Il y a quatorze siècles, dans une ville marchande du désert, un homme réputé pour son honnêteté se mit à réciter des paroles qu’il disait n’être pas les siennes. Aujourd’hui, près d’un être humain sur quatre suit la voie qu’il traça.
L'histoire en images
La découverte
En l’an 610, Muhammad ﷺ — alors un marchand mecquois respecté, âgé de quarante ans — s’était retiré comme à son habitude dans la grotte de Hira, sur les collines dominant La Mecque, pour méditer. Là, selon la foi musulmane, l’ange Gabriel vint à lui avec un seul commandement : « Récite. » S’ensuivit, pendant vingt-trois ans, le Coran — la récitation — révélé verset par verset : un appel à n’adorer qu’un Dieu unique, à prendre soin de l’orphelin et du pauvre, à répondre de ses actes. Il ne se présenta jamais comme son auteur, mais comme la révélation finale de Dieu, confirmant les messages d’Abraham, de Moïse et de Jésus avant lui.
Par qui
Muhammad, fils d’Abdullah, de la tribu de Quraysh, né à La Mecque vers 570. Orphelin très jeune — son père avant sa naissance, sa mère à ses six ans — il fut élevé par son grand-père puis par son oncle Abou Talib, et gagna sa vie dans le commerce caravanier. Son honnêteté en affaires lui valut le nom d’al-Amin, le Digne de confiance. À vingt-cinq ans, il épousa Khadija, une veuve marchande respectée, son aînée de quinze ans, qui deviendrait la première croyante. Il fut, de l’aveu même de ses ennemis, un homme d’un caractère rare : véridique, juste et miséricordieux — les qualités que les musulmans voient comme le vase humain choisi pour un message divin.
Comment
Treize ans durant, à La Mecque, il prêcha d’abord discrètement puis ouvertement : un Dieu unique, la fin de l’idolâtrie, la dignité du pauvre et de l’esclave. Les puissants de La Mecque — dont la richesse reposait sur le pèlerinage aux idoles — répondirent par le boycott, la moquerie et la violence. En 622, avec sa petite troupe de fidèles, il accomplit l’Hégire, la migration vers la ville-oasis de Yathrib, bientôt rebaptisée Médine, la Cité du Prophète. Cette année devint l’an un du calendrier islamique — l’islam ne se date ni d’une naissance ni d’une bataille, mais de la fondation d’une communauté. À Médine, il édifia la première communauté musulmane : une mosquée qui était aussi école et salle du conseil, une charte liant tribus et confessions dans des obligations mutuelles, des liens de fraternité entre les émigrés et leurs hôtes. En 630, il revint à La Mecque — non pour se venger, mais dans un triomphe presque sans effusion de sang, purifiant la Kaaba de ses idoles et proclamant une amnistie générale. Deux ans plus tard, sur la plaine d’Arafat, il prononça le Sermon d’adieu — sur le caractère sacré de la vie et des biens, les droits des femmes, la fraternité de tous les croyants, la fin des vengeances tribales. Il mourut à Médine en 632, dans la chambre de son épouse Aïcha, et fut enterré là où il s’éteignit.
L’onde de choc
Les chiffres à eux seuls donnent le vertige : 1,9 milliard de musulmans aujourd’hui, le Coran récité dans son arabe originel par des millions de fidèles qui le savent par cœur, l’appel à la prière retentissant cinq fois par jour de Jakarta à Dakar en passant par Dearborn. Mais l’onde de choc n’est pas seulement démographique.
La communauté qu’il fonda devint une civilisation. Moins d’un siècle après sa mort, ses disciples avaient bâti un empire de l’Espagne à l’Inde — et avec lui un âge d’or de la science, de la médecine, de la philosophie et du droit, qui préserva la sagesse de l’Antiquité et l’étendit. L’arabe, langue de la Révélation, devint la lingua franca du savoir pendant un demi-millénaire.
Son exemple — la Sunna, ses paroles et ses actes — façonne la vie quotidienne jusque dans les moindres politesses : comment saluer, comment manger, comment traiter un voisin, un débiteur, un animal. Le droit, l’art, l’architecture et l’éthique islamiques remontent tous au modèle qu’il fixa en ces vingt-trois années.
Les musulmans n’adorent pas Muhammad ﷺ ; ils le vénèrent comme le dernier messager, le Sceau des Prophètes, miséricorde pour les mondes. Les croyants saluent son nom d’une prière — que la paix et les bénédictions soient sur lui — comme le fait ce récit. Quatorze siècles plus tard, sa vie demeure la biographie la plus étudiée, la plus imitée, la plus aimée de l’histoire humaine.