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Édition du soir

Le Maroc nomme sa première femme Premier ministre

Pour la première fois de l'histoire du pays, c'est une femme qui formera le gouvernement. La maire de Marrakech hérite d'un casse-tête de coalition, d'un Mondial à 20 milliards de dollars, et d'une jeunesse restée chez elle le jour du scrutin.

Fatima Ezzahra El Mansouri, première femme cheffe du gouvernement marocain, en 2026
Fatima Ezzahra El Mansouri, première femme cheffe du gouvernement marocain, en 2026

Points clés

  • Sa Majesté le Roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri cheffe du gouvernement mardi 29 septembre — la première femme à occuper ce poste dans l'histoire du Maroc. Le communiqué du cabinet royal la charge de former le nouveau gouvernement. Maghreb Arab Presse ; CNN
  • Son parti, le PAM, a remporté 97 des 395 sièges aux législatives du 23 septembre — 31 de plus que son plus proche rival — mais loin de la majorité. Le RNI sortant obtient 66 sièges, l'Istiqlal 65, le PJD 54. TBS News
  • La participation s'est effondrée à environ 38 %, contre près de 50 % il y a cinq ans — la plus basse depuis près de vingt ans — sanctionnant le chômage, le coût de la vie et les services publics. CNN ; TBS News
  • El Mansouri, 50 ans, avocate, maire de Marrakech et ex-ministre de l'Habitat — première femme maire de Marrakech dès 2009. Engagée au PAM dès sa fondation en 2008, elle a promis des négociations de coalition « sans lignes rouges ». Telegraph Nigeria ; Reuters
  • L'horloge est politique et concrète à la fois : le nouveau gouvernement doit boucler un programme d'infrastructures de 20 milliards de dollars pour la Coupe du monde 2030 — coorganisée avec le Portugal et l'Espagne — tandis que le chômage des jeunes frôle 37 % et que la colère sur le pouvoir d'achat couve encore. TBS News ; Traders Union

Mardi après-midi, le Palais royal de Rabat a publié un communiqué qui change la photographie du pouvoir marocain. Pour la première fois depuis l'indépendance, la cheffe du gouvernement est une femme.

La nouvelle a fait le tour des rédactions en quelques minutes, mais elle mérite qu'on s'y attarde plus longtemps qu'un flash : ce n'est pas seulement un nom qui change en tête d'un organigramme, c'est un symbole qui s'installe au centre d'un système où les symboles sont des actes politiques. Fatima Ezzahra El Mansouri, 50 ans, avocate, maire de Marrakech, ex-ministre de l'Habitat, devient cheffe du gouvernement du Royaume du Maroc. Le communiqué du cabinet royal la charge de former le nouveau gouvernement. Derrière la formule protocolaire, il y a dix-huit ans d'histoire partisane et soixante-dix ans d'histoire nationale qui basculent.

El Mansouri n'est pas une intruse parachutée dans la fonction. Avocate de formation, elle a dirigé Marrakech dès 2009 comme première femme maire de la ville ocre — perdue puis reconquise en 2021, une trajectoire qui en dit long sur sa ténacité. Engagée au Parti authenticité et modernité (PAM) en 2008, l'année de sa fondation par Fouad Ali El Himma, ami d'enfance et proche conseiller de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, comme contrepoids moderniste au mouvement islamiste. Dix-huit ans plus tard, le parti qu'elle a contribué à bâtir l'a portée à la tête du gouvernement. C'est l'histoire d'une fidélité récompensée — et d'un pari du Palais sur une figure qui incarne à la fois la continuité et la rupture.

Le nœud

L'arithmétique du pouvoir est impitoyable. Le PAM a remporté 97 des 395 sièges aux législatives du 23 septembre — 31 de plus que son plus proche rival, le meilleur score de l'hémicycle — mais loin de la majorité. Le RNI sortant obtient 66 sièges, l'Istiqlal 65, le PJD 54. El Mansouri devra donc recoudre une coalition avec les partis mêmes que le PAM a accablés pendant la campagne.

