Les actions de l’IA rebondissent après 2 500 milliards de dollars évaporés du Nasdaq
L’indice technologique de Wall Street a progressé vendredi après sa pire journée en dix-neuf mois, porté par des chiffres de l’emploi meilleurs que prévu; mais Séoul et l’Europe continuaient de reculer, et la question de savoir si l’essor de l’intelligence artificielle survivra à sa première épreuve politique reste ouverte.
Publié le 6 novembre 2026 · 20:20 GMT
Le résumé
Le jeudi 5 novembre 2026, le Nasdaq Composite a chuté de 5,5 %, sa plus forte baisse en une journée depuis la tourmente des marchés d’avril 2025, tandis que le Nasdaq 100 reculait de 6,4 % et effaçait environ 2 500 milliards de dollars de valeur boursière. Les entreprises du S&P 500 ont perdu près de 3 000 milliards de dollars de valeur boursière jeudi, selon Reuters, et le Nasdaq Composite est désormais en territoire de correction, à près de 12 % sous son record de clôture du 6 octobre.
Les trois prismes
- OuestÀ Washington et à Londres, c’est une collision entre un résultat électoral et un marché qui n’avait intégré aucune politique.
- OrientLa version orientale s’écrit en rouge sur les clôtures de vendredi, et non dans la politique de Washington.
- Sud globalLe Sud lit cette histoire à travers les infrastructures qu’il construit encore.
Points clés
- Le jeudi 5 novembre 2026, le Nasdaq Composite a chuté de 5,5 %, sa plus forte baisse en une journée depuis la tourmente des marchés d’avril 2025, tandis que le Nasdaq 100 reculait de 6,4 % et effaçait environ 2 500 milliards de dollars de valeur boursière. BBC / The Japan Times
- Les entreprises du S&P 500 ont perdu près de 3 000 milliards de dollars de valeur boursière jeudi, selon Reuters, et le Nasdaq Composite est désormais en territoire de correction, à près de 12 % sous son record de clôture du 6 octobre. Reuters / CNN
- Nvidia a perdu plus de 9 % jeudi, AMD plus de 17 % et Micron plus de 17 %, tandis que l’indice PHLX des semi-conducteurs chutait de 12 %, à son plus bas depuis plus de six mois. BBC / Reuters
- Vendredi, le Nasdaq Composite a progressé de 1,4 % et le S&P 500 d’environ 0,7 %, tandis que le Dow Jones restait stable ; Nvidia a repris plus de 3 %, AMD environ 10 % et Micron plus de 5 %. BBC / CNA
- Le Kospi sud-coréen a clôturé en baisse de 6 % vendredi, avec l’action du fabricant de puces SK Hynix en chute de plus de 10 %, et le FTSE 100 londonien a reculé de 1,01 % alors que les marchés européens baissaient. BBC / CNA
- Les employeurs américains ont créé 165 000 emplois en octobre, soit plus du double de ce que prévoyaient les analystes, et le taux de chômage est retombé à 4,1 %, contre 4,2 % en septembre. BBC / Reuters
Que s’est-il vraiment passé jeudi à Wall Street ?
Le jeudi 5 novembre 2026, le pari de Wall Street sur l’IA a subi sa pire journée en dix-neuf mois. Le Nasdaq Composite a chuté de 5,5 %, sa plus forte baisse en une journée depuis la tourmente des droits de douane d’avril 2025, tandis que le Nasdaq 100 reculait de 6,4 % et effaçait environ 2 500 milliards de dollars. Les entreprises du S&P 500 ont perdu près de 3 000 milliards, selon Reuters.
Vendredi, redressement partiel : le Nasdaq a rebondi de 1,4 %, le S&P 500 a gagné environ 0,7 % et le Dow Jones est resté stable. Nvidia, en baisse de plus de 9 % jeudi après avoir perdu des centaines de milliards, s’échangeait en hausse de plus de 3 %, tandis qu’AMD et Micron, en baisse de plus de 17 % jeudi, avaient repris environ 10 % et plus de 5 %. Mais le soulagement n’a pas voyagé : le Kospi a clôturé en baisse de 6 % vendredi, SK Hynix plongeant de plus de 10 %, et le FTSE 100 a perdu 1,01 %.
Que sait-on vraiment des causes de la vente massive ?
