Dans une tribune publiée aujourd'hui, trois chercheurs estiment que l'Afrique du Sud paie le prix de l'attente jusqu'à la crise chez les jeunes; et que la prévention, intégrée aux écoles, aux lieux de travail et aux centres de jeunesse, coûterait bien moins cher que les dégâts causés par le retard.
Publié le 26 octobre 2026 · 19:02 GMT
Dans une tribune publiée aujourd'hui, trois chercheurs estiment que l'Afrique du Sud paie le prix de l'attente jusqu'à la crise chez les jeunes; et que la prévention, intégrée aux écoles, aux lieux de travail et aux centres de jeunesse, coûterait bien moins cher que les dégâts causés par le retard. Le 26 octobre 2026, le Daily Maverick a publié une tribune de Crick Lund, Simone Peinke et Anya Hollands plaidant pour que l'Afrique du Sud fasse passer la santé mentale des jeunes de la réponse de crise à la prévention et à l'intervention précoces.
Le 26 octobre 2026, le Daily Maverick a publié une tribune de Crick Lund, Simone Peinke et Anya Hollands dont la thèse est directe : l'Afrique du Sud doit repenser sa manière d'investir dans la santé mentale, car prévenir les problèmes dès le début de l'adolescence coûte bien moins cher que de soigner une personne dont la santé mentale s'est déjà détériorée. Lund est professeur de santé mentale mondiale et de développement au King's College de Londres ; Peinke dirige le projet FETCH et Hollands sa communication. Leur texte n'est pas une annonce gouvernementale et ne comporte aucun financement nouveau. C'est un plaidoyer publié, fondé sur le dossier d'investissement en santé mentale du pays et sur un sondage de l'UNICEF, pour faire passer le soutien aux jeunes d'une réponse de crise à une prévention précoce.
Les chiffres au cœur de l'argument proviennent du dossier d'investissement en santé mentale de l'Afrique du Sud, commandé par le ministère national de la Santé et publié en 2025. Il estime que les troubles mentaux, neurologiques et liés à l'usage de substances non pris en charge pourraient coûter environ 4 % du PIB par an ; le compte rendu de la South African Health Review chiffre cela à 161 milliards de rands par an, ou 2 400 milliards de rands sur la période de montée en charge. En regard, les dépenses publiques de santé mentale avoisinent 8 milliards de rands par an, soit environ 5 % du budget public de santé, et moins d'une personne sur dix en reçoit; un déficit que Health-e News chiffre également à plus de 90 %. Côté demande, le sondage U-Report 2023 de l'UNICEF Afrique du Sud indique qu'environ 60 % des enfants et des jeunes ont déclaré avoir eu besoin d'un soutien en santé mentale l'année précédente, et 70 % chez les 15-24 ans, alors que seuls 63 % de ceux qui en avaient besoin l'ont activement recherché, faute surtout de savoir où aller. Près de la moitié des jeunes répondants, 48 %, s'inquiétaient avant tout de développer des compétences pour un futur emploi. La couverture par le Bureau des conclusions de la commission des droits humains sur les enfants place la même tranche d'âge au centre d'un débat lié, celui de la protection.
Plusieurs de ces chiffres appellent à la prudence, et les auteurs eux-mêmes signalent la première limite : le sondage U-Report, auquel près de 26 000 jeunes ont répondu, n'est pas représentatif à l'échelle nationale, si bien que ses pourcentages décrivent les répondants, et non l'ensemble de la jeunesse. Le chiffre de 4 % du PIB est une estimation modélisée de la productivité perdue, et non une perte en espèces mesurée, et il ne doit pas être fusionné avec les estimations du monde de l'assurance santé qui avoisinent 250 milliards de rands par an via le présentéisme et l'absentéisme; ce sont des études différentes, aux méthodes différentes, qui aboutissent par hasard à une part voisine du PIB. Les rendements cités dans la tribune sont des projections sur des horizons très différents : une recherche sud-africaine estimant 2,30 dollars récupérés par dollar investi dans l'apprentissage social et émotionnel universel en milieu scolaire sur 15 ans, et une estimation de l'OMS de 24 dollars récupérés sur 80 ans par dollar investi dans la santé mentale des adolescents. Ni l'un ni l'autre n'est de l'argent en caisse. L'essai de New Delhi cité par les auteurs a réduit les problèmes sur 12 mois, sans être directement transposable à l'Afrique du Sud. Et la tribune elle-même ne chiffre aucun dispositif ni aucune ligne budgétaire : ce que coûterait un soutien précoce à l'échelle nationale reste à évaluer.
