Devant 8 500 partisans réunis au congrès de son parti, la cheffe du Rassemblement national s'est présentée comme la candidate capable de restaurer l'autorité dans une France secouée par des semaines de contestation; et elle devance tous les sondages publiés, malgré une condamnation pour détournement de fonds qui pèse sur sa candidature.
Publié le 26 octobre 2026 · 09:03 GMT
Devant 8 500 partisans réunis au congrès de son parti, la cheffe du Rassemblement national s'est présentée comme la candidate capable de restaurer l'autorité dans une France secouée par des semaines de contestation; et elle devance tous les sondages publiés, malgré une condamnation pour détournement de fonds qui pèse sur sa candidature. Marine Le Pen a officiellement lancé sa campagne présidentielle le dimanche 25 octobre 2026, au congrès du Rassemblement national à Orléans, devant 8 500 partisans, sous le thème d'une « renaissance » nationale.
Le dimanche 25 octobre 2026, Marine Le Pen s'est tenue à Orléans, la ville où Jeanne d'Arc leva le siège anglais en 1429, symbole de la résistance nationale pour l'extrême droite depuis longtemps, devant 8 500 partisans, pour ouvrir sa quatrième candidature à la présidence. Flanquée de Jordan Bardella et d'Éric Ciotti, elle a promis non pas un retour vers le passé mais, selon ses mots, l'aube d'une ère nouvelle. « Nous allons restaurer l'État de droit », a-t-elle lancé à une foule scandant « Marine, présidente ! », après une semaine de pillages en marge des manifestations. Bardella fut réélu président du parti et présenté comme son Premier ministre.
La sécurité vient en premier : une police de « tolérance zéro », le rétablissement des contrôles aux frontières, l'expulsion automatique des délinquants étrangers et une répression des bandes et des trafiquants de drogue. Sur la nationalité, elle est allée plus loin qu'un slogan, promettant que la nationalité française redeviendrait « un privilège qui s'hérite ou se mérite », avec des « doubles frontières, française et européenne ». Sur l'économie, le discours fut celui de la rigueur : baisse des impôts sur les entreprises, moins de bureaucratie, plafonnement des factures d'énergie des ménages et aucun nouveau relèvement de l'âge de départ à la retraite. Sur l'Europe, elle promet de réduire l'influence de Bruxelles, un référendum contestant la primauté du droit européen en matière migratoire et une baisse de 11 milliards d'euros par an de la contribution française. Ipsos la crédite de 32 à 34 % ; un sondage dominical, de 32 à 33,5 % contre 17 % pour Mélenchon.
La plus grande inconnue est judiciaire, et non politique. Le Pen se présente malgré la confirmation en appel d'une condamnation pour détournement de fonds européens, et Reuters rapporte qu'elle pourrait devoir faire campagne en portant un bracelet électronique pendant que son pourvoi suit son cours. Son issue et son calendrier restent incertains. Une deuxième inconnue est budgétaire : dette et déficit au-delà des limites européennes laissent peu de marge aux promesses. Une troisième inconnue se situe dans son propre camp. Le discours de Bardella fut brièvement interrompu par des militants d'une union d'étudiants juifs à propos d'un article affirmant qu'il avait effacé des messages antisémites d'un ancien compte sur les réseaux sociaux, des accusations qu'il nie, et Al Jazeera rapporte qu'il s'est aussi démarqué de Le Pen sur l'agenda économique et sur une interdiction proposée du voile islamique dans l'espace public. Au congrès, ces tensions furent publiquement mises de côté ; rien ne dit qu'elles le resteront.
La France est la deuxième économie de l'Union européenne, et une présidente eurosceptique, même si elle ne prône plus la sortie du bloc, enverrait une onde de choc à Bruxelles, et sur des marchés nerveux face à la dette française. Sur le plan intérieur, Le Pen domine parce que, selon Reuters, les électeurs désertent les partis traditionnels au profit des extrêmes, et parce que des semaines de contestation lui ont offert le thème qu'elle possède : l'ordre. Nées avec des lycéens à la mi-septembre, les manifestations contre la vie chère ont basculé, les 17 et 24 octobre, dans les pillages et les interpellations de masse. Chaque flambée renforce son affirmation centrale : l'État a perdu le contrôle.