Le déclencheur a été politique. La vente a commencé deux jours après la victoire massive des démocrates aux élections de mi-mandat du 3 novembre, qui leur a donné le contrôle des deux chambres, à mesure que les investisseurs intégraient des règles plus strictes pour l’IA et les centres de données qui l’alimentent. Plusieurs démocrates ont fait campagne pour de nouvelles règles, et au Texas, la gouverneure élue, Gina Hinojosa, a promis un arrêt temporaire des constructions et la fin des avantages fiscaux aux constructeurs. UBS estime qu’environ 30 % des ajouts de capacité prévus en 2028 aux États-Unis pourraient être menacés. Ce basculement est l’histoire même des élections de mi-mandat et de la circonscription texane redessinée pour gagner.
La vente ne s’explique pas seulement par la politique : deuxième jour consécutif de baisse des valeurs liées à l’IA, et cinquième chute de plus de 500 points du Nasdaq depuis la mi-octobre, après des semaines d’interrogations sur les sommes investies. Les fabricants de puces ont payé le plus lourd tribut : le PHLX des semi-conducteurs a chuté de 12 % jeudi, à son plus bas depuis six mois, Broadcom a perdu plus de 10 %, et même Amazon et Alphabet, qui avaient tenu la veille, ont chacun reculé de 2,2 %.
Deux autres faits ont stabilisé le marché vendredi : 165 000 emplois créés en octobre, soit plus du double des prévisions, un chômage à 4,1 %, et la Banque d’Angleterre relevant ses taux, avec le signal d’une nouvelle hausse.
Qu’est-ce qui reste impossible à savoir vendredi soir ?
La première inconnue est de savoir si le rebond de vendredi tiendra. Dan Coatsworth, chez AJ Bell, a parlé d’une semaine brutale et estimé que la question clé était de savoir si la hausse allait durer : le pari technologique s’effondre-t-il ou se bat-il ?
La deuxième inconnue est ce que le nouveau Congrès va réellement faire. Aucune restriction n’a été adoptée, et la vente reflétait des anticipations plutôt qu’une réduction avérée des investissements. Reste à savoir si les promesses deviendront des pauses ou des permis refusés, et si les milliards dépensés rapporteront un jour.
Pourquoi cette chute de deux jours dépasse-t-elle Wall Street ?
Parce que le pari sur l’IA est devenu le moteur de tout le marché. Le Nasdaq est désormais en territoire de correction, à près de 12 % sous son record du 6 octobre, et une correction de l’indice des entreprises les plus valorisées au monde atteint fonds de pension, épargne retraite et confiance des entreprises. Le même vent avait déjà fait chuter ces valeurs une première fois cette semaine, quand la vague bleue a secoué les actions des centres de données à Wall Street.
Et parce que le combat ne porte plus seulement sur les cours, mais sur l’empreinte physique de l’IA, les centres de données qui consomment électricité et eau dans les communautés qui les accueillent, et sur ceux qui en profitent. Russ Shaw, de Tech London Advocates, a déclaré que le nouveau Congrès allait se concentrer sur l’IA de façon spectaculaire, et averti que les entreprises qui construisent pendant que les coûts de l’énergie augmentent pour les riverains doivent devenir de meilleurs voisins. Ce marché, emplois et investissements d’un côté, factures et eau de l’autre, est désormais intégré dans les cours, et un seul rebond ne le réglera pas.
Comment lire un marché qui chute de 5,5 % sur une rumeur de régulation ?
Comme une réévaluation du risque politique, et non comme un verdict sur la technologie. Rien n’a changé dans les puces entre mercredi et jeudi : processeurs, centres de données et commandes étaient les mêmes. Ce qui a changé, c’est le prix du risque politique, qui a bougé violemment parce que le marché supposait depuis un an que l’essor de l’IA ne rencontrerait aucune opposition sérieuse. Le pari était déjà fragile, cinq chutes de plus de 500 points depuis la mi-octobre, si bien que le résultat électoral n’a pas créé le doute, il lui a donné une date et un Parlement.
La lecture honnête se situe donc entre les deux camps. Jane Gibbons, de Jefferies, a qualifié jeudi de mouvement réactionnaire, et non de remise en cause fondamentale, et le rebond de vendredi lui donne raison ; mais Michael O’Rourke, chez JonesTrading, a averti que le ralentissement de la construction des centres de données est le thème qui va durer, et les chutes de vendredi à Séoul et en Europe lui donnent raison. Les deux peuvent être vrais : un marché peut surréagir jeudi et avoir raison sur le fond.
