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Édition du soir

Ebola : le labo sur roues qui traque le virus

Au bord du lac Albert, un laboratoire mobile rend son verdict en une heure. Mais l'épidémie d'Ebola la plus fulgurante jamais enregistrée court toujours plus vite que la science.

Un laboratoire mobile de haute biosécurité installé en pleine nature dans l'est de la RDC, des agents de santé en combinaison de protection s'en approchent
Un laboratoire mobile de haute biosécurité installé en pleine nature dans l'est de la RDC, des agents de santé en combinaison de protection s'en approchent Photo: Magna Bureau
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Points clés

  • 8 300 cas confirmés et 4 018 morts — près de la moitié des cas confirmés — ce qui en fait la plus meurtrière des 17 épidémies d'Ebola de la RDC et la plus fulgurante jamais enregistrée. Associated Press, 1er octobre 2026
  • L'épidémie est causée par l'espèce Bundibugyo du virus Ebola ; il n'existe ni vaccin ni traitement homologué contre elle, et le vaccin Ervebo homologué vise une autre espèce. Reuters, 3 septembre 2026
  • Le laboratoire mobile de haute sécurité biologique d'IMeBIO à Kasenyi (lac Albert, frontière RDC–Ouganda), lancé le 23 juillet 2026, rend ses résultats en une heure environ pour une zone de santé de plus de 94 000 habitants. French Healthcare / IMeBIO, juillet 2026
  • Un nouveau laboratoire Ebola a ouvert à Bunia le 30 mai 2026 (OMS + INRB), réduisant le diagnostic de plusieurs jours à quelques heures ; les premières guérisons du Bundibugyo — cinq patients sortis — ont été confirmées dans la même période. OMS / ministère congolais de la Santé, mai–juin 2026
  • 100 machines de diagnostic RADI-1 déployées (CDC Afrique, Banque mondiale, OMS, GIZ) ; capacité de traitement en hausse de 40,8 % depuis juillet ; première utilisation de données de téléphonie mobile anonymisées pour prédire la propagation d'Ebola. CDC Afrique / OMS / Reuters, 2026

À un poste-frontière du lac Albert, un laboratoire de la taille d'un camion joue Ebola à son propre jeu : une heure entre le prélèvement et le verdict. Mais la flambée la plus rapide jamais enregistrée court toujours plus vite que la science censée l'arrêter.

La poussière de Kasenyi ne retombe jamais vraiment. Sur la rive congolaise du lac Albert, où les pirogues de pêche glissent devant les hangars de douane et où la frontière avec l'Ouganda est moins une ligne qu'une suggestion, la matinée commence avec des moteurs — hors-bord, motos-taxis et, depuis le 23 juillet, le bourdonnement sourd d'un laboratoire. La société française IMeBIO a installé à ce poste-frontière un laboratoire mobile de haute sécurité biologique, une unité autonome soutenue par l'Organisation mondiale de la santé et le Programme alimentaire mondial, et elle a discrètement réécrit l'arithmétique de l'épidémie dans la zone de santé de Tchomia. Un cas suspect arrive ; un prélèvement est effectué ; une heure plus tard environ, le verdict tombe. Avant l'arrivée du laboratoire, ce même échantillon devait parcourir plus de 55 kilomètres jusqu'à Bunia — trois heures sur des pistes qui méritent à peine ce nom — et la confirmation pouvait prendre jusqu'à cinq heures les bons jours. Dans une épidémie où chaque heure d'incertitude est une heure de transmission, la différence entre une heure et cinq, c'est la différence entre un foyer circonscrit et un enterrement. Plus de 20 échantillons ont été analysés dans les premiers jours de l'unité, chacun épargnant à une famille l'attente angoissante qui a défini la riposte contre Ebola depuis un demi-siècle. La zone de Tchomia compte plus de 94 000 habitants et l'un des trafics transfrontaliers les plus intenses de l'est du Congo : commerçants, pêcheurs, familles déplacées, l'or dans un sens, les marchandises dans l'autre. Le virus adore le mouvement ; le laboratoire a été conçu pour l'intercepter là où le mouvement se concentre. C'est une petite machine — un conteneur, des groupes électrogènes, une équipe en tenue de protection — mais elle incarne le changement de doctrine le plus important de cette épidémie : le laboratoire n'attend plus dans la capitale. Il va à la frontière.