En course, le PAM avait exclu de gouverner de nouveau avec le RNI, leader de la coalition sortante, après leurs échanges de reproches sur l'échec à juguler les prix alimentaires. Jeudi, El Mansouri a retourné la veste : « Nous avons tourné la page », promettant des négociations « sans lignes rouges ». Les 66 sièges du RNI et les 65 de l'Istiqlal sont les pièces évidentes du puzzle, mais chaque concession se paiera en portefeuilles ministériels — et la liste du futur cabinet passera toujours par le palais pour approbation. Au Maroc, on ne forme pas un gouvernement contre le roi ; on le forme avec lui, sous son regard, et c'est lui qui valide.

Pour la première fois depuis l'indépendance, la cheffe du gouvernement est une femme.

Comment on en est arrivé là

Les législatives du 23 septembre ont été un séisme silencieux. La participation s'est effondrée à environ 38 %, contre près de 50 % il y a cinq ans — la plus basse depuis près de vingt ans. Ce chiffre mesure quelque chose de plus corrosif que l'apathie : le verdict d'une génération sur les institutions élues elles-mêmes. Les électeurs n'ont pas seulement boudé les urnes ; ils ont signifié que le jeu parlementaire, à leurs yeux, ne change plus leur vie.

Ce verdict ne tombe pas du ciel. Les manifestations meurtrières menées par la Gen-Z l'an dernier ont marqué les esprits — une jeunesse descendue dans la rue contre le chômage et la vie chère, réprimée dans le sang. La ruée de juillet sur l'enclave espagnole de Ceuta, quand des centaines de jeunes Marocains ont tenté de forcer la frontière à la nage pour fuir vers l'Europe, a offert au monde l'image la plus brutale du désespoir d'une génération. Le chômage des jeunes frôle les 37 %. La colère sur le pouvoir d'achat couve encore, alimentée par des prix alimentaires qui n'ont jamais vraiment reflué.

C'est dans ce contexte que le PAM a gagné — et c'est ce qui rend sa victoire ambiguë. 97 sièges, le meilleur score, mais conquis sur un corps électoral amputé de près des deux tiers des inscrits. El Mansouri hérite d'une victoire statistique et d'une crise de légitimité. Son programme promettait de « restaurer l'espoir » des jeunes Marocains ; les électeurs qu'elle doit convaincre n'ont majoritairement pas voté. C'est le paradoxe central de son mandat : elle doit gouverner au nom d'un peuple qui a cessé de croire que voter servait à quelque chose.

Le prisme : cinq dimensions

1. Géopolitique — le Maroc au centre du jeu

La nomination d'El Mansouri intervient à un moment où le Maroc occupe une position géopolitique singulièrement favorable. Coorganisateur de la Coupe du monde 2030 avec le Portugal et l'Espagne, le Royaume s'est imposé comme le pont entre l'Europe et l'Afrique — Tanger Med, devenu l'un des premiers ports à conteneurs d'Afrique et de Méditerranée, en est le symbole d'acier et de béton. Les constructeurs automobiles — Renault, Stellantis — ont fait du Maroc une plateforme d'exportation vers l'Europe. L'OCP, avec son quasi-monopole sur les réserves mondiales de phosphates, tient l'une des clés de la sécurité alimentaire mondiale.

Dans ce contexte, une femme à la tête du gouvernement n'est pas seulement un symbole intérieur : c'est un signal adressé aux partenaires. Aux Européens, qui scrutent la gouvernance marocaine à l'aune de leurs propres débats sur la parité. Aux investisseurs, qui lisent la stabilité et la modernisation comme des garanties. Aux Africains, pour qui le Maroc se veut une porte d'entrée. La diplomatie des symboles a un rendement géopolitique — et le Palais, qui ne fait jamais rien par hasard, le sait.

2. Macroéconomie — le chantier de 20 milliards

Ce que le nouveau gouvernement doit livrer se voit aussi sur un chantier — ou plutôt sur des dizaines de chantiers. Le Maroc dépense quelque 20 milliards de dollars pour préparer stades, voies ferrées et aéroports à la Coupe du monde 2030 — le pari d'infrastructures le plus coûteux de son histoire moderne. Les dernières étapes incombent de plein droit à ce gouvernement, avec Fouzi Lekjaa, patron de la fédération de football, recrue vedette du PAM avant le scrutin et deux fois gestionnaire du budget, pressenti pour garder la main technocratique sur les projets.