Que vont devenir les centres de données, les puces et l’argent qui les finance ?
Les effets de second ordre traversent les entreprises qui vivent de la construction. Fabricants de puces et néo-clouds, qui louent de la puissance de calcul, ont été les plus durement touchés, CoreWeave, baromètre de l’inquiétude face aux lourdes dépenses en IA, a perdu 12 % jeudi, et les petites entreprises, dont la capacité à lever des fonds était déjà limitée, doivent désormais se demander comment financer la suite.
Les constructeurs eux-mêmes se divisent : OpenAI a déclaré à CNBC qu’elle poursuivrait l’expansion de ses centres de données malgré la victoire démocrate, tandis que Microsoft réduit son accord de location de capacité de cloud IA auprès d’Oracle, selon Bloomberg. Entre ces deux faits se situe la vraie question : les hyperscalers continueront-ils à dépenser au rythme des deux dernières années, ou le premier vent contraire est-il le moment où le chéquier se referme un peu ?
Quand saura-t-on si le rebond est réel ?
La semaine prochaine sera le test, en trois temps. D’abord, l’ouverture des marchés asiatiques lundi : si Séoul et Tokyo se stabilisent, la déroute n’aura été qu’un spasme occidental ; si elles rechutent, la correction a des jambes. Ensuite, le nouveau Congrès : premiers projets de loi, premières auditions et premières décisions des gouverneurs montreront si les promesses deviennent des politiques, et la bataille du Texas sur les nouvelles constructions est celle à surveiller. Enfin, les chiffres : résultats des fabricants de puces, plans de dépenses des hyperscalers et décision de décembre de la Réserve fédérale, plus de 65 % de chances d’une hausse des taux, diront si l’économie est aussi solide que le suggère le rapport d’octobre sur l’emploi. Les retombées politiques se poursuivent aussi sur d’autres fronts, du département de la Justice aux États où se construisent les centres de données. D’ici là, le rebond de vendredi est un soulagement, pas un verdict.
Les trois prismes
Prisme Occidental:
À Washington et à Londres, c’est une collision entre un résultat électoral et un marché qui n’avait intégré aucune politique. La BBC a construit son récit autour du renversement, des milliards envolés jeudi, une reprise partielle vendredi, tandis que CNN retraçait la mécanique, des investisseurs endettés contraints de vendre, et que Reuters décrivait jeudi comme un mouvement réactionnaire, une collision de préoccupations autour des dépenses en IA, de la politique et de l’inflation.
Prisme Oriental:
La version orientale s’écrit en rouge sur les clôtures de vendredi, et non dans la politique de Washington. Tandis que le Nasdaq progressait, le Kospi chutait de 6 % et SK Hynix, au cœur de la chaîne d’approvisionnement de l’IA, plongeait de plus de 10 %; les fabricants de puces de la région sont otages d’une lutte américaine qu’ils n’ont pas déclenchée et dans laquelle ils ne votent pas.
Prisme du Sud:
Le Sud lit cette histoire à travers les infrastructures qu’il construit encore. Le Statesman indien a rédigé son propre récit, notant que la vente avait frappé avant même qu’une restriction n’entre en vigueur, tandis que dans le Golfe et au Pakistan, l’histoire a voyagé par les dépêches; celle de l’AFP aux Émirats, celle de Reuters à Karachi et à Lahore.
Le consensus
- Ce sur quoi nous nous accordons
- Ce sur quoi nous sommes d’accord : le jeudi 5 novembre 2026, le Nasdaq Composite a chuté de 5,5 %, sa plus forte baisse en une journée depuis avril 2025, et le Nasdaq 100 a reculé de 6,4 %, effaçant environ 2 500 milliards de dollars de valeur boursière, tandis que les entreprises du S&P 500 perdaient près de 3 000 milliards de dollars selon Reuters ; vendredi, le Nasdaq a progressé de 1,4 % et le S&P 500 d’environ 0,7 %, avec Nvidia, AMD et Micron récupérant une partie de leurs pertes ; et la vente a suivi la victoire massive des démocrates aux élections de mi-mandat du 3 novembre, qui a donné au parti le contrôle des deux chambres du Congrès.
