Aller au contenu principal
Édition du soir

Kabila rejoint le M23 et lance le Front pour la refondation de la nation à Goma

L’ex-président Kabila prend la tête d’une alliance politico-militaire avec le M23, dévoilée à Goma — un pari qui pourrait unir l’opposition ou envenimer la guerre à l’Est.

Joseph Kabila, alors président de la RDC, avec le secrétaire d'État américain John Kerry et l'envoyé Russell Feingold à Kinshasa en mai 2014, devant le drapeau congolais
Joseph Kabila, alors président de la RDC, avec le secrétaire d'État américain John Kerry et l'envoyé Russell Feingold à Kinshasa en mai 2014, devant le drapeau congolais
Publicité

Points clés

  • 12 octobre 2026 : Joseph Kabila a dévoilé le Front pour la refondation de la nation (FRN) dans sa résidence de Goma, ville que le M23 contrôle depuis janvier 2025. Reuters (2026-10-12)
  • Direction : Kabila dirige l'alliance politico-militaire ; les figures rebelles Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa, Sultani Makenga et Freddy Kaniki en sont les vice-présidents. Reuters (2026-10-12)
  • Objectif affiché : le FRN veut « mettre fin à la tyrannie par tous les moyens nécessaires, y compris par la force » et unir les forces d'opposition contre Kinshasa. ImNews (2026-10-13)
  • Condamnation à mort : un tribunal militaire de Kinshasa a condamné Kabila à mort par contumace en 2025 pour trahison et crimes de guerre, en raison de liens présumés avec le M23, qu'il nie. Reuters (2026-10-12)
  • Analystes divisés : certains estiment que l'alliance pourrait unir l'opposition ; d'autres craignent qu'elle n'envenime le conflit dans l'est de la RDC. Eastleigh Voice (2026-10-15)

Pendant dix-huit ans, Joseph Kabila a régné sur la République démocratique du Congo depuis le palais de Kinshasa. Lundi soir, il se tenait à Goma, ville tenue par la rébellion avec laquelle on l’accuse d’avoir conspiré, et se plaçait à la tête d’une alliance conçue pour renverser le gouvernement qui l’a condamné à mort.

Dans la soirée du lundi 12 octobre 2026, dans sa résidence de Goma — ville de l'est du pays que le M23 contrôle depuis janvier 2025 — l'ancien président Joseph Kabila a dévoilé le Front pour la refondation de la nation (FRN), une alliance politico-militaire formée avec les combattants du M23 soutenus par le Rwanda. Kabila dirigera lui-même l'alliance. Son objectif affiché : « mettre fin à la tyrannie par tous les moyens nécessaires, y compris par la force », et unir les forces d'opposition contre le gouvernement du président Félix Tshisekedi à Kinshasa.

Le conseiller de la coalition, Claude Ibalanky, a annoncé en conférence de presse que les dirigeants rebelles serviraient de vice-présidents à Kabila : Corneille Nangaa, ancien chef de l'Alliance du fleuve Congo (AFC) — la structure faîtière dont le M23 est le principal membre — aux côtés de Bertrand Bisimwa, du commandant militaire Sultani Makenga et de Freddy Kaniki. Selon Reuters, la nouvelle structure remplace purement et simplement l'alliance AFC-M23, un remaniement qu'un rapport de juin du Groupe d'experts de l'ONU avait déjà anticipé, évoquant une réorganisation de la rébellion autour d'un rôle dirigeant pour Kabila.

Condamné à mort à Kinshasa, Kabila commande désormais la rébellion à Goma — et revendique le recours à la force.

Pourquoi Kabila a-t-il choisi ce moment ?

Kabila n'a plus grand-chose à perdre devant les tribunaux de Kinshasa. Le 30 septembre 2025, un tribunal militaire de la capitale l'a condamné à mort par contumace pour trahison, crimes de guerre, crimes contre l'humanité et insurrection, en raison de ses liens présumés avec la rébellion. Le Sénat avait voté en mai 2025 la levée de son immunité de sénateur à vie. Kabila a rejeté cette procédure comme un procès politique, nié tout lien avec le M23 et, dans un discours prononcé vendredi, accusé le gouvernement de corruption, de mauvaise gouvernance et de revers militaires dans l'est — tout en critiquant son accord minier avec les États-Unis.