Pourquoi c'est important

Les chiffres ont cessé d'être des chiffres. Le 1er octobre, les autorités sanitaires congolaises ont annoncé 4 018 morts pour 8 300 cas confirmés — près de la moitié des personnes infectées confirmées, mortes — dans ce que l'OMS et le CDC Afrique décrivent tous deux comme l'épidémie d'Ebola à la croissance la plus rapide jamais enregistrée. Le bilan a à peu près doublé toutes les quelques semaines depuis la déclaration de l'épidémie, le 15 mai. Le 3 septembre, on comptait 6 250 infections et 3 039 morts dans six provinces ; le 22 septembre, une septième province, le Sud-Ubangi, confirmait ses premiers cas, et le total grimpait à 7 794 infections et 3 761 morts. C'est la dix-septième épidémie d'Ebola de la République démocratique du Congo, et c'est déjà la plus meurtrière — en passe de dépasser l'épidémie ouest-africaine de 2014-2016, qui avait tué plus de 11 000 personnes en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone et restait jusqu'ici la pire catastrophe Ebola de l'histoire. La vitesse, c'est l'histoire. Les épidémies précédentes laissaient des mois aux équipes ; celle-ci leur a laissé des semaines. Le Dr Wessam Mankoula, responsable de la préparation et de la riposte aux urgences au CDC Afrique, l'a qualifiée d'épidémie d'Ebola à la croissance la plus rapide jamais enregistrée — pas seulement parmi les flambées à Bundibugyo, mais parmi tous les virus responsables de la maladie. Les premières semaines après la détection ont produit plus de cas confirmés que les épidémies antérieures sur la même période. C'est pour cette vélocité qu'un laboratoire monté sur camion, au bord d'un lac frontalier, compte autant qu'un essai médicamenteux : la riposte a dû avancer à la vitesse du virus, et pour la première fois, une partie d'entre elle y parvient.

Le virus voyage en pirogue, en moto et à pied ; la riposte a dû apprendre à voyager aussi vite.

Et la science censée l'arrêter fonctionne avec des outils d'emprunt. Cette épidémie est causée par l'espèce Bundibugyo du virus Ebola — une cousine plus rare du virus Zaïre responsable de la catastrophe ouest-africaine — et il n'existe ni vaccin homologué ni traitement homologué contre elle. Aucun. Le vaccin Ervebo, héros de l'épidémie de 2018-2020 dans l'est du Congo, a été conçu pour un autre virus ; sa protection croisée éventuelle contre le Bundibugyo reste, dans le langage prudent des essais, non confirmée. Cela n'a pas empêché son utilisation : le 19 septembre, la RDC a commencé à vacciner les soignants à Bunia et Mongbwalu, les zones de l'épicentre, dans une campagne qui devrait couvrir 20 000 agents de première ligne en six à neuf mois — un test de protection croisée mené grandeur nature sur les corps des plus exposés. Les vrais candidats vaccins — un Ad26.ZEBOV modifié pour le Bundibugyo, un vaccin à vecteur MVA-BN, un candidat à ARN messager — sont entrés en phases 2 et 3 en avril 2026, avec un déploiement possible au plus tôt en octobre. Les soignants ont payé le plus lourd tribut à ce vide : fin août, 155 avaient été infectés et 45 étaient morts, une létalité proche de 29 %, et les survivants ont fait grève à plusieurs reprises, se rassemblant à Bunia avec des pancartes « Pas d'argent, pas de données ! » — des agents de surveillance réclamant des mois de salaires impayés, dispersés par les autorités. À Kigonze, en périphérie de Bunia, des soldats à la recherche d'armes ont incendié un centre de transit pour patients infectés, forçant 19 000 personnes du camp environnant à fuir. L'épidémie se combat sur deux fronts, et un seul est le virus.

