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Histoire · L'atlas des empires

Le Saint-Empire romain : ni saint, ni romain

La boutade de Voltaire dura 844 ans — le plus étrange empire que l'Europe ait construit.

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Atlas des empires 962–1806

La célèbre boutade de Voltaire — ni saint, ni romain, ni empire — visait une entité qui dura tout de même 844 ans. Le Saint-Empire romain fut la plus étrange construction de l'Europe : un millier de princes sous un empereur élu, une fédération médiévale qui refusa de devenir un État moderne, et refusa d'en mourir.

En bref : 962–1806 · Capitale(s) : itinérantes — Aix-la-Chapelle, Prague, Vienne · Apogée territoriale : l'Europe centrale, de la Baltique à la Méditerranée à son apogée

L'empire en images

La couronne impériale du Saint-Empire romain au Trésor impérial de Vienne — la Reichskrone, Xᵉ–XIᵉ siècle
La Reichskrone, Vienne — la couronne impériale du Saint-Empire romain, Xᵉ–XIᵉ siècle
Aix-la-Chapelle ★ Prague Vienne Rome Sicile
Apogée territoriale — carte stylisée
962 Otton Ier couronné 1077 Canossa 1356 La Bulle d'or 1519–1556 Charles Quint 1618–1648 La guerre de Trente Ans 1806 L'abdication
Ascension · apogée · chute
Durées de règne des empereurs nommés Frédéric Barberousse 1152–1190 Charles Quint 1519–1556
Règnes impériaux — données de l'article

La montée

Tout commença le 2 février 962, quand le pape Jean XII couronna le roi germanique Otton Ier empereur à Rome. Otton avait écrasé les Magyars au Lechfeld, absorbé l'Italie du Nord et revendiqué l'héritage de Charlemagne — dont l'empire s'était dissous un siècle plus tôt. Le couronnement relançait l'idée impériale en Occident : un roi allemand, couronné par un pape, régnant en héritier de Rome.

Les premiers siècles furent un duel entre l'empereur et le pape pour savoir qui gouvernait vraiment la chrétienté. À Canossa en 1077, l'empereur Henri IV resta trois jours pieds nus dans la neige à implorer le pardon du pape — puis passa le reste de son règne à le lui faire regretter. Les empereurs Hohenstaufen, surtout Frédéric Barberousse (r. 1152–1190), portèrent la puissance impériale à son sommet médiéval, régnant de la Sicile à la Baltique et traitant l'Italie comme la turbulente province méridionale de l'empire.

L'apogée

La machinerie de l'empire était sa merveille. La Bulle d'or de 1356 formalisa l'élection impériale : sept princes-électeurs — trois archevêques et quatre princes laïcs — votaient, et l'élu régnait sur une mosaïque de centaines de duchés, d'évêchés, de villes libres et d'abbayes. C'était le fédéralisme avant le mot, et cela fonctionnait précisément parce que personne ne pouvait tout à fait le contrôler.

À partir de 1438, la couronne impériale se fixa, presque sans interruption, sur les Habsbourg d'Autriche, et sous Charles Quint (r. 1519–1556) l'empire devint le cœur européen du premier royaume sur lequel le soleil ne se couchait jamais — l'Espagne, les Pays-Bas, Naples, les Amériques. La formule fut inventée pour lui avant que les Britanniques ne la lui empruntent. Les Habsbourg firent de Vienne le centre de gravité de l'empire, et l'empire fit des Habsbourg les arbitres de l'Europe.

La chute

La Réforme fendit l'empire selon des lignes confessionnelles, et la guerre de Trente Ans (1618–1648) faillit l'achever — une catastrophe qui tua peut-être un tiers de la population allemande et laissa l'empire coquille vide. La paix de Westphalie en 1648 confirma ce que la guerre avait prouvé : les princes étaient effectivement souverains, et l'empereur leur président, non leur maître.

La fin vint de France. Les victoires de Napoléon, à Austerlitz et ailleurs, brisèrent l'ordre ancien, et le 6 août 1806 François II abdiqua la couronne impériale, dissolvant d'un trait de plume une institution vieille de 844 ans. L'empire qui avait survécu aux papes, aux réformes et aux Turcs aux portes de Vienne ne survécut pas à l'officier d'artillerie corse.

L'héritage

Le fantôme de l'empire hante l'Europe moderne. La mosaïque fédérale des Länder allemands, l'idée d'une Mitteleuropa de petits États sous des institutions communes, jusqu'à l'équilibre précaire de l'Union européenne entre le centre et les membres — tout cela fait écho à la machinerie du vieux Reich. Les fondateurs de l'UE, allemands pour beaucoup, bâtirent Bruxelles à l'image de ce que l'empire avait tenté d'être.

Prague et Vienne portent encore dans la pierre les siècles impériaux : les cathédrales, les palais, les cafés où les bureaucrates de l'empire inventèrent l'administration moderne. Le Saint-Empire échoua à devenir un État-nation — et, échouant, il laissa à l'Europe centrale une civilisation.

Il comptait un empereur, sept électeurs, et à la fin plus de trois cents fragments souverains. Le Saint-Empire, c'était le fédéralisme avant que le fédéralisme soit à la mode — et il survécut à tous les États qui se moquèrent de lui.

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