Un Mondial peut être une vitrine ou un réquisitoire ; la différence tient à l'exécution sous contrainte de délai. Les stades doivent sortir de terre, les lignes à grande vitesse s'étendre, les aéroports absorber des millions de supporters — et tout cela pendant que le pouvoir d'achat des Marocains reste la préoccupation numéro un. L'équation budgétaire est brutale : investir massivement dans la vitrine 2030 tout en répondant à la colère sociale sur les prix. C'est le test macroéconomique du gouvernement El Mansouri : faire du Mondial un multiplicateur, pas un fardeau.

Derrière le Mondial, il y a l'économie réelle : un chômage des jeunes à 37 %, une sécheresse qui étrangle l'agriculture — le stress hydrique est devenu structurel — et une industrie qui monte en gamme mais ne crée pas assez d'emplois qualifiés pour absorber les diplômés. Le programme du PAM promettait l'espoir ; l'économie exigera des résultats mesurables, et vite.

3. Démographie — la génération qui ne vote plus

Le vrai problème n'est pas la table de coalition — c'est la rue devant. La participation tombée à quelque 38 % mesure le fossé entre les institutions et une jeunesse qui ne s'y reconnaît plus. Les moins de 30 ans forment une part massive de la population marocaine ; ce sont eux qui ont manifesté l'an dernier, eux qui ont tenté Ceuta en juillet, eux qui affichent 37 % de chômage.

Cette génération est aussi la plus connectée, la plus éduquée, la plus exposée aux comparaisons mondiales — et la plus impatiente. Elle ne demande pas des symboles, elle demande des emplois, des logements, des prix supportables. El Mansouri, première femme cheffe du gouvernement, parle à cette génération le langage du possible : si une femme peut diriger le gouvernement, alors le système peut changer. Mais le symbole ne nourrit pas — et si les résultats ne suivent pas, la désillusion sera proportionnelle à l'espoir suscité.

4. Histoire — la monarchie et les premières

L'architecture de la monarchie n'a pas changé. Le roi conserve des pouvoirs étendus sur la politique étrangère, la défense, la sécurité et les portefeuilles économiques clés — la Constitution de 2011 a élargi les prérogatives du chef du gouvernement sans entamer le domaine réservé du souverain. Ce qui a changé, c'est le symbole au centre du gouvernement : une femme, pour la première fois, tenant le dossier marqué « diriger le gouvernement ». Dans un royaume où la continuité est l'idéologie, c'est le genre de rupture qui compte précisément parce qu'elle est rare.

L'histoire marocaine des « premières » féminines est déjà riche : des ministres, des ambassadrices, des dirigeantes d'entreprises publiques. Mais la tête du gouvernement, c'est un autre ordre de grandeur — c'est le visage quotidien de l'exécutif, celui que les Marocains verront aux journaux télévisés, dans les crises, dans les réussites. Le précédent comptera au-delà des frontières : dans le monde arabe, les femmes cheffes de gouvernement se comptent sur les doigts d'une main.

Il y a aussi l'histoire du PAM lui-même : fondé en 2008 par Fouad Ali El Himma comme contrepoids moderniste au PJD islamiste, le parti a mis dix-huit ans à conquérir la tête du gouvernement. C'est une victoire d'appareil autant qu'une victoire électorale — et elle pose la question de savoir si le PAM gouvernera comme un parti de pouvoir ou comme une machine à distribuer des postes.

5. Structure — le système tient, les visages changent

La formation du gouvernement suivra le rituel immuable : négociations entre partis, arbitrage du Palais, validation royale de la liste des ministres. Les portefeuilles de souveraineté — Intérieur, Affaires étrangères, Défense — resteront entre des mains choisies par le roi. El Mansouri disposera d'une marge réelle sur l'économique et le social, mais dans un cadre où le dernier mot appartient au souverain.

C'est la structure du pouvoir marocain : un exécutif bicéphale où le roi règne et gouverne sur l'essentiel, et où le chef du gouvernement administre — avec plus ou moins d'autonomie selon les périodes et les personnalités. La nouveauté, c'est que l'administratrice en chef est une femme qui a fait ses preuves comme maire de Marrakech, ville complexe, touristique, exigeante. Gérer Marrakech, c'est déjà gérer un petit pays : les infrastructures, les investisseurs, les habitants, les visiteurs. L'échelle change ; la nature du métier, pas tant que ça.

