Aller au contenu principal
Le Fil

El Mansouri dévoile le programme 2026–2031 du Maroc : sept priorités, 5 % de croissance et un contrat social en chiffres

Trois jours après l'investiture de son cabinet au Palais royal, la première femme cheffe du gouvernement du Maroc a détaillé une feuille de route chiffrée devant les deux Chambres du Parlement — du doublement de l'aide sociale directe à un plancher de retraite de 3 000 dirhams — et sollicité la confiance de la Chambre des représentants.

Fatima Ezzahra El Mansouri, première femme cheffe du gouvernement marocain, en 2026
Fatima Ezzahra El Mansouri, première femme cheffe du gouvernement du Maroc, présentant le programme gouvernemental 2026–2031 devant les deux Chambres du Parlement à Rabat le 19 octobre 2026. Photo : Magna Bureau
Publicité

Points clés

  • Ce lundi 19 octobre 2026, Fatima Ezzahra El Mansouri a présenté le programme de son gouvernement pour 2026–2031 devant les deux Chambres du Parlement réunies en séance plénière commune à Rabat — sept priorités inscrites dans les orientations royales et le Nouveau modèle de développement, adossées à une trajectoire macroéconomique chiffrée. Le Desk (19 Oct 2026) — reportage original de Lina Ibriz
  • Le programme vise une croissance moyenne de 5 % par an (2027–2031), une inflation autour de 2 %, un déficit budgétaire dans la limite de 3 % du PIB et une dette publique ramenée à près de 62 % du PIB en 2031, via l'élargissement de l'assiette fiscale, l'efficacité des dépenses et une contribution accrue des entreprises publiques. Le Desk (19 Oct 2026) ; Finances News Hebdo (19 Oct 2026)
  • L'aide sociale directe doublerait, passant de 500 à 1 000 dirhams d'ici la fin de la législature, avec une compensation automatique de l'intégralité de la facture mensuelle d'électricité (jusqu'à 100 dirhams) pour la résidence principale des ménages éligibles — sans démarche administrative. Finances News Hebdo (19 Oct 2026)
  • Retraites : un minimum de 3 000 dirhams par mois dans les différents régimes, et des pensions de veuves portées à 100 % de la pension principale du conjoint décédé ; transferts aux régions d'au moins 12 milliards de dirhams dès 2027 ; 30 % de la commande publique réservés aux PME marocaines. Finances News Hebdo (19 Oct 2026)
  • La cheffe du gouvernement a sollicité la confiance de la Chambre des représentants — en vertu de l'article 88, le gouvernement est formellement investi dès lors que la majorité absolue des 395 membres (198 voix) approuve le programme ; la coalition de quatre partis détient 207 sièges. Finances News Hebdo (19 Oct 2026) ; mcg24 (17 Oct 2026)

Ce qui s'est passé

Ce lundi 19 octobre 2026, Fatima Ezzahra El Mansouri a présenté le programme de son gouvernement pour la législature 2026–2031 devant les deux Chambres du Parlement réunies en séance plénière commune à Rabat. Désignée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI le 29 septembre comme la première femme à diriger un gouvernement dans l'histoire du Royaume, elle a articulé son action autour de sept priorités — l'État de droit, la lutte contre la corruption, la cohésion sociale, les conditions de vie, l'insertion des jeunes, les souverainetés stratégiques et le développement économique — adossées à une trajectoire macroéconomique chiffrée : une croissance moyenne de 5 % par an entre 2027 et 2031, une inflation contenue autour de 2 %, un déficit budgétaire maintenu dans la limite de 3 % du PIB et une dette publique ramenée à près de 62 % du PIB à l'horizon 2031.

Cette présentation intervient trois jours après l'investiture du cabinet de 32 membres au Palais royal de Rabat le 16 octobre — scellant la coalition de quatre partis née des élections du 23 septembre — et au lendemain de la démission de Madiha Khayr, dont le passage ministériel aura duré 48 heures. En conclusion, la cheffe du gouvernement a sollicité la confiance de la Chambre des représentants.

Ce que nous savons

Que contient le programme 2026-2031 ?

Le contrat social est le centre de gravité du programme, et il s'exprime en chiffres. L'aide sociale directe passerait de 500 à 1 000 dirhams d'ici la fin de la législature. Un mécanisme de compensation automatique couvrirait l'intégralité de la facture mensuelle d'électricité — lorsqu'elle ne dépasse pas 100 dirhams — pour la résidence principale des ménages éligibles, sans demande papier ni déplacement administratif. Une réforme progressive de l'impôt sur le revenu est annoncée pour améliorer le revenu net des salariés et encourager l'emploi déclaré.