L'homme qui parraine aujourd'hui la rébellion a jadis dirigé le pays. Arrivé au pouvoir en 2001 à 29 ans après l'assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila, il a gouverné la République démocratique du Congo pendant dix-huit ans avant de céder le pouvoir à Tshisekedi en 2019, lors de la première passation pacifique de l'histoire du pays. Les relations entre les deux hommes se sont ensuite détériorées. Kabila a quitté le pays en 2023, réapparu à Goma cette année, et son retour avait déjà semé l'inquiétude dans la capitale — bien avant que l'annonce de lundi ne rende l'alliance officielle.

La présence de Corneille Nangaa aux côtés de Kabila porte sa propre histoire. Nangaa dirigeait la commission électorale qui a supervisé le scrutin contesté de 2018 ayant porté Tshisekedi au pouvoir et mis fin à la présidence Kabila — et Kabila s'est rendu à Goma, aux mains des rebelles, en 2025, tandis que plusieurs anciens alliés prenaient des postes au sein de l'AFC-M23, renforçant l'idée d'une alliance entre l'ancien président et l'insurrection. L'ironie va plus loin : quand le M23 a pris les armes pour la première fois en 2012, ses porte-parole justifiaient la rébellion en dénonçant la réélection contestée de Kabila en 2011. Quatorze ans plus tard, le mouvement lui obéit.

Que change cette alliance sur le terrain ?

Quel que soit son nom, la rébellion derrière le FRN tient un territoire bien réel. Le M23 — soutenu par le Rwanda selon l'ONU et les gouvernements occidentaux, ce que Kigali dément — a pris les armes pour la première fois en 2012, repris ses offensives de grande ampleur en 2022 et conquis de vastes portions de l'est minier lors d'une offensive l'an dernier, dont Goma et Bukavu. La région est ravagée par des décennies d'affrontements entre forces gouvernementales, rebelles et groupes armés, et plusieurs tentatives de paix ont échoué. Un précédent article de Magna Bureau retraçait la longue série d'accusations liant Kabila au mouvement qu'il dirige désormais ouvertement.

Les analystes sont divisés sur ce que le FRN signifie vraiment. Certains estiment que l'alliance pourrait unir divers groupes d'opposition contre le gouvernement Tshisekedi, donnant à la rébellion un visage politique national : un ancien président, avec son nom, ses réseaux et son ressentiment. D'autres craignent qu'elle n'envenime le conflit dans l'est de la RDC, transformant ce que les diplomates traitaient comme un différend sécuritaire entre Kinshasa et Kigali en une lutte ouverte pour savoir qui a le droit de gouverner le Congo — avec, comme toujours, les civils de l'est pris au milieu.

Le rôle de Kigali reste la charnière de toute analyse. L'ONU et les gouvernements occidentaux accusent le Rwanda de soutenir le M23 et d'exercer un commandement sur les rebelles ; le Rwanda nie tout soutien à l'insurrection, affirmant agir pour empêcher le conflit de déborder sur son territoire. Washington courtise entre-temps Kinshasa pour un partenariat minier, et a sanctionné des sociétés minières accusées de trafic de minerais de conflit. L'annonce du FRN tombe au milieu de ce triangle — les armes rebelles, l'argent des minerais et les capitales étrangères.

Comment l'argent façonne-t-il cette guerre ?

Sous la politique coule l'argent. L'est du Congo recèle or, coltan et cobalt — la RDC fournit plus de 70 % du cobalt mondial, ce métal au cœur des batteries des smartphones et des véhicules électriques — et l'ONU comme les organisations de défense des droits humains documentent depuis longtemps la manière dont les groupes armés se financent par le commerce des minerais. Washington affiche un intérêt renouvelé pour un partenariat minier avec Kinshasa, et les États-Unis ont sanctionné des sociétés minières accusées d'alimenter le conflit par le trafic de minerais illicites. Qui contrôle les mines de l'est détient un levier qui dépasse de loin le champ de bataille.

La gouvernance de Kinshasa est elle-même sous un regard inhabituel à l'étranger. La police belge a perquisitionné des domiciles liés à des proches du président Tshisekedi à Bruxelles et dans les provinces voisines cette semaine, dans le cadre d'une enquête pour blanchiment sur le détournement présumé des revenus miniers de la RDC, selon le parquet fédéral de Belgique, comme le rapporte Eastleigh Voice. L'enquête fait suite à des plaintes déposées en Belgique en 2025 par des ONG du Katanga et d'anciens dirigeants de la Gécamines, la société minière d'État, sur le détournement présumé de ressources dans le Haut-Katanga et le Lualaba. Voilà le genre de gros titre que le camp Kabila citera volontiers.