Ce que les capitales en pensent

À Rabat, le Palais parie qu'El Mansouri incarnera le renouveau sans menacer la continuité — la quadrature du cercle monarchique. À Paris et Madrid, partenaires du Mondial 2030, on salue une modernisation qui sécurise les investissements. À Alger, on observe en silence — la rivalité algéro-marocaine ne s'émeut guère des symboles. Dans les capitales du Golfe, investisseurs croissants au Maroc, on note qu'une femme aux commandes ne change rien aux fondamentaux : stabilité, croissance, grands chantiers.

Et dans la rue marocaine — celle qui n'a pas voté — on attend. Le symbole est noté, parfois salué, mais le verdict est suspendu aux résultats : l'emploi, les prix, le logement. Les Marocains ont vu passer des chefs de gouvernement ; ils jugent aux actes.

Dix-huit ans de marche vers le pouvoir

Le Parti authenticité et modernité est né en 2008 — une création du Palais, disaient les mauvaises langues, destinée à offrir au régime une vitrine moderniste face à la montée islamiste du PJD. Dix-huit ans plus tard, la créature a échappé à son créateur : le PAM est devenu une machine électorale autonome, ancrée dans les notables locaux, les maires, les présidents de région. La nomination de Ghallab à sa tête n'est pas un parachutage : c'est l'aboutissement d'une longue marche à l'intérieur de l'appareil.

Cette histoire donne à sa nomination une saveur particulière. Le PAM a toujours été le parti des « modernistes » — laïcs, urbains, ouverts sur le monde — face au PJD des conservateurs religieux. En portant une femme à la tête du gouvernement, le PAM réalise enfin la promesse de son nom : la modernité, incarnée. C'est aussi une revanche sur l'histoire : le parti créé pour contrer les islamistes finit par faire ce que les islamistes n'auraient jamais fait — confier le pouvoir exécutif à une femme.

Marrakech, le laboratoire

Tout a commencé à Marrakech. En 2009, Ghallab devient la première femme maire de la ville ocre — une première qui fait d'elle, du jour au lendemain, une figure nationale. Elle perd la mairie en 2015, la reconquiert en 2021, et entre-temps fait ses armes au gouvernement : ministre de la Santé en 2012, puis de l'Artisanat et de l'Économie sociale. Ce parcours — la ville, puis l'État, puis la ville à nouveau — est l'école classique du pouvoir marocain : on y apprend la gestion des notables, des tribus urbaines, des réseaux.

Marrakech n'est pas une ville comme les autres : c'est la vitrine touristique du royaume, la ville des palaces et des festivals, celle que le monde entier associe au Maroc. La diriger, c'est gérer une image autant qu'une administration — et c'est peut-être là que Ghallab a forgé son style : gestionnaire rigoureuse, communicante habile, femme d'image autant que de dossiers. Le Maroc de 2030 — celui du Mondial — aura besoin des deux.

Le revers de la médaille, c'est que Marrakech est aussi la ville des inégalités criantes : les palaces de la Palmeraie et les bidonvilles de la périphérie, le tourisme de luxe et la précarité des saisonniers. Si Ghallab veut que son gouvernement soit celui de la justice sociale promise dans son discours, c'est à Marrakech qu'elle a appris ce que l'injustice sociale veut dire — et c'est à l'échelle du royaume qu'elle devra désormais la combattre.

Ce qu'il faut surveiller

La composition du gouvernement — qui obtient quoi, et ce que cela révèle des rapports de force réels entre le PAM, le RNI, l'Istiqlal et le Palais. Chaque portefeuille est un message.

Les cent premiers jours : El Mansouri a promis de « restaurer l'espoir ». Les marqueurs seront concrets — mesures sur le pouvoir d'achat, signaux sur l'emploi des jeunes, rythme des chantiers 2030. Un gouvernement jugé sur l'espoir doit livrer vite, ou l'espoir se retourne.

La rue : si les manifestations reprennent, la première femme cheffe du gouvernement sera testée sur sa capacité à dialoguer — ou à réprimer. C'est là que le symbole rencontrera la réalité du pouvoir.

Et le Mondial 2030, en toile de fond permanente : chaque retard de chantier, chaque dépassement budgétaire sera désormais imputé à ce gouvernement. La vitrine peut devenir le réquisitoire — à El Mansouri de décider laquelle.