Comment on en est arrivé là

Le virus circulait probablement dès janvier ou février 2026 à Mongbwalu, ville minière aurifère de l'Ituri où l'économie tourne au mouvement — les mineurs entrent, l'or sort, les commerçants vont et viennent. Quand l'épidémie a été déclarée le 15 mai, elle avait une avance comptée en mois, pas en jours ; l'OMS l'a classée urgence de santé publique de portée internationale en 48 heures, avant même la réunion d'un comité d'urgence. La riposte a commencé, comme toujours, par le plus vieux goulot d'étranglement de la science des épidémies : le diagnostic. Le 30 mai, un nouveau laboratoire Ebola a ouvert à Bunia, capitale de l'Ituri, construit par l'OMS avec l'Institut national de recherche biomédicale congolais, l'INRB — réduisant la confirmation de plusieurs jours à quelques heures. La même semaine, un nouveau centre de traitement de Bunia accueillait ses premiers patients, et le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, confirmait les premières guérisons de la souche Bundibugyo : cinq patients sortis vivants, la première preuve que ce virus pouvait être survécu avec des soins. En juillet, la montée en puissance est devenue industrielle. Cent machines de diagnostic RADI-1 ont été déployées par le CDC Afrique, la Banque mondiale, l'OMS et l'agence allemande GIZ ; 48 unités soutiennent désormais les tests décentralisés, avec trois laboratoires supplémentaires à Bawele. Le débit des laboratoires, d'environ 30 tests par jour à Kinshasa, a dépassé les 2 000 par jour dans le réseau décentralisé. La capacité de traitement a augmenté de 40,8 % depuis juillet ; début juillet, on comptait environ 700 lits dans 22 centres de traitement, occupés à près de 90 %, avec 300 lits supplémentaires prévus. La machine se construisait pendant que l'incendie brûlait déjà.

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La géographie de la riposte n'a cessé de s'élargir parce que le virus, lui, s'élargissait. Le 6 août, les autorités sanitaires ont intercepté une embarcation de 200 personnes en route vers Kinshasa après le décès d'un passager présentant des symptômes évocateurs d'Ebola — le bateau a été stoppé à Maluku, à 65 kilomètres d'une capitale de 17 millions d'habitants, et un laboratoire mobile a été déployé pour tester tous les passagers. Deux semaines plus tard, la RDC lançait l'opération « Fleuve Congo sans Ebola » : 9 millions de dollars de financement onusien via OCHA, trois mois de surveillance renforcée dans les ports et sur les voies fluviales, des systèmes d'alerte communautaires et des laboratoires mobiles capables d'opérer sur le fleuve lui-même — parce que le fleuve Congo est une autoroute, et que les autoroutes transportent les virus. La Communauté d'Afrique de l'Est déploie neuf laboratoires mobiles aux points frontaliers de ses États membres, de Beni au Nord-Kivu au poste de Busia au Kenya ; l'indien Molbio a expédié des kits PCR portables Truenat qui détectent le Bundibugyo en une heure environ ; l'Ouganda, qui a enregistré 20 cas confirmés, a bouclé 42 jours sans nouveau cas et a été déclaré libéré de l'épidémie le 28 juillet, avant d'acheter son propre laboratoire mobile à 1,87 milliard de shillings pour tenir la ligne. À travers tout cela, l'argent a pris du retard sur l'ambition : en juillet, l'OMS demandait 115 millions de dollars et n'en avait reçu que 32 %. La riposte est une merveille d'improvisation bâtie sur un trou de financement.

La lecture en 5D

Relue à travers les cinq dimensions, l'épidémie cesse de ressembler à un événement purement médical. Géopolitique : le virus se propage dans une zone de guerre. Le transport des échantillons depuis les zones contrôlées par le groupe armé M23 prend de 24 à 72 heures — deux à trois jours pendant lesquels un échantillon se dégrade et une liste de contacts refroidit. Des soldats ont incendié un centre de transit de patients en cherchant des armes. Des soignants en grève pour salaires impayés ont été dispersés par les autorités. Chaque gain diagnostique des laboratoires mobiles doit se négocier à travers barrages, camps de déplacés et politique des armes ; l'épidémiologie, ici, est un sous-ensemble de la sécurité. Macroéconomie : l'économie de l'Ituri, c'est l'or et le commerce, et les deux fonctionnent au mouvement. Olivier Le Polain, de l'OMS, l'a dit sans détour : « Les mouvements de population en Ituri liés aux activités minières et au commerce sont très importants. Comprendre ces mouvements est crucial pour comprendre la propagation de l'épidémie. » La Banque mondiale finance la riposte via son projet de préparation aux urgences sanitaires et gère un programme distinct de 555 millions de dollars pour la nutrition et la santé, qui protège les services maternels, néonatals et de vaccination dans plus de 3 500 structures — parce qu'une épidémie d'Ebola qui fait s'effondrer les soins courants tue deux fois. Démographie : les 94 000 habitants de la zone de Tchomia vivent sur l'un des corridors transfrontaliers les plus fréquentés de la région ; le camp de Kigonze abritait 19 000 personnes avant l'incendie ; l'embarcation interceptée à Maluku en transportait 200. C'est une population jeune, mobile, commerçante — le profil démographique exact qui défait les dispensaires statiques et récompense les laboratoires sur roues.

