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Haïti : six mois de plus pour la force internationale, à trois mois des premières élections en dix ans

Le Conseil de sécurité a prolongé le mandat de la Force de répression des gangs jusqu’en mars 2027 par 12 voix contre 3 — quelques heures après que des gangs ont tué 11 personnes dans le grenier d’Haïti, alors que les premières élections du pays depuis dix ans sont fixées au 13 décembre.

La salle de l'Assemblée générale au siège des Nations unies à New York, février 2024
Le siège de l’ONU à New York, où le Conseil de sécurité a voté mardi

L’essentiel

  • Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté mardi la résolution 2829, prolongeant de six mois le mandat de la Force de répression des gangs en Haïti, jusqu’au 31 mars 2027. Le vote : 12 pour, aucun contre — la Chine, la Russie et le Pakistan se sont abstenus, invoquant le financement, les effectifs et l’efficacité. Reuters ; couverture internationale du Conseil
  • Le vote est intervenu quelques heures après que des gangs ont incendié des maisons et tué au moins 11 personnes dans le grenier d’Haïti — des représailles, a indiqué un maire local, après un raid de la force qui avait abattu trois gangsters à des péages illégaux. Il y a un mois, un massacre à Kenscoff avait fait 47 morts et une cinquantaine de kidnappés. Reuters
  • La force est loin de ses effectifs théoriques : quelque 1 500 soldats sont déployés pour 5 500 hommes et 50 civils autorisés — moins de 30 % de la taille prévue. Les 4 000 restants sont « attendus dans les prochains mois », a déclaré l’ambassadeur américain. Reuters ; The Peninsula Times (AFP)
  • L’objet déclaré de la prolongation : sécuriser les premières élections haïtiennes depuis dix ans — présidentielles et législatives, plus un référendum constitutionnel, le 13 décembre. La résolution insiste sur des « conditions de sécurité propices à la tenue d’élections libres et équitables ». The Peninsula Times (AFP) ; Reuters
  • Les dissidents ont fait acter leur position : l’ambassadeur chinois Sun Lei a averti que la force militaire seule ne résoudrait probablement pas la crise haïtienne ; la Russie a questionné le financement, le déploiement, le statut juridique et le mandat de la mission. L’ambassadeur d’Haïti a salué la reconduction et promis sa coopération. Couverture internationale du Conseil

La fumée montait encore quand le soleil s'est levé sur le grenier d'Haïti. Dans la nuit, les maisons avaient brûlé une à une — les gangsters étaient venus répondre au raid, au sang versé aux péages illégaux, et ils étaient repartis en laissant derrière eux onze corps et des toits de tôle encore fumants. Un maire de la région l'a dit aux journalistes dans la langue plate des hommes qui en ont trop vu : c'étaient des représailles. Quelques heures plus tard, à quatre mille kilomètres de là, quinze diplomates levaient leurs plaques dans une salle climatisée de Manhattan. Le vote lui-même n'a pris que quelques instants.

Mardi, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté la résolution 2829, qui prolonge jusqu'au 31 mars 2027 le mandat de la Force de répression des gangs en Haïti. Douze membres ont voté pour, aucun contre. La Chine, la Russie et le Pakistan se sont abstenus — invoquant le financement, les effectifs et des doutes sur l'efficacité. Les États-Unis ont coparrainé le texte, et l'ambassadeur Mike Waltz l'a défendu avec une franchise rare : « Sept missions ont été consacrées à Haïti au cours des dernières décennies, avec un succès évidemment limité, a-t-il déclaré. Nous essayons de faire quelque chose de vraiment différent. »

Entre ces deux scènes — les maisons qui brûlent dans l'Artibonite et les plaques qui se lèvent à New York — tient tout le drame haïtien : une force internationale autorisée à 5 500 hommes n'en aligne que 1 500 sur le terrain, des gangs qui tuent le jour même du vote pour prouver qu'ils dictent encore le tempo, et un calendrier qui ne pardonne pas. Car l'objet déclaré de la prolongation est inscrit au calendrier avec une précision d'horloge : sécuriser les premières élections haïtiennes depuis dix ans — présidentielles et législatives, plus un référendum constitutionnel — le 13 décembre. La résolution insiste sur des « conditions de sécurité propices à la tenue d'élections libres et équitables ». D'ici là, la force devra presque quadrupler pendant que les gangs feront tout pour prouver qu'elle n'y parviendra pas.

