À Bangkok, le directeur Asie du FMI a jugé la relance chinoise trop modeste pour une économie qui glisse vers la déflation. Réponse de Pékin : les fondamentaux sont intacts. Voici ce qui se joue vraiment.
Publié le 15 octobre 2026 · 06:00 GMT

BANGKOK — L'air de la salle était trop froid, comme toujours dans les conférences, et Krishna Srinivasan n'a pas cherché le vocabulaire des diplomates. Le directeur du département Asie-Pacifique du FMI a déclaré jeudi, devant une salle comble, que le soutien budgétaire de la Chine, aussi bienvenu soit-il, reste « assez limité en taille et en portée » — et qu'une économie de ce poids ne peut pas se permettre de dériver vers la baisse des prix. Il a employé le mot que Washington prononce rarement à propos de Pékin : l'économie est « au bord de la déflation ».
Commençons par ce qui n'est pas contesté. Les Perspectives de l'économie mondiale du FMI, publiées mardi, ont ramené la prévision de croissance chinoise à 4,5 % pour 2026 — un dixième de point de moins qu'en juillet — contre 5,0 % l'an dernier, puis à 4,0 % en 2027, contre 4,1 % auparavant. La raison invoquée est limpide : la faiblesse de la demande intérieure.
Et pourtant, ce sont bien les exportations qui portent. En août, la Chine a expédié pour 401,44 milliards de dollars de marchandises — un quart de plus sur un an — et l'excédent commercial des huit premiers mois de 2026 a atteint 805,51 milliards de dollars, en hausse d'environ 3 % sur un an.
Le Fonds a dit son mot, fort et en public. Le prochain coup appartient à Pékin.
La déflation, c'est la baisse des prix dans toute l'économie au lieu d'une douce hausse. Quand les consommateurs s'attendent à ce que les prix baissent le mois prochain, ils reportent leurs achats. Les profits des entreprises fondent, les salaires stagnent, et le cycle s'auto-entretient. Les prix à la consommation chinois sont quasiment plats depuis des mois, et les prix à la sortie des usines reculent — d'où le mot le plus dur du vocabulaire du FMI.
L'histoire donne à cet avertissement son tranchant. Le Japon a passé les années 1990 et 2000 à démontrer qu'une économie vieillissante et endettée peut s'enfoncer dans des baisses de prix qui durent des décennies, pas des trimestres, et qu'il est bien plus difficile d'en sortir que de les prévenir. Le marché obligataire chinois anticipe déjà une version de cet avenir : le rendement de l'emprunt d'État à dix ans est resté cette semaine à 1,65 %, proche de son plus bas depuis juillet 2025 —
Il y a une seconde raison pour laquelle le Fonds s'exprime si publiquement. Une économie de cette taille ne se déflate pas en silence. Quand les usines chinoises font face à une demande intérieure atone, elles vendent à l'étranger à des prix toujours plus serrés — et le reste du monde le ressent comme une vague d'importations. La déflation en Chine devient du protectionnisme partout ailleurs.
Voilà comment nous en sommes arrivés là. Cinq ans après le début d'une crise immobilière qui a survécu à toutes les prévisions de sa fin, les ménages chinois restent assis sur les décombres de leur placement favori : l'appartement. Srinivasan a estimé que la crise a « duré trop longtemps » — c'est la façon la plus proche, pour le FMI, de dire que Pékin aurait dû agir plus vite.
Quand les ménages cessent de croire en l'immobilier, ils font quelque chose de très rationnel : ils épargnent. Les ménages chinois épargnent déjà à des taux qui étonneraient une famille américaine ou européenne, en partie parce que le filet de protection sociale est mince — une maladie grave ou une maigre retraite retombe lourdement sur la famille. C'est exactement pourquoi la prescription du Fonds vise la confiance des ménages et la protection sociale, pas seulement les chantiers. Tant que les familles ne sentiront pas que l'État les rattrapera en cas de chute, elles garderont leur portefeuille fermé.
Pékin n'est pas resté immobile ; il a simplement avancé par petits pas mesurés. Le 28 septembre, le Conseil des affaires d'État, sous la houlette du Premier ministre Li Qiang, s'est engagé à « renforcer le soutien contracyclique », à accélérer l'émission et l'utilisation des emprunts d'État, et à lancer rapidement les grands projets d'infrastructure — Le lendemain, la banque centrale a baissé à 1,5 % le taux de ses prêts gagés supplémentaires et élargi ce dispositif aux infrastructures, à l'eau, aux réseaux électriques, à l'informatique, aux communications, aux canalisations urbaines et à la logistique, et — première mesure nationale du genre — a commencé, dès le 1er octobre, à subventionner d'un point de pourcentage les intérêts hypothécaires des primo-accédants éligibles, .