- Ce sur quoi nous ne nous accordons pas
- Ce sur quoi nous ne sommes pas d’accord : s’agit-il d’un spasme réactionnaire ou du début d’une vraie réévaluation du pari sur l’IA, puisque Jefferies y voit une collision de préoccupations plutôt qu’une remise en cause fondamentale, alors que d’autres stratèges estiment que le ralentissement de la construction des centres de données est le thème qui va durer ; si un durcissement de la réglementation et des pauses dans la construction vont réellement freiner l’essor de l’IA ou simplement le réévaluer ; et si les sommes colossales investies dans les infrastructures d’IA rapporteront un jour leur mise.
- Ce que nous savons
- Ce que nous savons : le déclencheur a été la crainte qu’un Congrès contrôlé par les démocrates impose des règles plus strictes pour l’IA et les centres de données, alors que la gouverneure élue du Texas avait fait campagne sur l’arrêt des nouvelles constructions de centres de données et qu’UBS estime qu’environ 30 % des ajouts de capacité prévus en 2028 aux États-Unis pourraient être menacés ; les employeurs américains ont créé 165 000 emplois en octobre, soit plus du double de ce que prévoyaient les analystes, et le chômage est retombé à 4,1 % ; et la Banque d’Angleterre a relevé ses taux directeurs jeudi.
- Ce que nous ignorons encore
- Ce que nous ne savons pas : si le rebond de vendredi tiendra la semaine prochaine ou s’il s’évaporera aussi vite qu’il est venu ; ce que le nouveau Congrès va réellement légiférer sur l’IA et les centres de données, puisqu’aucune restriction n’a encore été adoptée ; si les pauses dans la construction se matérialiseront à l’échelle esquissée par UBS ; et si les rendements des dépenses en IA justifieront les milliards déjà engagés.
- Ce que nous anticipons
- Ce que nous attendons : une semaine volatile, avec l’ouverture des marchés asiatiques lundi comme premier test pour savoir si la correction a des jambes ; une attention soutenue aux premiers projets de loi et aux décisions des gouverneurs sur les centres de données, avant tout au Texas ; et les résultats des fabricants de puces, les plans de dépenses des hyperscalers et la décision de décembre de la Réserve fédérale pour savoir si l’économie sous le marché est aussi solide que le suggère le rapport d’octobre sur l’emploi.
Questions et réponses
Pourquoi les actions de l’IA ont-elles chuté aussi brutalement jeudi ?
Les investisseurs craignaient que la victoire des démocrates aux élections de mi-mandat n’entraîne un durcissement des règles pour l’intelligence artificielle et des pauses dans la construction des centres de données, l’infrastructure dont dépend l’essor de l’IA. C’était le deuxième jour consécutif de baisse, amplifiée par les investisseurs endettés contraints de vendre, et les fabricants de puces ont été les plus touchés, avec l’indice PHLX des semi-conducteurs en chute de 12 %.
Combien d’argent a réellement été effacé ?
Le Nasdaq 100 a perdu environ 2 500 milliards de dollars de valeur boursière jeudi, en chutant de 6,4 %, et les entreprises du S&P 500 ont perdu près de 3 000 milliards de dollars, selon Reuters. Le Nasdaq Composite dans son ensemble a désormais perdu près de 12 % depuis son record de clôture du 6 octobre, ce qui le place en territoire de correction; une baisse de 10 % ou plus depuis un récent sommet.
Pourquoi les marchés ont-ils rebondi vendredi ?
Le Nasdaq a progressé de 1,4 % et le S&P 500 d’environ 0,7 %, soutenus par un rapport sur l’emploi d’octobre meilleur que prévu, 165 000 emplois créés, soit plus du double de ce que prévoyaient les analystes, et par des investisseurs jugeant la vente de jeudi excessive. Mais le soulagement n’a été que partiel : les marchés asiatiques et européens ont continué de reculer vendredi, avec le Kospi sud-coréen en baisse de 6 %.
Que vont devenir les centres de données ?
Rien n’est encore décidé, puisqu’aucune nouvelle restriction n’a été adoptée, mais les analystes d’UBS estiment qu’environ 30 % des ajouts de capacité prévus en 2028 aux États-Unis pourraient être menacés par des pauses dans la construction, et la gouverneure élue du Texas a fait campagne sur l’arrêt des nouvelles constructions. OpenAI affirme qu’elle poursuivra son expansion : le test sera de savoir si la politique se traduit par des permis refusés.
Sources
- BBC / The Japan Times
- Reuters / CNN
- BBC / Reuters
- BBC / CNA