L'argument repose sur le moment choisi. Les auteurs considèrent l'adolescence comme s'étendant de 10 à 24 ans, une période où les identités se forment, où se prennent des décisions déterminantes en matière d'éducation et de travail, et où le cerveau reste très réceptif à l'expérience, souvent dans un contexte de pauvreté, de chômage, de violence, de discrimination et d'incertitude. Au point de crise, la détresse a peut-être déjà perturbé scolarité, travail, relations et espoir d'avenir, d'où un système construit uniquement pour y répondre, selon leurs mots, coûteux et inéquitable. La Commission Lancet sur la santé et le bien-être des adolescents, qu'ils citent, décrit un triple dividende de l'investissement précoce : des bénéfices aujourd'hui, à l'âge adulte et pour la génération suivante. Les chiffres de l'OMS qu'ils citent vont dans le même sens : un adolescent sur sept connaît un trouble de santé mentale. La violence fait partie des pressions que les jeunes Sud-Africains traversent, et le coût du retard se mesure donc non seulement en budgets, mais aussi en scolarités perturbées, en emplois perdus et en perspectives rétrécies pour toute une génération.
L'idée la plus importante de la tribune n'est pas que la prévention compte, mais comment elle pourrait être dotée en personnel. En s'appuyant sur les travaux de Patel, investir plus tôt ne doit pas reposer uniquement sur davantage de spécialistes. Au contraire, des agents communautaires formés et supervisés, des conseillers scolaires et d'autres intervenants de première ligne peuvent dispenser des interventions psychosociales structurées, avec des orientations et des soins spécialisés pour les besoins plus importants ou persistants. La preuve qu'ils avancent est un essai randomisé mené dans des écoles à faibles revenus de New Delhi, où des conseillers non professionnels formés et supervisés, sans qualification clinique préalable, ont dispensé quatre à cinq brèves séances, aidant les jeunes à identifier un problème, à envisager des options et à essayer une solution concrète, et ont réduit les problèmes psychosociaux et les symptômes de santé mentale sur 12 mois. Les auteurs précisent qu'il ne s'agit pas de remplacer les professionnels, mais d'un système en couches : le soutien le moins intensif accessible au plus grand nombre, les difficultés repérées tôt, les soins intensifiés en cas de besoin. Reste à savoir si l'Afrique du Sud peut recruter, former et superviser une telle main-d'œuvre, question pratique laissée au gouvernement.
Si le système reste centré sur la crise, les coûts ne disparaissent pas ; ils se déplacent. Ils retombent sur les écoles sous forme de scolarités perturbées, sur les employeurs sous forme de présentéisme et de productivité perdue, sur les familles sous forme de tensions, et sur les jeunes eux-mêmes sous forme de chômage, d'exposition à la violence et de perspectives rétrécies. La logique du dossier d'investissement est que la valeur combinée de la productivité perdue dépasse largement à la fois les dépenses actuelles de santé mentale et le coût projeté de la montée en charge des services; ce qui fait du retard, en termes budgétaires, l'option coûteuse. Mais il y a une seconde conséquence, moins confortable : une rhétorique de prévention sans budgets devient une couche supplémentaire non financée, et un système qui promet un soutien précoce sans pouvoir le doter en personnel risque d'apprendre aux jeunes que demander de l'aide ne mène nulle part. C'est pourquoi les auteurs associent l'investissement à la mesure, bien-être, participation, rétention et progression, ainsi qu'à des budgets coordonnés entre ministères. Les tensions du financement public sud-africain sont une contrainte familière, et la santé mentale devra se disputer la même marge budgétaire rare.