La diplomatie a jusqu'ici traité le conflit comme deux problèmes distincts : un différend sécuritaire entre Kinshasa et Kigali, et une rébellion aux griefs spécifiques à régler à la table des négociations. Le geste de Kabila brouille cette carte. Un ancien chef d'État met son nom et ses réseaux au service d'une insurrection qui revendique le droit de recourir à la force contre le gouvernement. Le commandant de l'armée zambienne a appelé cette semaine à une surveillance renouvelée du cessez-le-feu et à des mesures concrètes contre les groupes armés dans l'est de la RDC, avertissant que l'instabilité menace toute la région — signe que les voisins n'attendent pas que Kinshasa et Goma s'accordent sur la nature même de la guerre.

Les voisins n'attendent pas. Le commandant de l'armée zambienne, le lieutenant-général Geoffrey Zyeele, a déclaré cette semaine lors d'une réunion des experts de la défense de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, à Lusaka, que les cadres de paix existants doivent être appliqués, les cessez-le-feu surveillés et des mesures concrètes prises contre les groupes armés dans l'est de la RDC. Il a averti que l'instabilité en RDC, au Soudan et au Soudan du Sud continue de menacer la sécurité régionale — rappel que la guerre de Goma n'est jamais seulement celle de Goma.

Que se passera-t-il ensuite ?

Les réponses immédiates restent à écrire. Le gouvernement du président Tshisekedi n'a pas réagi dans l'immédiat à l'annonce de Goma, et aucun calendrier, programme ou feuille de route électorale du FRN n'a été publié. L'enjeu, désormais : les groupes membres resteront-ils unis derrière un ancien président contre lequel nombre d'entre eux se sont jadis battus ? Et les figures de l'opposition restées à Kinshasa verront-elles dans le FRN un point de ralliement ou une rébellion à éviter ? Les crises du Congo sont rarement réglées par ceux qui les déclenchent — elles se règlent par ce que les voisins et les créanciers de la région acceptent de tolérer, un fil que la chroniqueuse Malika Ahardane suit dans ces colonnes.

La trace écrite de la diplomatie est longue et mince. Un cessez-le-feu conclu en juillet n'a pas arrêté les combats, et un rapport de juin du Groupe d'experts de l'ONU avait déjà averti d'une réorganisation imminente de la rébellion autour de Kabila — un avertissement resté, semble-t-il, lettre morte. Pour un homme condamné à mort par contumace, une guerre n'a plus grand-chose à lui coûter, et une paix qui l'exclut a tout à lui coûter. Que le FRN devienne un partenaire de négociation ou un paria sanctionné se décidera autant dans les capitales qui achètent les minerais du Congo qu'à Goma ou à Kinshasa.

Prisme occidental

Dans les capitales occidentales, l'affaire se lit comme le durcissement d'un dossier familier : un ancien homme fort sous le coup d'une condamnation à mort prenant ouvertement le commandement d'une rébellion sanctionnée par l'ONU et soutenue par le Rwanda — le genre de développement qui précède généralement des sanctions et des démarches diplomatiques. Le silence de Kinshasa, pour l'heure, se lit comme du calcul, pas comme du calme.

L'angle financier domine le récit occidental : le cobalt et le coltan dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, un partenariat minier américain courtisé par Kinshasa, et la police belge perquisitionnant l'entourage Tshisekedi pour détournement présumé de revenus miniers — corruption et minerais de conflit, les deux obsessions occidentales au sujet du Congo, réunies la même semaine.

Prisme oriental

Depuis la région, le FRN ressemble moins à une rupture qu'à un relooking : la structure AFC-M23 donnant le visage d'un ancien président à une insurrection qui tient déjà Goma et Bukavu. L'appel de la Zambie à une surveillance du cessez-le-feu cette semaine traduit l'inquiétude des voisins — l'instabilité de l'est a l'habitude de franchir les frontières, et les Grands Lacs ont déjà payé cette leçon.