Cela a-t-il suffi ? Les premières données sont mitigées, ce qui est précisément le point du FMI. Les nouveaux crédits bancaires ont bondi à 1 080 milliards de yuans (environ 161 milliards de dollars) en septembre, au-delà des prévisions et en net rebond par rapport aux maigres 60 milliards d'août — Mais : l'encours total des crédits n'a progressé que de 4,8 % sur un an, un plus bas historique, et les banques ont prêté 11 520 milliards de yuans sur neuf mois contre 14 750 milliards l'an dernier. Le problème n'est plus l'offre de crédit ; c'est sa demande. Les ménages et les entreprises ne veulent tout simplement pas emprunter.
Il y a une raison pour laquelle le conseil du Fonds est plus facile à donner qu'à suivre. L'économie chinoise porte une dette colossale, les marges des banques sont minces, et la hausse des taux américains rend les baisses agressives des taux directeurs risquées — Voilà pourquoi la banque centrale a maintenu ses taux préférentiels à 3,00 et 3,50 % tout en assouplissant uniquement par des canaux ciblés.
Les analystes lisent le train de mesures de septembre comme le FMI : la direction est bonne, l'ampleur est insuffisante. Fitch Ratings estime que ces mesures devraient améliorer modestement la transmission du crédit, sans pour autant relever la demande de crédit ni changer la trajectoire fragile de l'immobilier.
Le ministre des Finances Lan Foan, a promis début octobre de « nouvelles politiques très ciblées » : élargir les subventions d'intérêts, relever les plafonds de financement et mobiliser les quotas inutilisés d'emprunts des collectivités locales. Et c'est exactement cette doctrine que Srinivasan juge désormais inadaptée au moment.
Le FMI ne réclame pas un nouveau 2008. Sa prescription est budgétaire, pas monétaire : de l'argent public, pas des crédits moins chers. Des transferts directs aux ménages modestes. Un vrai assainissement du secteur immobilier — achever les appartements inachevés déjà payés par les acheteurs. Et la construction lente et ingrate des filets de sécurité : retraites, couverture santé, tout ce qui permet à une famille de dépenser aujourd'hui parce qu'elle ne redoute plus demain.
La géopolitique aiguise discrètement l'argument. Une Chine tirée par les exportations se heurte à un monde qui dresse des murs tarifaires : les États-Unis maintiennent une surtaxe de 10 % sur leur soja destiné à la Chine et en ont exclu les fèves entières ; l'Afrique du Sud a imposé des droits antidumping sur l'acier chinois et envisage 50 % de droits sur les automobiles chinoises. Plus la Chine croît en vendant à l'étranger, plus elle achète de la résistance — ce qui fait de la demande intérieure non plus une simple préférence économique, mais une nécessité diplomatique.
L'énergie ajoute sa propre pression. Le Fonds note que la hausse des prix mondiaux du pétrole, alimentée par le conflit prolongé au Moyen-Orient, pèse sur l'activité partout — voir notre article sur les décisions de production de l'OPEP en septembre pour la réponse des producteurs — et la Chine, premier importateur mondial de brut, paie cette facture directement.
Nulle part le débordement n'est plus net que dans le Sud global, dont la Chine est le plus gros client. Les travaux de l'Atlantic Council sur l'Angola, la République démocratique du Congo et l'Afrique du Sud montrent comment l'effondrement de l'immobilier a déjà remodelé le commerce africain : l'Angola vend du pétrole, la Zambie et la RDC du cuivre et du cobalt — et quand la construction chinoise ralentit, la demande s'adoucit. Le FMI a déjà estimé qu'un point de croissance chinoise en moins peut retrancher environ 0,25 point à la croissance de l'Afrique subsaharienne en un an.
Mais la dépendance va dans les deux sens, et le Sud le sait. L'appétit chinois pour le soja — la protéine qui nourrit son bétail — a chuté de 7,7 % en importations en septembre : une histoire de demande, pas d'offre. Le Brésil, qui vient de récolter un record de 179,5 millions de tonnes de soja et est devenu le fournisseur dominant de la Chine, ressent chaque frémissement de l'achat chinois ; les agriculteurs brésiliens scrutent désormais les données de consommation de Pékin Pourtant, les responsables africains voient aussi une ouverture : la politique chinoise de droits de douane nuls pour les produits africains, et des industriels chinois cherchant à construire des usines — véhicules électriques, batteries, équipements solaires — plus près des marchés et des matières premières africains. Une Chine plus lente est un acheteur plus faible ; elle peut aussi devenir un partenaire plus proche.
Les capitales occidentales entendent dans l'intervention du FMI une confirmation : le rééquilibrage exigé depuis une décennie — moins de dépendance aux exportations, plus de consommation des ménages — ne s'est toujours pas produit, et l'excédent commercial qui enfle en est la preuve. Pékin entend un conseil extérieur familier et répond dans son propre registre — la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Mao Ning, interrogée le 13 octobre sur la révision du Fonds, a déclaré que « les fondamentaux qui soutiennent la croissance saine de l'économie chinoise sur le long terme restent inchangés » et s'est dite confiante dans les perspectives.