Trois éléments montreront si cet argument devient un service. D'abord, si les ministères de l'Éducation de base et de l'Enseignement supérieur et de la Formation intègrent le soutien psychosocial dans les écoles, les collèges et les programmes de compétences, et si les programmes publics d'emploi et les employeurs offrent un soutien pendant les stages et les transitions vers le travail. Ensuite, si le ministère des Sports, des Arts et de la Culture dote les centres de jeunesse et les programmes communautaires d'espaces de soutien, et si le ministère de la Santé relie ces cadres aux soins primaires et spécialisés pour que les besoins repérés conduisent à un traitement rapide. Enfin, si tout cela est financé : une main-d'œuvre communautaire diversifiée et supervisée, chargée du suivi des orientations, ne peut pas être improvisée à partir des budgets de crise existants. Surveillez le prochain cycle budgétaire, le prochain sondage jeunesse de l'UNICEF et toute réponse officielle au dossier d'investissement; ce sont eux qui diront si l'Afrique du Sud commence à investir plus tôt plutôt que plus tard.
La littérature occidentale et mondiale en santé publique aborde le dossier sous l'angle de l'économie de l'investissement. Le triple dividende de la Commission Lancet et les chiffres mondiaux de l'OMS sur les adolescents fournissent le langage du retour sur investissement, tandis que Vikram Patel, de Harvard, fournit le modèle de main-d'œuvre : investir plus tôt ne signifie pas seulement davantage de spécialistes, mais un front plus large et supervisé. Le débat, dans cette littérature, porte moins sur l'utilité d'un soutien précoce que sur le modèle de prestation qui survit au contact de budgets étroits.
La couverture est-asiatique montre le même instinct scolaire butant sur un autre obstacle : le consentement. CNA, à Singapour, rapporte que des praticiens demandent que l'âge du consentement parental pour un accompagnement psychologique soit abaissé à 13 ou 14 ans, après que des adolescents ont renoncé plutôt que d'impliquer leurs parents, alors que les écoles l'exigent plus souvent. Le Straits Times rapporte la réponse du gouvernement côté services : Grow Well SG, étendu aux élèves de Secondary 1 et 2 de 20 écoles début 2027 puis à tous les établissements secondaires en 2028, avec des équipes communautaires unifiées sous un réseau HealthierMind SG; et la stigmatisation, y compris la crainte d'une trace permanente dans un dossier, désignée comme l'obstacle restant.
La couverture du Sud global place au centre la part budgétaire et le déficit d'accès. Le Daily Maverick porte l'argument ; la South African Health Review porte l'arithmétique du dossier d'investissement ; l'UNICEF Afrique du Sud porte la voix des jeunes, y compris le constat que 91 % des jeunes répondants se sentaient capables, dans une certaine mesure, de soutenir la santé mentale d'un pair. Le débat sud-africain n'est donc pas abstrait : il s'agit de savoir si 5 % du budget public de santé peuvent plausiblement porter un problème chiffré à 4 % du PIB.
Crick Lund, professeur au King's College de Londres, Simone Peinke, du projet FETCH, et Anya Hollands, chargée de sa communication, ont signé la tribune du 26 octobre 2026 dans le Daily Maverick. Ils demandent à l'Afrique du Sud de faire passer le soutien à la santé mentale des jeunes de la réponse de crise à la prévention précoce, dès l'adolescence, dans les écoles, les lieux de travail et les centres de jeunesse.
Le dossier d'investissement, commandé par le ministère national de la Santé, estime que les troubles mentaux, neurologiques et liés à l'usage de substances non pris en charge coûtent environ 4 % du PIB par an, soit 161 milliards de rands par an. Les dépenses publiques de santé mentale avoisinent 8 milliards de rands par an, environ 5 % du budget public de santé, alors que moins d'une personne sur dix ayant besoin de soins en reçoit.
Dans le sondage U-Report 2023 de l'UNICEF Afrique du Sud, environ 60 % des enfants et des jeunes ont déclaré avoir eu besoin d'un soutien en santé mentale l'année précédente, et 70 % chez les 15-24 ans. Seuls 63 % de ceux qui en avaient besoin l'ont activement recherché, faute surtout de savoir où aller. Le sondage a réuni près de 26 000 jeunes répondants et n'est pas représentatif à l'échelle nationale.
Les auteurs proposent un système en couches : des soins personnels et un soutien communautaire largement accessibles, reliés aux soins primaires et spécialisés, avec des agents communautaires et des conseillers scolaires formés et supervisés dispensant des interventions psychosociales structurées. Le soutien se situerait là où les jeunes apprennent, travaillent et se retrouvent, avec des orientations et des soins spécialisés pour les besoins plus importants, et un suivi du bien-être et de la rétention aux côtés des résultats scolaires et professionnels.