À l'étranger, la nomination s'ajoute à une galerie de premières. Mais pour le Maroc, le test ne sera pas le titre du 29 septembre. Ce sera de savoir si une cheffe de gouvernement qui a promis de restaurer l'espoir peut donner à une génération qui a cessé de voter une raison de croire que le gouvernement est le sien. Le travail, comme l'a dit El Mansouri elle-même, commence aujourd'hui.

Prisme occidental

La couverture occidentale — CNN, Reuters, la presse économique — lit la nomination comme un plafond de verre brisé sous haute pression politique. Le cadre est institutionnel : une monarchie constitutionnelle ouvrant à une femme sa plus haute fonction élue pendant que les pouvoirs du monarque restent intacts, et le vrai drame déplacé vers l'arithmétique de coalition. L'œil occidental revient sans cesse au chiffre des 38 % de participation, qu'il traite comme le véritable sujet de l'histoire — une crise de confiance déguisée en élection.

Le prisme occidental s'attarde aussi sur l'horloge du Mondial. Vingt milliards de dollars d'infrastructures, une échéance 2030 partagée avec le Portugal et l'Espagne, et une classe technocratique censée livrer — dans ce récit, le gouvernement El Mansouri sera jugé moins sur le symbole que sur l'ouverture des stades dans les délais.

Prisme oriental

La couverture orientale — Xinhua, les agences russes — traite la nomination avec un regard plus froid, plus transactionnel. L'accent porte sur la stabilité et la continuité : un parti fondé par un conseiller royal, une transition gérée par le palais, un gouvernement dont le roi dirige toujours la politique étrangère et la défense. Dans cette lecture, le titre de première femme est cérémonie ; la structure en dessous n'a pas bougé d'un millimètre.

Le prisme oriental s'attarde sur les pressions sociales que la nomination est censée désamorcer — les manifestations de la Gen-Z, la ruée de Ceuta, le chômage des jeunes — et les présente comme les vulnérabilités d'une monarchie alignée sur l'Occident qui vend la modernité pendant que ses jeunes votent avec leurs pieds.

Prisme du Sud global

Le prisme du Sud global — le Telegraph du Nigeria, la presse économique africaine — s'approprie l'histoire avec fierté. La première femme cheffe de gouvernement du Maghreb à l'ère moderne est un jalon continental, et la couverture du Sud centre les propres mots d'El Mansouri : « fierté pour toutes les femmes », un message à toutes les femmes du royaume. Le symbole n'est pas congédié comme cérémonie ici ; pour le Sud, qui s'assoit dans le fauteuil a toujours été la politique.

Ce qui tempère la célébration, dans le récit du Sud, c'est l'épreuve matérielle. Un chômage des jeunes à 37 % et une génération restée chez elle le jour du scrutin se moquent des premières — ils veulent des emplois, des prix, une raison de rester. Le Sud regardera ce qu'El Mansouri fera pour les jeunes, pas ce qu'elle est pour les caméras.

Le consensus

Ce sur quoi nous nous accordons
Les trois blocs s'accordent sur les faits : Sa Majesté le Roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri le 29 septembre, première femme cheffe de gouvernement de l'histoire marocaine ; le PAM a remporté 97 des 395 sièges le 23 septembre ; la participation était d'environ 38 % ; une coalition doit désormais se former ; le monarque conserve ses pouvoirs essentiels.
Ce sur quoi nous ne nous accordons pas
Ils divergent sur le sens : l'Occident voit une percée symbolique sous forte pression de légitimité ; l'Orient voit une continuité gérée sous nouvel emballage ; le Sud voit un jalon continental qui doit encore faire ses preuves en emplois et en prix.
Ce que nous savons
Nous savons les résultats électoraux, l'arithmétique de coalition et le programme d'infrastructures du Mondial. Nous connaissons le parcours d'El Mansouri comme maire de Marrakech et ministre de l'Habitat.
Ce que nous ignorons encore
Nous ignorons quels partis rejoindront la coalition, qui obtiendra quels ministères, et si le nouveau gouvernement peut combler le fossé avec une génération qui a cessé de voter.
Ce que nous anticipons
Nous anticipons des négociations de coalition étirées sur octobre — et le premier vrai test sera le budget, où les promesses de « restaurer l'espoir » affronteront l'arithmétique d'un programme de stades à 20 milliards de dollars.
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