autre mesure que la confirmation ou l'annulation de l'attribution du titre.
Ce que nous anticipons
Ce qu'il faudra suivre : le raisonnement du collège sur la question du départ temporaire contre départ définitif, qui fera jurisprudence pour les futurs cas de forfait, et l'acceptation publique du verdict par les deux fédérations une fois celui-ci rendu.

Questions et réponses

Quand et où se tient l'audience du TAS ?

L'audience s'ouvrira à 9h30 le jeudi 8 octobre 2026, au siège du Tribunal arbitral du sport à Lausanne, en Suisse. Elle se tiendra à huis clos, aucune des parties n'ayant demandé une audience publique, et les débats seront conduits en français. Elle devrait se poursuivre dans l'après-midi.

Pourquoi le Sénégal a-t-il été déchu de son titre ?

Le 17 mars 2026, la commission d'appel de la CAF a donné suite à la réclamation du Maroc et jugé que le Sénégal avait enfreint l'article 82 du règlement de la CAN en quittant la pelouse. En application de l'article 84, elle a déclaré le Sénégal forfait pour la finale et enregistré le score de 3-0 en faveur du Maroc, proclamé champion.

Que peut décider le collège du TAS ?

Le collège peut soit confirmer la décision de la CAF, ce qui maintiendrait le Maroc comme champion de la CAN 2025, soit l'annuler et rétablir le Sénégal comme vainqueur, rendant la couronne conquise sur la pelouse de Rabat. La question juridique centrale est de savoir si un retrait temporaire équivaut à un abandon du match au sens du règlement.

Quand connaîtra-t-on l'issue ?

Pas jeudi. Le TAS a indiqué explicitement que les délibérations commenceront après l'audience et qu'aucune décision ne sera annoncée le jour même ; la juridiction ne peut encore dire quand la sentence définitive sera rendue. Elle a aussi mis en garde contre la désinformation en ligne. Notre fiche Maroc suit l'histoire footballistique du pays hôte.

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