Profondeur historique : c'est la dix-septième épidémie d'Ebola de la RDC, et elle a commencé à peine cinq mois après la fin de la précédente. Le Congo connaît cette maladie mieux que n'importe quel pays au monde — recherche des contacts, inhumations sécurisées, engagement communautaire, tout y a été affiné — et pourtant le virus a distancé le manuel, parce que le manuel avait été écrit pour l'espèce Zaïre et que l'ennemi, cette fois, s'appelle Bundibugyo, avec d'autres diagnostics et aucun vaccin. Le triomphe d'Ervebo en 2018-2020 est devenu un piège : un vaccin homologué qui ne convient pas tout à fait, déployé sur de l'espoir et des données de protection croisée qui n'existent pas encore. Tendances structurelles : l'héritage durable de cette épidémie sera infrastructurel. Le test décentralisé est désormais une doctrine — une confirmation comptée en heures, pas en jours, à la frontière plutôt que dans la capitale. Pour la première fois dans une riposte contre Ebola, les autorités sanitaires utilisent des données de téléphonie mobile anonymisées pour cartographier les mouvements de population et prédire la trajectoire du virus, une technique qui, selon Olivier Le Polain de l'OMS, offre « une compréhension plus nuancée du risque » que l'ancienne méthode consistant à supposer que le virus gagne les zones voisines. La chaîne diagnostique elle-même est le champ de bataille : les amorces PCR conçues pour le virus Zaïre sont peut-être moins sensibles pour le Bundibugyo, les tests rapides ne détectent que 70 à 80 % des cas, et chaque faux négatif est une chaîne de transmission qui commence dans l'invisible. Les machines gagnent du terrain. La biologie ne coopère pas.

La question du vaccin est le point de collision de la science, de l'argent et de l'éthique. Trois candidats spécifiques au Bundibugyo sont en lice — un Ad26.ZEBOV modifié, un vaccin à vecteur MVA-BN et un candidat à ARN messager — tous en phases 2 et 3 depuis avril 2026, avec octobre comme date de déploiement la plus précoce possible. Ce calendrier a été fixé avant l'explosion de l'épidémie ; il supposait une flambée contenue et un recrutement ordonné des essais, pas 8 300 cas, des soignants en grève et des centres de traitement en flammes. Les régulateurs font face à un choix brutal : autoriser un vaccin sur le terrain avec des données d'essai intermédiaires, ou attendre des résultats définitifs pendant que le bilan dépasse les 4 000 morts. La campagne Ervebo déjà en cours à Bunia et Mongbwalu est la répétition générale de ce dilemme — 20 000 agents de première ligne recevant un vaccin conçu pour un autre virus, à la protection contre le Bundibugyo non prouvée, parce que l'alternative était de les laisser sans rien. Certains éthiciens y voient la seule option défendable ; d'autres, une expérimentation menée sur les personnes les plus exposées du pays — et les deux camps ont raison, ce qui en fait un dilemme plutôt qu'une décision. Le scandale plus profond est antérieur à cette épidémie : l'espèce Bundibugyo est connue de la science depuis 2007, et en dix-neuf ans aucun vaccin homologué n'a été développé, parce que le marché d'un vaccin contre un virus qui tue des Africains pauvres n'a jamais atteint le seuil de la rentabilité. Les candidats en essai existent parce que cette épidémie a rendu le Bundibugyo impossible à ignorer — autant dire qu'ils ont été construits sur les corps des 4 018 morts. Pendant ce temps, l'arithmétique du financement parle d'elle-même : l'appel de 115 millions de dollars de l'OMS n'était financé qu'à 32 % en juillet, et les soignants faisaient encore grève en octobre pour des salaires impayés — les équipes de surveillance qui retrouvent les contacts, les équipes d'inhumation qui empêchent les funérailles de devenir des événements de transmission. Une riposte qui ne peut pas payer son propre personnel n'est pas une riposte ; c'est un communiqué de presse avec des véhicules. Et les soins courants flanchent déjà : la vaccination contre la rougeole a été perturbée dans au moins une zone touchée, la classique seconde vague de mortalité où des enfants meurent de maladies évitables parce que chaque infirmier combat Ebola. Le schéma est connu depuis l'Afrique de l'Ouest en 2014, et il se répète pour la plus vieille raison de la santé mondiale : l'argent qui l'empêcherait n'arrive jamais à temps.

