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Les Quechuas : la langue vivante des Incas
Encyclopédie universelle

Les Quechuas : la langue vivante des Incas

Huit à dix millions de personnes parlent encore la langue du Tawantinsuyu — la famille de langues autochtones la plus parlée des Amériques.

Les Quechuas sont les peuples autochtones des Andes dont la langue — le quechua, ou runasimi, « la parole du peuple » — était la langue administrative de l’Empire inca. Quelque 8 à 10 millions de personnes le parlent au Pérou, en Bolivie, en Équateur et au Chili : la famille de langues autochtones la plus parlée des Amériques.

Le quechua précède les Incas et leur a survécu. La conquête espagnole de 1532 brisa le Tawantinsuyu, mais la langue endura dans les villages et les marchés — et en 1780 elle porta la plus grande rébellion anticoloniale des Amériques avant Haïti, quand Tupac Amaru II se souleva contre la domination espagnole. Réprimé pendant des siècles comme langue des vaincus, le quechua est désormais officiel au Pérou et en Bolivie, enseigné dans les universités de Lima à New York — et parlé, chaque jour, par des millions de gens qui ne l’ont jamais abandonné.

La langue de l’empire

Le quechua était déjà une lingua franca du commerce andin avant que les Incas ne l’adoptent comme langue de l’administration — le ciment du Tawantinsuyu, le « pays des quatre quartiers », qui à son apogée vers 1500 s’étirait sur 4 000 kilomètres le long des Andes. Routes, greniers et recensements incas fonctionnaient en quechua ; les khipus — dispositifs d’enregistrement à nœuds — en codifiaient les données.

Les Incas imposèrent le quechua aux peuples conquis comme Rome imposa le latin : comme prix de la participation à l’empire. Des dizaines de langues locales dépérirent ; le quechua se répandit de l’Équateur au Chili — la carte linguistique dont les Espagnols hériteraient.

Conquête et résistance

Les Espagnols brisèrent l’empire mais eurent besoin de sa langue : les missionnaires apprirent le quechua pour évangéliser, et les tribunaux coloniaux l’utilisèrent pour gouverner. La première grammaire quechua fut imprimée en 1560 — mais l’ordre colonial figea les locuteurs comme indios, tributaires au bas d’une hiérarchie raciale, leur langue stigmatisée pendant trois siècles.

La résistance parla quechua aussi. L’État néo-inca de Vilcabamba tint jusqu’en 1572, quand Tupac Amaru Ier fut exécuté sur la grand-place de Cuzco — le dernier Inca. Son nom attendrait deux cents ans son héritier.

La rébellion de Tupac Amaru

En 1780, Tupac Amaru II — un kuraka, noble autochtone se réclamant de la lignée inca — se souleva contre les corregidores espagnols, la mita du travail forcé et les impôts écrasants. Sa rébellion embrasa les Andes du Sud : des dizaines de milliers de combattants quechuas et aymaras assiégèrent Cuzco même au début de 1781.

Les Espagnols l’écrasèrent avec une cruauté exemplaire — Tupac Amaru fut exécuté à Cuzco en mai 1781 après avoir dû regarder mourir sa famille — mais la révolte terrifia Lima et Madrid au point de les contraindre à des réformes, et elle reste l’épopée fondatrice de la résistance autochtone andine, invoquée de l’indépendance du Pérou aux mouvements sociaux d’aujourd’hui.

La renaissance andine

Le XXe siècle ramena le quechua des marges : statut officiel au Pérou (1975, constitutionnalisé en 1993) et dans la constitution bolivienne de 2009, qui nomme 36 langues autochtones officielles. Radios en quechua, littérature — dont une traduction de Don Quichotte —, hip-hop et cinéma sont en plein essor.

La politique suivit la culture : Evo Morales, cultivateur de coca aymara, devint en 2006 le premier président autochtone de Bolivie, et le Pérou a connu ministres et candidats présidentiels de langue quechua. Huit millions de locuteurs font du quechua non une relique mais une langue américaine vivante et croissante — la conquête la plus durable des Incas.

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