Le Pen n'a pas choisi une semaine calme ; elle a choisi la semaine qui a suivi deux week-ends de violences, quand les images de magasins pillés et de bâtiments incendiés étaient encore fraîches et quand l'autorité du gouvernement semblait la plus mince. En se lançant à ce moment, elle a fait du contraste lui-même son argument d'ouverture. La chorégraphie Bardella répond par avance à la question que pose toute favorite aux ennuis judiciaires; qui gouverne si elle ne le peut pas ? Le risque court dans l'autre sens : une campagne lancée sur l'ordre invite un examen de la situation judiciaire de la candidate, et un programme lancé sur le pouvoir d'achat invite un examen de son arithmétique.
Les conséquences commencent à Bruxelles, où un référendum sur la primauté du droit européen en matière migratoire mettrait l'ordre juridique du bloc à l'épreuve plus rudement que n'importe quel différend budgétaire, et une réduction unilatérale de 11 milliards d'euros par an de la contribution française en éprouverait ensuite les finances. À Paris, la conséquence est institutionnelle : une présidente élue sur un mandat d'ordre gouvernerait par la confrontation, et les mouvements de protestation qui l'auraient aidée à l'emporter ne se disperseraient pas nécessairement une fois élue.
Le premier test tombe le lundi 26 octobre, lorsque le Premier ministre Lecornu recevra des organisations lycéennes. Les syndicats et les Gilets jaunes ont promis de continuer à défiler, et chaque cortège éprouvera le maintien de l'ordre et l'affirmation de Le Pen. Tout l'hiver : meetings, programme chiffré et calendrier judiciaire. Le scrutin à deux tours aura lieu en avril et mai, avec un second tour attendu début mai. À lire aussi : couvre-feux à Paris, manifestations qui balaient les villes françaises et l'entrée du parti de Le Pen au Sénat.
Le désordre élira-t-il sa propre réponse. Reuters met en avant les sondages et la promesse d'ordre, notant que les troubles urbains ont dopé Le Pen et qu'elle battrait aisément Mélenchon lors d'un second tour attendu début mai. Le Monde, qui couvre le congrès, insiste sur la chorégraphie du contrôle : un lieu fortifié, des milliers de policiers, et un parti se présentant comme une forteresse civique.
Comment l'Est lit une favorite portée par les convulsions The Hindu, qui reprend une dépêche de l'AFP depuis Orléans, présente Le Pen comme la favorite « bénéficiant des convulsions que traverse la France depuis des semaines ». Son récit s'attarde sur la rue plutôt que sur la scène : plus de 400 000 manifestants le 24 octobre, plus de 1 300 interpellations, Nunez imputant les violences à l'ultra-gauche, et le Premier ministre Sébastien Lecornu devant recevoir des organisations lycéennes le lundi 26 octobre.
Comment le Sud global lit un parti qui change de peau Le reportage d'Al Jazeera depuis Orléans regarde au-delà du meeting, vers la transformation qui le sous-tend : deux décennies de « dédiabolisation », adoucir l'image du parti et élargir sa base, et un mouvement passé des marges vers des bastions ouvriers autrefois tenus par la gauche, et même vers des électeurs qui votaient jadis au centre. Les adhésions ont presque triplé, pour atteindre environ 112 000 adhérents à jour de cotisation, contre moins de 37 000 en 2022. Pourtant, le même récit avertit, via l'historien Baptiste Roger-Lacan, que le programme reste « empreint d'absurdité budgétaire ».
Orléans est indissociable de Jeanne d'Arc, qui leva le siège anglais de la ville en 1429 et devint un symbole de la résistance et de la libération françaises. Le Pen établit depuis longtemps des parallèles entre la mission de Jeanne et ses propres ambitions, et la ville lui a permis de mettre en scène son lancement comme un récit de renaissance nationale, devant 8 500 partisans réunis dans un congrès fortifié.
Elle a promis une police de « tolérance zéro », le rétablissement des contrôles aux frontières, l'expulsion automatique des délinquants étrangers et une répression des bandes et des trafiquants de drogue. Sur la nationalité, elle s'est engagée à ce qu'elle redevienne « un privilège qui s'hérite ou se mérite », avec des « doubles frontières, française et européenne », rétablies.
Un sondage Ipsos publié le 24 octobre la crédite de 32 à 34 % des voix au premier tour, tandis qu'un autre sondage publié le 25 octobre la place à 32–33,5 %, contre 17 % pour le chef de file de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon. Les enquêtes la donnent largement victorieuse face à Mélenchon lors d'un second tour attendu début mai.
Une cour d'appel a confirmé une condamnation de Le Pen pour détournement de fonds du Parlement européen, et Reuters rapporte qu'elle pourrait devoir faire campagne en portant un bracelet électronique pendant que son pourvoi suit son cours. Le calendrier et l'issue de ce pourvoi restent incertains, laissant ouverte la question de sa campagne dans les dernières semaines.