Sur les retraites, la cheffe du gouvernement défend une réforme globale négociée avec les partenaires sociaux et économiques : le minimum des pensions principales serait progressivement relevé à 3 000 dirhams par mois dans les différents régimes, les veuves bénéficieraient d'une pension équivalant à 100 % de la pension principale due au conjoint décédé — contre 50 % aujourd'hui — avec une protection élargie aux personnes sans pension. Sur le plan territorial, les transferts financiers au profit des régions seraient portés à au moins 12 milliards de dirhams dès 2027, dans le cadre de contrats programmes entre l'État et les régions assortis d'objectifs explicites en matière d'emploi, d'investissement et de réduction des disparités.

El Mansouri annonce la criminalisation de l'enrichissement illicite, la sanction des conflits d'intérêts, le renforcement de la déclaration obligatoire de patrimoine et la pénalisation de la divulgation d'informations permettant d'obtenir des avantages indus. La commande publique ferait l'objet de mécanismes de contrôle et d'enquêtes sur les ententes dans les appels d'offres, les titulaires de marchés étant légalement tenus de consacrer 30 % de leur valeur aux PME marocaines. Pour l'amazighe, un fonds spécial de 2 milliards de dirhams et une commission ministérielle permanente suivraient son intégration dans la vie publique, avec un rapport annuel.

Publicité

L'insertion des jeunes dispose de son propre calendrier : dès 2027, un programme national assorti d'un accompagnement social territorial formerait chaque année 100 000 jeunes selon les besoins des entreprises et permettrait à environ 100 000 jeunes d'accéder à une première expérience professionnelle, l'apprentissage passerait à 150 000 à 200 000 bénéficiaires annuels. Sur les souverainetés stratégiques, le programme fixe une part supérieure à 52 % pour les renouvelables dans le mix énergétique à l'horizon 2030 parallèlement à l'offre Maroc pour l'hydrogène vert et à la feuille de route des infrastructures gazières, 1,8 milliard de mètres cubes d'eau dessalée mobilisés d'ici 2031, une part des semences nationales portée de 20 % à 50 % durant le mandat. Sur le plan diplomatique, elle a réaffirmé la priorité accordée au Sahara marocain et à l'initiative d'autonomie sous souveraineté marocaine.

Ce que nous ne savons pas

Reste inconnue la donnée la plus politiquement immédiate : la Chambre des représentants a-t-elle déjà voté la confiance au programme, et avec quel résultat ? La présentation a sollicité cette confiance ; le vote — qui requiert la majorité absolue des 395 membres, soit 198 voix contre 207 sièges pour la coalition — n'était pas rapporté dans les comptes rendus de la presse marocaine lundi après-midi. Les tranches et le calendrier de la réforme fiscale, ainsi que les mesures de recettes derrière l'équation 5 % de croissance et 3 % de déficit, restent indisponibles.

La ventilation régionale de l'enveloppe de 12 milliards de dirhams n'est pas connue non plus, pas plus que l'architecture de la réforme des marchés et des prix annoncée pour 2027. Reste aussi à savoir qui prendra le portefeuille de la formation professionnelle laissé vacant par la démission de Madiha Khayr.

Pourquoi cela compte

Pourquoi le vote de confiance est-il décisif ?

C'est le moment où le gouvernement El Mansouri cesse d'être une nomination royale pour devenir un gouvernement parlementaire. En vertu de l'article 88 de la Constitution, le programme présenté lundi doit obtenir la confiance de la Chambre des représentants à la majorité absolue de ses membres — 198 voix sur 395 — avant que l'exécutif ne soit formellement investi. Avec 207 sièges, la coalition franchit la barre sur le papier, mais le vote sera la première mesure publique de sa discipline : toute abstention ou absence dans les rangs majoritaires serait immédiatement lue comme une fissure dans l'édifice PAM–Istiqlal–USFP–PPS, au lendemain d'une démission qui a déjà testé ses réflexes de crise.

El Mansouri est la première femme à diriger un gouvernement marocain, nommée après des élections marquées par une participation de 38 % — la plus faible depuis près de vingt ans — et elle a choisi de gouverner par la promesse chiffrée : 5 % de croissance, aide sociale doublée, plancher de retraite à 3 000 dirhams. Chaque chiffre est désormais un titre de presse en puissance, pour ses partisans comme pour ses opposants.

L'analyse Magna

Il faut lire ce programme comme un instrument, pas seulement comme un discours. El Mansouri fait ce que les chefs de gouvernement marocains font rarement : elle convertit les généralités traditionnelles du discours de programme en un livre de chiffres vérifiables — 500 à 1 000 dirhams, 3 000 dirhams, 30 %, 12 milliards, 100 000 par an, 26 millions, 52 %. C'est une technique politique délibérée.