Comment on en est arrivé là

Pour comprendre ce que le Conseil a reconduit mardi, il faut remonter le fil des sept missions dont parle Waltz — et des décennies de déchirements qu'elles n'ont jamais refermés. La plus longue et la plus connue s'appelait la MINUSTAH, déployée en 2004 après la chute de Jean-Bertrand Aristide et restée treize ans. Elle avait stabilisé le pays par à-coups, désarmé des quartiers entiers, organisé des scrutins. Elle avait aussi laissé le choléra : en 2010, des casques bleus népalais introduisaient la maladie dans le pays, tuant des milliers d'Haïtiens, et il a fallu six ans pour que l'ONU reconnaisse son rôle. Cette blessure-là n'a jamais cicatrisé dans la mémoire haïtienne : chaque nouvelle mission étrangère y est lue à travers elle.

La MINUSTAH s'est retirée en 2017, remplacée par des missions plus petites, puis le pays a basculé. Le séisme de 2010 avait déjà brisé les reins de l'État ; l'assassinat du président Jovenel Moïse, en juillet 2021, a fait voler en éclats ce qu'il en restait. Le pouvoir est passé à Ariel Henry, jamais élu, contesté de toutes parts, tandis que les gangs fédéraient leurs territoires. En septembre 2023, les grandes coalitions armées — le G9 de Jimmy « Barbecue » Chérizier et ses rivaux — annonçaient leur fusion dans Viv Ansanm, « vivre ensemble » : un nom d'une ironie sinistre pour une machine de guerre qui allait prendre le contrôle de la quasi-totalité de Port-au-Prince, de ses ports, de ses routes, de ses quartiers.

Depuis 2022, Haïti demande un soutien sécuritaire international — des appels répétés, de plus en plus pressants, adressés par des gouvernements de transition sans légitimité électorale. Le Conseil a fini par répondre en octobre 2023 avec la résolution 2699, autorisant une Mission multinationale d'appui à la sécurité conduite par le Kenya : mille policiers kényans promis, déployés à l'été 2024, rejoints par des contingents d'autres pays. Mais la mission s'est heurtée aux mêmes écueils que ses devancières : contributions volontaires, déploiements squelettiques, gangs mieux armés que la police nationale. En juillet dernier, la force comptait moins de 1 000 hommes, venus du Tchad, de Mongolie, de Jamaïque, du Guatemala, du Salvador et du Sri Lanka.

Le 30 septembre 2025, le Conseil a donc changé de braquet : la résolution 2793 transformait la mission multinationale en Force de répression des gangs — un mandat plus offensif, des effectifs autorisés portés à 5 500 militaires et 50 civils, un appui logistique de l'ONU via le Bureau d'appui des Nations unies en Haïti. Le vote, déjà, s'était joué à 12 voix contre 3 abstentions : la Chine, la Russie et le Pakistan. Mardi, le même trio s'est abstenu de nouveau, pour les mêmes motifs. La continuité du réquisitoire est aussi instructive que la continuité du mandat.

Entre-temps, la violence n'a pas attendu les renforts. Il y a un mois, Kenscoff — commune des hauteurs au-dessus de Port-au-Prince — subissait un massacre : 47 morts, une cinquantaine de kidnappés. Puis est venu le grenier : des maisons incendiées, au moins 11 tués, des représailles assumées après une opération de la force qui avait abattu trois gangsters à des péages illégaux. Le calendrier n'est pas un hasard : le Conseil a reconduit une force qui subit des pertes en attendant ses renforts.

Géopolitique : le message des abstentions

Le vote de mardi se lit à deux niveaux. Au premier, il est fonctionnel : la mission vit, son mandat court jusqu'au 31 mars 2027, et l'appui logistique onusien suit. Au second, il est un réquisitoire. L'ambassadeur chinois Sun Lei a averti que la force militaire seule ne résoudrait probablement pas la crise haïtienne ; la Russie a questionné le financement, le déploiement, le statut juridique et le mandat de la mission. Prises ensemble, ces objections dessinent une accusation systémique : le Conseil autorise des missions qu'il ne peut doter, dans un pays dont les problèmes sont politiques, pas tactiques — puis s'étonne que les soldats manquent et que les gangs progressent.