Ce qu'il faut surveiller désormais, c'est le calendrier. Les données du PIB du troisième trimestre diront si les mesures de septembre stabilisent l'économie ou ne font que suspendre la glissade. Les « politiques très ciblées » promises par Lan Foan devraient émerger dans les prochaines semaines. Et la Conférence centrale sur le travail économique de décembre — où Pékin fixe la ligne économique pour 2027 — révélera si l'avertissement de Srinivasan a changé quelque chose, ou si la doctrine de la précision survit à une nouvelle année au bord du gouffre. Le Fonds a dit son mot, fort et en public. Le prochain coup appartient à Pékin.
Dans les capitales occidentales, l'intervention du FMI sonne comme une confirmation. Le rééquilibrage exigé depuis une décennie par Washington, Bruxelles et le Fonds — moins de dépendance aux exportations, plus de consommation des ménages — ne s'est toujours pas matérialisé, et l'excédent commercial qui enfle en est la preuve. Sous cet angle, l'avertissement de Srinivasan est moins un conseil économique qu'un signal diplomatique : réparez la demande intérieure, ou les murs tarifaires qui s'élèvent à Washington, Bruxelles et Pretoria continueront de monter.
Les analystes occidentaux ajoutent une arête plus dure : Fitch Ratings juge le train de mesures de septembre trop modeste pour changer la demande de crédit ou la trajectoire de l'immobilier, et les marchés obligataires anticipent une inflation proche de zéro pendant des années. Le verdict occidental : Pékin choisit le contrôle politique plutôt que la reflation économique — une précision qui protège le système mais laisse le patient faible.
Vu de Pékin, le conseil du FMI arrive comme un avis extérieur familier — noté, pas obéi. La ligne officielle, exprimée cette semaine par le ministère des Affaires étrangères, est que les fondamentaux de long terme sont inchangés et les perspectives saines. Les décideurs chinois lisent la doctrine occidentale de la relance comme une leçon donnée par des pays dont les propres orgies de dépenses financées par la dette ont fini en inflation ; la contre-doctrine de Pékin est délibérée : mesures ciblées, discipline obligataire, et aucun retour au déluge dispendieux de 2008.
Pour le Sud global, ce n'est pas un débat de doctrine — c'est une question de commandes. La Chine est le plus gros acheteur des minerais africains, du soja brésilien et du cuivre latino-américain ; quand sa construction cale et que ses importations de soja chutent de 7,7 % en un mois, la douleur arrive à Luanda, Lusaka et au Mato Grosso en quelques trimestres.
La crainte discrète du Sud diffère de celle du FMI : non pas que la Chine se déflate, mais qu'elle se reflète par les exportations — déversant des produits manufacturés toujours moins chers sur les marchés du Sud, comme le montrent déjà les droits sud-africains sur l'acier, pendant que les prix des matières premières restent mous. Ce que le Sud attend de Pékin, ce n'est pas seulement plus de dépenses, mais des dépenses qui achètent des produits du Sud.
Parce que la croissance chinoise repose désormais sur les exportations pendant que la demande intérieure stagne : le FMI prévoit 4,5 % en 2026 et 4,0 % en 2027, au bas de l'objectif de Pékin. Avec des prix proches de zéro et cinq ans de crise immobilière, le Fonds juge le soutien actuel « assez limité en taille et en portée » : seule une dépense publique tournée vers les ménages peut relancer les prix par le bas.
La déflation, c'est la baisse généralisée des prix. Elle incite les consommateurs à reporter leurs achats, alourdit les dettes en termes réels et comprime les profits des entreprises, ce qui nourrit un cercle vicieux. Le Japon a montré dans les années 1990 qu'on peut y rester coincé des décennies. Pour une économie de la taille de la Chine, la déflation se propage aussi par le commerce : des usines qui vendent à perte à l'étranger attisent le protectionnisme partout ailleurs.
Oui, mais ciblées : fin septembre, la banque centrale a baissé un taux à 1,5 % et l'État subventionne depuis le 1er octobre les intérêts hypothécaires des primo-accédants — une première nationale. Lan Foan a promis de nouvelles politiques « très ciblées ». Mais les nouveaux crédits sur neuf mois restent inférieurs de plus de 3 000 milliards de yuans à l'an dernier : c'est la demande de crédit, pas son offre, qui fait défaut.
La Chine est le premier acheteur des matières premières du Sud : pétrole angolais, cuivre et cobalt de Zambie et de RDC, soja brésilien. Quand sa construction ralentit, la demande s'adoucit et les prix baissent. Le FMI a estimé qu'un point de croissance chinoise en moins peut retrancher environ 0,25 point à la croissance de l'Afrique subsaharienne en un an. Les importations chinoises de soja ont d'ailleurs chuté de 7,7 % en septembre.
D'abord les données du PIB du troisième trimestre, qui diront si les mesures de septembre stabilisent l'économie. Ensuite les « politiques très ciblées » promises par le ministre Lan Foan, attendues dans les prochaines semaines. Enfin la Conférence centrale sur le travail économique de décembre, où Pékin fixera sa ligne pour 2027 : on y verra si l'avertissement public du FMI a infléchi la doctrine de la précision.