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1969 : l’alunissage
Encyclopédie universelle

1969 : l’alunissage

Quatre cent mille personnes, une Saturn V, et huit jours qui sortirent l’humanité de sa planète — pour la première et, jusqu’ici, unique fois.

Le 20 juillet 1969, le module Eagle d’Apollo 11 se posa sur la mer de la Tranquillité, et Neil Armstrong devint le premier humain à marcher sur un autre monde. Suivi par 600 millions de personnes — un cinquième de l’humanité —, l’alunissage fut le point culminant de la course à l’espace et reste la plus grande prouesse de l’humanité.

La mission répondait au pari de John F. Kennedy en 1961 : que l’Amérique poserait un homme sur la Lune « avant la fin de cette décennie ». Huit ans, quelque 400 000 travailleurs et 25,4 milliards de dollars plus tard — plus de 180 milliards d’aujourd’hui —, Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins y parvinrent. Douze hommes en tout marchèrent sur la Lune entre 1969 et 1972, lors de six alunissages Apollo ; aucun humain n’a quitté l’orbite terrestre depuis le retour d’Apollo 17 en décembre 1972.

Le pari de Kennedy

En mai 1961, l’Amérique perdait largement la course à l’espace : Youri Gagarine avait orbité autour de la Terre, les sondes soviétiques atteignaient la Lune, et le saut suborbital d’Alan Shepard semblait maigre en comparaison. Le serment lunaire de Kennedy — prononcé devant le Congrès le 25 mai 1961 — était un pari de guerre froide : choisir une ligne d’arrivée si lointaine que la puissance industrielle américaine, et non l’avance soviétique en fusées, déciderait.

La NASA décupla ; la Saturn V — 111 mètres de haut, toujours la fusée la plus puissante jamais lancée avec succès — fut construite de zéro ; et le programme survécut à l’assassinat de Kennedy, à l’incendie d’Apollo 1 qui tua trois astronautes en 1967, et à un budget qui, à son pic, absorbait plus de 4 % du budget fédéral.

Huit jours en juillet 1969

Apollo 11 décolla le 16 juillet 1969. Quatre jours plus tard, le monde entier regardant et le carburant s’épuisant — il restait peut-être 25 secondes de carburant de descente à l’Eagle —, Armstrong prit les commandes manuelles et se posa sur la mer de la Tranquillité. « Houston, ici la base Tranquillité. L’Eagle a aluni. » Six heures et demie plus tard, Armstrong descendit l’échelle : « C’est un petit pas pour [un] homme, un bond de géant pour l’humanité. »

Aldrin le rejoignit ; Collins orbita seul au-dessus — « l’humain le plus solitaire », dirait l’histoire. Ils passèrent 21 heures sur la surface, plantèrent le drapeau et une plaque — « nous sommes venus en paix pour toute l’humanité » — et laissèrent des sismomètres et un réflecteur laser toujours utilisé. Quelque 600 millions de téléspectateurs : la plus grande audience télévisuelle de l’histoire à l’époque.

L’autre programme spatial

Les réalisations de l’Union soviétique sont souvent éclipsées par Apollo, mais elle fut première à presque tout le reste : premier satellite (Spoutnik, 1957), premier humain dans l’espace et en orbite (Gagarine, 1961), première femme (Terechkova, 1963), première sortie extravéhiculaire (Leonov, 1965), premier alunissage en douceur (Luna 9, 1966), première station spatiale (Saliout 1, 1971).

Le programme lunaire habité de Moscou — la fusée N1 — échoua de façon catastrophique, explosant à quatre reprises, et les Soviétiques pivotèrent vers les sondes robotiques et les stations. Le bilan de la course à l’espace dépend du regard : l’Amérique gagna la Lune ; les Soviétiques gagnèrent presque toutes les autres premières — et furent pionniers du vol spatial de longue durée que l’ISS pratique encore.

Le voyage inachevé

Après la dernière sortie lunaire d’Apollo 17 en décembre 1972, l’humanité se replia sur l’orbite basse — et ne l’a jamais quittée. Les raisons étaient terrestres : le Vietnam, l’inflation, et un Congrès qui considéra la Lune comme mission accomplie. Les chaînes de production de la Saturn V furent démantelées ; le savoir-faire se dispersa.

Désormais la Lune est de retour : le programme Artemis de la NASA, les atterrissages chinois Chang’e sur la face cachée, Chandrayaan-3 de l’Inde au pôle Sud (2023), et des atterrisseurs privés ont relancé la course — cette fois pour la glace d’eau, les rêves d’hélium-3 et des bases permanentes. Le regard du Sud global pose la question dure qu’Apollo ne résolut jamais : à quoi sert un pari lunaire, si un cinquième de l’humanité manque encore d’eau potable ? La plaque de l’Eagle disait « pour toute l’humanité » — les prochains alunissages diront si c’était une promesse ou une plaque.

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