L'abstention, notons-le, n'est pas un veto. Pékin et Moscou auraient pu tuer la force ; ils ont choisi de la laisser vivre en inscrivant leur critique au procès-verbal. C'est la grammaire classique du Conseil sur Haïti : personne ne veut porter la responsabilité d'un retrait qui précipiterait le chaos, mais personne ne veut non plus endosser un modèle dont tout le monde constate l'épuisement. Les États-Unis, eux, ont coparrainé le texte et misé leur crédibilité sur la différence promise : une force « vraiment différente », selon Waltz, dont « tout cet effort est conçu autour d'un objectif ultime : que les Haïtiens eux-mêmes reprennent le contrôle de leur sécurité et de leur avenir — et cela ne peut pas et ne deviendra pas une mission sans fin ».

La formule est belle ; elle est aussi une promesse datée. Quand le mandat expirera de nouveau en mars 2027, quelqu'un devra expliquer pourquoi la huitième mission a réussi là où les sept premières ont échoué — ou pourquoi elle a échoué comme elles.

Macroéconomie : la guerre comme économie

On ne comprend pas les gangs haïtiens si on les voit comme de simples bandes criminelles. Ce sont des économies. Les péages illégaux où la force a abattu trois gangsters il y a quelques jours ne sont pas des racketts d'appoint : ce sont des postes de douane d'un État parallèle qui taxe les routes, les ports, les marchés. Le kidnapping — une cinquantaine de personnes enlevées à Kenscoff en une seule opération — est une industrie à part entière, avec ses tarifs, ses négociateurs, ses calendriers de paiement. Les gangs contrôlent les axes par lesquels transitent la nourriture, le carburant, les médicaments : ils ne se contentent pas de terroriser l'économie, ils la prélèvent.

Face à eux, l'État haïtien est un mendiant. Le pays, le plus pauvre de l'hémisphère occidental, survit grâce aux envois de fonds de sa diaspora — des milliards de dollars qui irriguent les familles mais ne construisent pas d'institutions. La police nationale, sous-équipée, sous-payée, infiltrée par endroits, affronte des groupes mieux armés qu'elle : la plupart des armes illicites en circulation viennent des États-Unis, notamment de Floride, malgré l'embargo sur les armes décrété par l'ONU en 2022. C'est l'arithmétique cruelle de la crise : les gangs disposent d'une artillerie financée par le dollar américain, l'État d'un budget de misère, et la force internationale d'une fraction de ses effectifs théoriques.

Dans ce contexte, la promesse des 4 000 renforts « attendus dans les prochains mois » est moins une garantie qu'une variable. Mille cinq cents soldats ne peuvent tenir un pays ; quatre mille de plus, peut-être, changeraient le rapport de force dans les rues de Port-au-Prince. Mais les promesses de troupes, à l'ONU, ont une longue histoire de fonte au soleil des capitales.

Démographie : le pays des jeunes sans État

Haïti est un pays jeune dans un État vieux et cassé. La moitié de la population a moins de vingt-cinq ans — une pyramide des âges qui, ailleurs, serait une promesse, et qui ici est une poudrière. Les jeunes des quartiers de Port-au-Prince grandissent dans des zones où l'école publique est une ruine, où l'emploi formel est une rumeur, et où les gangs sont le seul employeur qui recrute. Le recrutement armé n'est pas une aberration dans ce paysage : c'est une carrière, avec un salaire, un statut, une arme — tout ce que l'État ne donne plus.

Les déplacements internes ajoutent à la pression : des centaines de milliers d'Haïtiens ont fui les zones de combats pour des camps de fortune, des écoles occupées, des parents déjà pauvres. Et au-dessus de tout cela plane la diaspora — des millions d'Haïtiens à Miami, New York, Montréal, Paris — qui finance le pays par ses envois de fonds tout en le regardant s'enfoncer. Cette diaspora est à la fois la bouée de sauvetage et le miroir : elle prouve que les Haïtiens réussissent partout, sauf chez eux.

Le 13 décembre, si les élections ont lieu, ce sont ces jeunes qui voteront — ou qui ne voteront pas, parce que les bureaux de vote seront inaccessibles, parce que les gangs auront décrété le boycott, ou parce que personne ne croira plus que le bulletin change quelque chose. La « condition de sécurité propice » exigée par la résolution ne se décrète pas : elle se construit rue par rue, et les rues appartiennent encore aux hommes armés.

Histoire : le cycle des interventions

Il y a une malédiction documentée dans l'histoire des interventions en Haïti : chacune arrive en promettant d'être différente, chacune repart en laissant le pays à peu près où elle l'avait trouvé, chacune prépare la suivante. La MINUSTAH avait stabilisé sans reconstruire. La mission d'appui kényane avait déployé sans doter. La Force de répression des gangs, elle, promet la rupture — un mandat offensif, des effectifs massifs, une sortie programmée. Mais la rupture promise ressemble, à s'y méprendre, à la promesse de la fois précédente.