La question régionale est celle de la légitimité, pas seulement de la force. Le nom de Kabila peut-il transformer une rébellion territoriale en opposition nationale, ou ne fait-il que donner un nouveau drapeau à une guerre familière ? Un rapport de l'ONU de juin avait déjà signalé ce remaniement, signe que les diplomates de la région en voyaient venir la forme — même si Kinshasa n'a pas agi.

Prisme du Sud global

La lecture du Sud global met au centre la souveraineté et l'extraction. Une ancienne métropole coloniale perquisitionne les proches d'un président en exercice pour des revenus miniers, tandis qu'un ancien président s'arme de rebelles et de soutiens étrangers — et les minerais du Congo restent le butin. Sous cet angle, le FRN est moins une crise congolaise qu'un symptôme congolais : la faim du monde pour le cobalt et le coltan continue de transformer l'est en champ de bataille.

Les processus de paix conçus ailleurs ont échoué à répétition, et la leçon tirée ici est directe : aucun règlement rédigé loin des politiques propres à la région ne tiendra. Que le FRN devienne un partenaire de négociation ou un paria sanctionné se décidera moins à Goma ou à Kinshasa que dans les capitales qui achètent les minerais du Congo et vendent des armes à ses voisins.

Le consensus

Ce sur quoi nous nous accordons
Ce sur quoi nous sommes d'accord : Kabila dirige désormais une alliance politico-militaire déclarée avec le M23, annoncée à Goma le 12 octobre 2026, avec des chefs rebelles comme vice-présidents.
Ce sur quoi nous ne nous accordons pas
Ce sur quoi nous ne sommes pas d'accord : le FRN unifiera-t-il l'opposition congolaise contre Tshisekedi, ou ne fera-t-il qu'approfondir la guerre dans l'est ?
Ce que nous savons
Ce que nous savons : Kabila a régné sur la RDC de 2001 à 2019 ; un tribunal militaire l'a condamné à mort par contumace en 2025 pour des liens présumés avec la rébellion, qu'il nie.
Ce que nous ignorons encore
Ce que nous ne savons pas encore : comment Kinshasa réagira, et si les groupes membres de l'alliance resteront unis derrière lui.
Ce que nous anticipons
Ce à quoi nous nous attendons : une pression diplomatique accrue et de nouvelles frictions autour des efforts de paix dans les semaines à venir.

Questions et réponses

Qui est Joseph Kabila ?

Joseph Kabila a régné sur la République démocratique du Congo de 2001 à 2019, arrivé au pouvoir à 29 ans après l'assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila. Il a cédé le pouvoir à Félix Tshisekedi en 2019 avant de se brouiller avec son successeur. En 2025, un tribunal militaire de Kinshasa l'a condamné à mort par contumace pour des liens présumés avec le M23, qu'il nie, puis il est réapparu à Goma, aux mains des rebelles.

Qu'est-ce que le Front pour la refondation de la nation ?

Le FRN est une alliance politico-militaire dévoilée par Joseph Kabila à Goma le 12 octobre 2026, formée avec les combattants du M23 soutenus par le Rwanda et les groupes de l'Alliance du fleuve Congo. Kabila la dirige, avec les figures rebelles Corneille Nangaa, Bertrand Bisimwa, Sultani Makenga et Freddy Kaniki comme vice-présidents. Son objectif affiché : mettre fin à ce qu'elle appelle la tyrannie par tous les moyens nécessaires, y compris la force, et unir l'opposition contre Kinshasa.

Pourquoi Joseph Kabila a-t-il été condamné à mort ?

Le 30 septembre 2025, un tribunal militaire de Kinshasa a reconnu Kabila coupable par contumace de trahison, de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et d'insurrection, et l'a condamné à mort. Le parquet l'accusait de conspirer avec la rébellion du M23 pour renverser le président Tshisekedi. Le Sénat avait levé son immunité en mai 2025. Kabila ne s'est pas présenté au tribunal, a nié les accusations et dénoncé un procès politique.

Quel rôle jouent les minerais dans le conflit de l'est de la RDC ?

L'est du Congo recèle or, coltan et cobalt, et la RDC fournit plus de 70 % du cobalt mondial, un métal clé pour les batteries. L'ONU et les organisations de défense des droits humains affirment que les groupes armés se financent par le commerce des minerais, tandis que Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le M23 pour contrôler ces ressources. Washington courtise un partenariat minier avec le Congo, et les États-Unis ont sanctionné des sociétés minières accusées d'alimenter le conflit.

Sources

Chargement de la discussion…
Publicité