L'arithmétique budgétaire est le mur porteur du programme. Une croissance moyenne de 5 % avec un déficit de 3 % du PIB et une dette ramenée à 62 % du PIB en 2031 exige trois conditions simultanées : un élargissement de l'assiette fiscale sans hausses de taux politiquement toxiques, une contribution accrue des entreprises publiques, et des gains d'efficacité de la dépense dans le cadre de la réforme de la loi organique relative aux finances. Les orientations 2027 du Conseil des ministres — 4,7 % de croissance, 0,7 % d'inflation, déficit ramené à 3 % — suggèrent une trajectoire de départ crédible, mais le volet recettes de l'équation est la partie du programme encore écrite au crayon.

Conséquences de second ordre

Les effets de second ordre sont déjà visibles. Le doublement de l'aide sociale est désormais intégré aux anticipations des ménages : tout retard ou recalibrage sera ressenti comme une promesse rompue, non comme un ajustement technique. Les entreprises planifieront autour de la règle des 30 % de la commande publique aux PME — et autour de son application, là où les réformes marocaines de la commande publique ont historiquement vécu ou péri. l'agenda de la régionalisation avancée vient d'acquérir son premier chiffre concret.

Ce qui pourrait suivre

Trois dates structurent la suite. D'abord, le vote de confiance à la Chambre des représentants — l'investiture constitutionnelle de l'article 88 — qui confirmera si la coalition de 207 sièges vote comme un seul bloc. Ensuite, le 20 octobre, date limite de dépôt du projet de loi de finances 2027, premier document appelé à traduire en lignes budgétaires les chiffres de lundi. Enfin, la nomination d'un successeur à Madiha Khayr à la formation professionnelle et à la qualification, portefeuille vacant qui dira si la coalition a absorbé le choc de la démission express. Le Bureau suivra le vote.

Les trois prismes

Prisme Occidental:

La lecture occidentale privilégie la continuité institutionnelle et la stabilité politique. L'analyse du Monde du 17 octobre sur le cabinet — titrée que, hormis les femmes, très peu de choses changent — présentait le nouvel exécutif comme un renouvellement prudent : les portefeuilles régaliens (Intérieur, Affaires étrangères, Justice) intacts, le technocrate Fouzi Lekjaa promu aux Finances, et un tout premier ministère dédié à l'intelligence artificielle comme signal de modernisation. La presse occidentale surveillera avant tout deux choses — la résistance de l'équation 5 % de croissance et 3 % de déficit au contact du budget 2027, et la capacité de la première femme cheffe du gouvernement à convertir une percée symbolique en autorité gouvernante.

Prisme Oriental:

La lecture orientale est, honnêtement, une absence. Aucun média de l'Est — CNA, la couverture asiatique de The Hindu, NHK, Kyodo — n'a été trouvé relayant la présentation du programme : une procédure parlementaire marocaine à caractère interne, sans enjeu de grande puissance ni angle Pékin–Moscou–New Delhi, ne s'est pas inscrite à l'agenda médiatique oriental. la formation du gouvernement marocain n'est suivie à l'Est que lorsqu'elle croise la carte des grandes puissances — la course aux infrastructures de la Coupe du monde 2030, les chaînes d'approvisionnement en hydrogène vert et en phosphates, ou le dossier du Sahara marocain aux Nations unies. Si l'un de ces fils bouge, le prisme oriental réapparaîtra ; pour l'heure, le dossier constate son silence.

Prisme du Sud:

La lecture australe — la presse marocaine elle-même — place le contrat social au centre. Le Desk et Finances News Hebdo mettent en avant le pouvoir d'achat, la jeunesse et les régions : l'aide sociale doublée, la compensation automatique d'électricité, l'enveloppe régionale de 12 milliards de dirhams et le programme jeunesse sont présentés comme la réponse du texte au mécontentement qui a nourri la participation de 38 % et les mobilisations de jeunes de l'année écoulée. Le programme est lu au Maroc moins comme une rupture que comme la continuité de la doctrine stratégique du Roi — eau, énergie, alimentation, numérique — désormais traduite en un contrat chiffré et vérifiable.

