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Jeanne d’Arc : la paysanne qui retourna une guerre
Encyclopédie universelle

Jeanne d’Arc : la paysanne qui retourna une guerre

À dix-sept ans elle leva le siège d’Orléans ; à dix-neuf elle fut brûlée — puis devint la France.

Jeanne d’Arc (v.1412–1431) — la Pucelle d’Orléans — fut la paysanne française qui, se disant guidée par des voix divines, persuada le dauphin Charles de lui confier une armée, leva le siège anglais d’Orléans en 1429, et retourna décisivement la guerre de Cent Ans en faveur de la France.

Capturée en 1430 par les Bourguignons, alliés des Anglais, elle fut jugée pour hérésie par un tribunal ecclésiastique pro-anglais et brûlée vive à Rouen à dix-neuf ans. Réhabilitée en 1456 et canonisée en 1920, elle est l’héroïne nationale de la France — revendiquée par monarchistes, républicains et extrême droite tour à tour.

La Pucelle d’Orléans

Née vers 1412 à Domrémy de parents paysans, Jeanne commença à entendre — selon son récit — les voix de saints Michel, Catherine et Marguerite dès l’âge de treize ans, lui ordonnant de soutenir le dauphin Charles, non couronné, et de chasser les Anglais de France. En 1429, elle convainquit le commandant local de l’escorter jusqu’à Chinon, où elle persuada Charles lui-même.

Dotée d’une armure, d’un étendard et d’une petite troupe, elle atteignit Orléans en avril 1429. Le siège — qui étranglait depuis six mois le dernier grand bastion français de la Loire — s’effondra en neuf jours. Blessée d’une flèche, elle retourna au combat, et les Anglais se retirèrent. En juillet, Charles fut sacré Charles VII à Reims, Jeanne tenant son étendard à ses côtés : le coup de maître politique qui fit de lui un roi au lieu d’un prétendant.

Le procès et le bûcher

En mai 1430, elle fut capturée à Compiègne par des troupes bourguignonnes et vendue aux Anglais pour 10 000 livres. Le procès de Rouen fut un théâtre politique en habit ecclésiastique : l’évêque Pierre Cauchon, partisan pro-anglais, l’accusa d’hérésie, de sorcellerie et de travestissement — les habits d’homme qu’elle portait pour se protéger parmi les soldats.

Le procès-verbal — l’un des dossiers judiciaires médiévaux les plus complets — montre une jeune fille de dix-neuf ans tenant tête à des théologiens pendant des mois. Condamnée pour avoir repris l’habit masculin, elle fut brûlée le 30 mai 1431. Les Anglais avaient tué la jeune fille ; ils ne purent tuer ce qu’elle avait accompli.

La fabrication d’une sainte

Vingt-cinq ans plus tard, la requête de sa mère imposa un procès en révision : en 1456, l’Église annula le verdict, déclarant le procès de 1431 entaché de fraude. Mais la postérité de Jeanne fut politique bien avant d’être sainte — Shakespeare en fit une sorcière, Voltaire la railla, la Révolution la revendiqua comme fille du peuple, Napoléon comme symbole national.

Canonisée en 1920, elle échappe désormais à toute faction : icône féministe, sainte catholique, héroïne militaire, emblème d’extrême droite. La paysanne qui entendait des voix reste l’adolescente la plus controversée de l’histoire européenne — parce que la France ne cesse de s’y retrouver.

Sources

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