Ce qui rend le cycle si tenace, c'est qu'il arrange tout le monde sauf les Haïtiens. Le Conseil de sécurité y trouve une réponse visible à une crise télévisée. Les pays contributeurs y trouvent un théâtre d'entraînement et des dividendes diplomatiques. Les gangs y trouvent un adversaire prévisible, sous-doté, pressé par le calendrier. Et les Haïtiens y trouvent, au mieux, un répit — jamais une solution. La blessure du choléra a scellé ce soupçon dans le marbre : l'intervention étrangère, en Haïti, est une loterie dont les Haïtiens paient toujours les numéros perdants.

Waltz le sait, et c'est pourquoi sa franchise est intéressante : reconnaître publiquement le « succès évidemment limité » de sept missions, c'est admettre que le modèle est en procès. Reste à savoir si la différence promise est une doctrine ou un slogan.

Structure : l'État et son double

Le véritable enjeu structurel de la crise haïtienne n'est pas militaire, il est institutionnel : il n'y a plus d'État à sécuriser, il y a un État à reconstruire pendant qu'on le sécurise. Les gangs ne sont pas une rébellion contre l'État ; ils en sont le double obscur, qui collecte l'impôt aux péages, rend une justice expéditive, emploie la jeunesse et contrôle les infrastructures. On ne bat pas un État parallèle avec des patrouilles : on le bat en lui reprenant, une à une, ses fonctions — la route, le port, l'école, le salaire.

C'est là que le calendrier électoral du 13 décembre devient le test ultime. Des élections « libres et équitables » supposent des listes électorales, des bureaux accessibles, des candidats qui ne sont pas assassinés, des électeurs qui ne sont pas rackettés sur le chemin de l'urne — et un résultat que les perdants acceptent. Haïti n'a pas connu d'élection présidentielle et législative depuis dix ans ; le Parlement est vide, la présidence est vacante depuis l'assassinat de 2021, le pouvoir est exercé par des instances de transition sans mandat populaire. Le scrutin de décembre, s'il a lieu, ne sera pas une élection normale : ce sera une tentative de refondation, sous la protection de soldats étrangers, dans un pays où les hommes armés votent avec des balles.

« Tout cet effort est conçu autour d'un objectif ultime : que les Haïtiens eux-mêmes reprennent le contrôle de leur sécurité et de leur avenir — et cela ne peut pas et ne deviendra pas une mission sans fin. » — Mike Waltz, ambassadeur des États-Unis à l'ONU

Ce que veulent les capitales

À Washington, la reconduction est un acompte sur le scrutin de décembre : maintenir la force en vie assez longtemps pour donner à Haïti un gouvernement élu — le premier depuis dix ans —, et la « mission sans fin » que redoute Waltz deviendra le problème de quelqu'un d'autre. Les abstentions piquent mais ne bloquent pas ; le risque est arithmétique. Mille cinq cents soldats ne peuvent tenir un pays, et les 4 000 promis sont une prévision, pas un fait. La stratégie américaine est limpide : faire de décembre un point de bascule, puis transférer le fardeau aux Haïtiens eux-mêmes — exactement ce que promet la formule de Waltz.

À Pékin et à Moscou, on lit la même résolution comme un symptôme. L'avertissement de Sun Lei — la force militaire seule ne résoudra probablement pas la crise haïtienne — et les questions russes sur le financement, le déploiement et le statut juridique reviennent à la même accusation : le Conseil autorise des missions qu'il ne peut doter, dans un pays dont les problèmes sont politiques, pas tactiques. Une abstention, pas un veto — la mission vit, la critique est au procès-verbal. C'est aussi un positionnement : la Chine et la Russie se posent en cassandres responsables, prêtes à dire « on vous l'avait dit » si décembre tourne mal.

À Port-au-Prince, on n'a pas le luxe de la théorie. L'ambassadeur d'Haïti a salué la reconduction et promis sa coopération — le pays demande de l'aide depuis 2022, et sur le terrain le choix est entre une force sous-dotée et les gangs. Le maire du grenier, lui, compte les morts des représailles. Entre la salle du Conseil et les maisons incendiées, il y a tout l'écart entre la diplomatie et la guerre : l'une vote en quelques instants, l'autre brûle toute la nuit.