Le consensus

Ce sur quoi nous nous accordons
Ce sur quoi nous sommes d'accord : le 19 octobre 2026, El Mansouri a présenté le programme gouvernemental 2026–2031 devant les deux Chambres du Parlement réunies en séance commune à Rabat ; Le Desk et Finances News Hebdo rapportent les mêmes sept priorités et les mêmes objectifs macroéconomiques — 5 % de croissance moyenne 2027–2031, inflation autour de 2 %, déficit dans la limite de 3 % du PIB, dette publique à près de 62 % du PIB en 2031.
Ce sur quoi nous ne nous accordons pas
Ce sur quoi nous ne sommes pas d'accord : l'accent. Les médias marocains placent le contrat social au centre — pouvoir d'achat, jeunesse, régions et engagements chiffrés ; la couverture occidentale du nouvel exécutif (Le Monde, 17 oct.) privilégie la continuité institutionnelle, les portefeuilles régaliens intacts et le profil technocratique du ministre des Finances Fouzi Lekjaa.
Ce que nous savons
Ce que nous savons : les engagements chiffrés tels que présentés — aide sociale de 500 à 1 000 dirhams, compensation automatique d'électricité jusqu'à 100 dirhams, plancher de retraite à 3 000 dirhams, veuves à 100 %, 30 % de la commande publique aux PME marocaines, 12 milliards de dirhams aux régions dès 2027, 26 millions de touristes visés en 2030, renouvelables au-delà de 52 % en 2030 ; la coalition de 207 sièges ; la règle de la majorité absolue de l'article 88.
Ce que nous ignorons encore
Ce que nous ne savons pas encore : si la Chambre des représentants a voté la confiance et avec quel résultat ; les tranches et le calendrier de la réforme de l'impôt sur le revenu ; les mesures de recettes derrière l'équation 5 % de croissance et 3 % de déficit ; la ventilation régionale de l'enveloppe de 12 milliards de dirhams ; qui remplacera Madiha Khayr à la formation professionnelle.
Ce que nous anticipons
Ce à quoi nous nous attendons : un vote de confiance à la Chambre des représentants confirmant — ou testant — la discipline de la coalition de 207 sièges ; le projet de loi de finances 2027 déposé d'ici le 20 octobre comme première traduction budgétaire du programme ; le portefeuille vacant de la formation professionnelle pourvu ; le programme devenant l'étalon du débat budgétaire 2027.

Questions et réponses

Que s'est-il passé à Rabat le 19 octobre 2026 ?

Fatima Ezzahra El Mansouri, désignée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI le 29 septembre comme la première femme cheffe du gouvernement du Maroc, a présenté le programme de son gouvernement pour 2026–2031 devant les deux Chambres du Parlement. Elle a détaillé sept priorités — État de droit, lutte contre la corruption, cohésion sociale, conditions de vie, insertion des jeunes, souverainetés stratégiques, développement économique — et sollicité la confiance de la Chambre des représentants en vertu de l'article 88.

Quels sont les grands objectifs économiques du programme ?

Une croissance moyenne de 5 % par an entre 2027 et 2031, une inflation contenue autour de 2 %, un déficit budgétaire maintenu dans la limite de 3 % du PIB, et une dette publique ramenée à près de 62 % du PIB en 2031. Le programme promet un élargissement de l'assiette fiscale, une plus grande efficacité de la dépense publique, et une contribution accrue des établissements et entreprises publics pour concilier croissance et discipline budgétaire.

Comment fonctionneraient les mesures de pouvoir d'achat ?

L'aide sociale directe passerait de 500 à 1 000 dirhams d'ici la fin de la législature, avec un ciblage fondé sur les revenus effectifs des ménages. Un mécanisme automatique compenserait l'intégralité de la facture mensuelle d'électricité — lorsqu'elle ne dépasse pas 100 dirhams — pour la résidence principale des ménages éligibles, sans demande papier ni déplacement administratif. Une réforme progressive de l'impôt sur le revenu et la réorganisation des filières viandes et poisson complètent ce chapitre.

Que change le programme pour les retraites ?

Une réforme globale négociée avec les partenaires sociaux et économiques relèverait progressivement le minimum des pensions principales à 3 000 dirhams par mois dans les différents régimes, élargirait la protection aux personnes sans pension, rapprocherait les droits et obligations entre régimes tout en préservant les droits acquis, et porterait les pensions de veuves à 100 % de la pension principale due au conjoint décédé, contre 50 % aujourd'hui.

Quand le gouvernement est-il officiellement investi ?

En vertu de l'article 88 de la Constitution, le gouvernement est considéré comme investi dès lors que son programme obtient la confiance de la Chambre des représentants à la majorité absolue de ses membres — 198 voix sur 395 sièges. La coalition PAM–Istiqlal–USFP–PPS détient 207 sièges, franchissant la barre sur le papier ; le vote, non encore rapporté au moment des comptes rendus de la presse de lundi après-midi, constitue le premier test public de sa discipline.

Sources

Chargement de la discussion…
Publicité