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Histoire · L’atlas des figures

Laozi

Il n'a peut-être jamais existé, et cela importe peu.

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Atlas des figures VIᵉ siècle av. J.-C. (légendaire)

Il n'a peut-être jamais existé, et cela importe peu. Laozi — « le Vieux Maître » — aurait été archiviste à la cour royale des Zhou au VIe siècle avant notre ère, contemporain lassé du jeune Confucius. La légende raconte que, dégoûté de la décadence du temps, il décida de quitter la Chine pour toujours. Au col de l'ouest, le gardien Yinxi le supplia de ne pas partir sans laisser sa sagesse derrière lui. Le vieillard écrivit donc quelque cinq mille caractères, les lui remit, et s'enfonça dans les montagnes sur un buffle. Ce texte est le Tao Te King, le Classique de la Voie et de la Vertu.

C'est le livre chinois le plus traduit de l'histoire, et de loin — quatre-vingt-un brefs chapitres qui commencent par refuser de définir leur sujet : « Le Tao dont on peut parler n'est pas le Tao éternel. » Le Tao est la source et le modèle de toutes choses, la Voie que suit le monde quand nul ne le force. Sa puissance, le te, appartient à ceux qui s'y accordent au lieu de lutter contre lui. L'éthique du livre en découle : le wu wei, qu'on traduit par non-agir, signifie agir sans forcer — faire en ne faisant pas, comme l'eau qui use la pierre. « La suprême bonté est comme l'eau », dit le texte ; l'eau profite à toutes choses et ne conteste rien, et pourtant rien n'est plus doux, et rien ne vient à bout du dur. Le sage gouverne le moins, parle le moins, désire le moins, et accomplit ainsi le plus. Là où Confucius proposait le rite et la hiérarchie comme remèdes au désordre, Laozi proposait leur contraire : la simplicité, la spontanéité, le retour au bloc non sculpté.

Les savants estiment aujourd'hui que le texte fut compilé sur des siècles, sans doute à l'époque des Royaumes combattants, à partir des paroles de plusieurs mains — Laozi lui-même est peut-être un composite. Mais la voix est singulière et reconnaissable entre toutes : brève, paradoxale, doucement moqueuse envers les ambitieux. Le taoïsme religieux en fit plus tard le Très-Haut Seigneur Lao. Le taoïsme philosophique en fit, avec Tchouang-tseu, le patron de tout ce qui, en Chine, penche vers le retrait, la nature et la liberté intérieure. Poètes, peintres, médecins et maîtres d'armes burent à la même source. Et au XXe siècle, le petit livre quitta de nouveau la Chine, traduit en cent langues, enseignant aux modernes harassés la plus vieille leçon de ses pages : que le souple vient à bout du dur, et que beaucoup de ce que nous poursuivons nous fuit parce que nous le poursuivons.

En bref : VIᵉ siècle av. J.-C. (légendaire) · n° 38 sur 40 — score causal 68.92/100

Impact sur la civilisation

Le Tao Te King a fondé le taoïsme, la contre-philosophie indigène de la Chine face à l'ordre confucéen — la tradition de la spontanéité, de la nature et de la culture intérieure qui a façonné pendant deux mille ans la poésie, la peinture de paysage, la médecine et les arts martiaux chinois. Son concept de wu wei offrit aux gouvernants un art paradoxal du gouvernement par la non-ingérence, qui influença l'art d'État légiste comme confucéen, et sa cosmologie nourrit le développement de la science et de l'alchimie chinoises. Quand le bouddhisme arriva en Chine, le vocabulaire taoïste fournit aux traducteurs les mots pour rendre les concepts indiens, et la fusion produisit le bouddhisme Chan — le zen. Dans l'Occident moderne, le Tao Te King est devenu le classique chinois le plus lu, et ses idées d'action sans effort et d'humilité écologique ont pénétré la psychologie, la gestion et la pensée environnementale.

Classé n° 38 des 40 figures qui ont façonné la civilisation — score causal 68.92/100 (agence personnelle 6.29 · puissance du mouvement 7.5 · empreinte civilisationnelle 7.29). L’agence personnelle et l’influence dérivée sont notées séparément ; ce sont les mathématiques qui décident de l’ordre.

Dans l’Encyclopédie universelle : Hammurabi · Jean-Jacques Rousseau · Niccolò Machiavelli · Mansa Musa
Sources:
  • Laozi, Tao Te Ching, trans. Ursula K. Le Guin (Shambhala, 1997)
  • Laozi, Tao Te Ching, trans. D. C. Lau (Penguin, 1963)
  • Laozi, The Way of Lao Tzu, trans. Wing-Tsit Chan (Bobbs-Merrill, 1963)
  • Encyclopaedia Britannica, 'Laozi'

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