Et les contributeurs du Sud — le Tchad, la Mongolie, la Jamaïque, le Guatemala, le Salvador, le Sri Lanka — portent une mission dessinée par les grandes puissances. C'est la huitième intervention étrangère dans un pays qui n'a jamais manqué d'interventions, et ce sont encore les soldats du Sud qui en paieront le prix du sang si les 4 000 renforts tardent.

Ce qui se joue maintenant

Trois questions décideront si la résolution 2829 restera un paragraphe de procès-verbal ou deviendra un tournant. La première est celle des 4 000 : arriveront-ils, quand, avec quel équipement, sous quel commandement ? L'histoire des promesses de troupes à l'ONU incite à la prudence — mais sans eux, la force reste un symbole sous-doté face à des gangs qui viennent de prouver, le jour même du vote, qu'ils frappent quand ils veulent.

La deuxième est celle du 13 décembre. Une élection est-elle réalisable dans un pays où les gangs contrôlent les routes, où les listes électorales sont un souvenir, où les candidats risquent leur vie ? La résolution exige des « conditions propices » ; les gangs, eux, ont tout intérêt à prouver qu'elles n'existent pas. Chaque semaine qui passe sans sécurisation des axes est une semaine de perdue sur le calendrier.

La troisième est celle de mars 2027. Quand le mandat expirera de nouveau, le Conseil se retrouvera devant le même choix : reconduire, transformer, ou partir. Waltz a promis que ce ne serait pas « une mission sans fin ». Les Haïtiens, eux, ont entendu cette promesse sept fois. La huitième devra être la bonne — ou ce sera la preuve que le cycle ne se brise pas, qu'il se répète.

En attendant, dans le grenier, on enterre les morts des représailles. Le vote a pris quelques instants. La mission qu'il prolonge se prépare depuis dix ans. Et les gangs, eux, n'attendent pas les renforts.

Prisme occidental

À Washington, la reconduction est un acompte sur le scrutin de décembre : maintenir la force en vie assez longtemps pour donner à Haïti un gouvernement élu — le premier depuis dix ans —, et la « mission sans fin » que redoute Waltz deviendra le problème de quelqu’un d’autre. Les abstentions piquent mais ne bloquent pas ; le risque est arithmétique. Mille cinq cents soldats ne peuvent tenir un pays, et les 4 000 promis sont une prévision, pas un fait.

Prisme oriental

Pékin et Moscou lisent la même résolution comme un symptôme. L’avertissement de Sun Lei — la force militaire seule ne résoudra probablement pas la crise haïtienne — et les questions russes sur le financement, le déploiement et le statut juridique reviennent à la même accusation : le Conseil autorise des missions qu’il ne peut doter, dans un pays dont les problèmes sont politiques, pas tactiques. Une abstention, pas un veto — la mission vit, la critique est au procès-verbal.

Prisme du Sud global

Pour la région et le Sud, c’est la huitième mission étrangère dans un pays qui n’a jamais manqué d’interventions. L’ambassadeur d’Haïti a salué la reconduction — Port-au-Prince demande de l’aide depuis 2022, et sur le terrain le choix est entre une force sous-dotée et les gangs. Les soldats venus sont du Tchad, de Mongolie, de Jamaïque, du Guatemala, du Salvador et du Sri Lanka — le Sud portant une mission dessinée par les grandes puissances.

Le consensus

Ce sur quoi nous sommes d’accord
Le vote (12-0-3), les abstentionnistes et leurs motifs, la fin du mandat au 31 mars 2027, les effectifs de Waltz, la date du 13 décembre, les tueries dans le grenier, les bilans de Kenscoff.
Ce sur quoi nous divergeons
Six mois de plus et une force renforcée changeront-ils quelque chose ? Washington la dit « vraiment différente » ; Pékin et Moscou accusent le modèle lui-même. Les 4 000 arriveront-ils ? Une élection est-elle réalisable d’ici au 13 décembre ?
Ce que nous savons
La nouvelle fin du mandat ; l’écart entre effectifs autorisés et réels ; les demandes haïtiennes depuis 2022.
Ce que nous ne savons pas encore
La composition des 4 000 attendus ; si le 13 décembre tiendra ; ce que fera le Conseil quand le mandat expirera de nouveau en mars.
Ce à quoi nous nous attendons
Un récit de montée en puissance des déploiements à l’automne ; une pression sur le Conseil si décembre glisse ; le financement de retour dès janvier.
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