Ce qu'il faut surveiller

Octobre est le mois charnière. Les candidats vaccins spécifiques au Bundibugyo — l'Ad26.ZEBOV modifié, le vaccin à vecteur MVA-BN, le candidat à ARN messager — sont en phases 2 et 3 depuis avril, et le déploiement le plus précoce possible tombe maintenant. Que les régulateurs et les comités d'éthique autorisent ou non un vaccin sur le terrain avec les seules données d'essai, et que les soignants acceptent ou non une troisième injection différente après la campagne Ervebo, cela façonnera l'hiver. Surveillez le chiffre de la recherche des contacts : en juillet, plus de 10 000 contacts étaient suivis avec un taux de complétude de 82 %, loin des 95 % exigés par l'OMS pour le confinement — cet écart de 13 points, c'est là que vit le virus. Surveillez l'argent : 32 % des 115 millions demandés étaient arrivés en juillet, et les soignants faisaient encore grève en octobre pour des salaires impayés. Surveillez le fleuve : l'interception de Maluku a montré à quel point le virus s'était approché des 17 millions d'habitants de Kinshasa, et l'opération fleuve Congo ne dure que trois mois. Surveillez les soins courants : la vaccination contre la rougeole a déjà été perturbée dans au moins une zone touchée, la classique seconde vague de mortalité de chaque épidémie d'Ebola. Et surveillez les laboratoires — l'unité IMeBIO de Kasenyi, le hub de Bunia, les neuf laboratoires frontaliers de la CAE, les unités fluviales. Ils sont la fine ligne bourdonnante entre une épidémie contenue et une épidémie continentale. Le virus voyage en pirogue, en moto et à pied. Enfin, la réponse apprend à voyager aussi vite.

Prisme occidental

Du point de vue occidental de la santé publique, cette épidémie est un test de résistance de l'architecture de préparation post-Covid — et elle en révèle les failles. L'appel de 115 millions de dollars de l'OMS n'a été financé qu'à 32 % ; les soignants ont fait grève pour des mois de salaires impayés ; les candidats vaccins spécifiques au Bundibugyo, entrés en phases 2 et 3 en avril, pourraient ne pas être déployés avant octobre. Le système sait concevoir les outils mais ne sait ni les financer ni les livrer à la vitesse du virus. La campagne Ervebo de protection croisée — vacciner 20 000 soignants avec un sérum conçu pour un autre virus — est défendue à Genève comme la seule option éthique disponible et dénoncée par ses critiques comme une expérimentation non consentie menée sur des corps africains.

Les régulateurs occidentaux présenteront la décision vaccinale d'octobre comme un triomphe de la science accélérée ; les cliniciens africains demanderont pourquoi des candidats spécifiques au Bundibugyo n'étaient pas prêts depuis des années, alors que l'espèce est connue depuis 2007. La doctrine du laboratoire mobile — Kasenyi, les neuf unités frontalières de la CAE, les laboratoires fluviaux — sera célébrée comme une innovation ; la lecture occidentale honnête y verra une innovation sous contrainte, un contournement pour des systèmes de santé que ces mêmes institutions ont sous-financés pendant des décennies. L'arithmétique gênante demeure : l'argent de la préparation arrive après le début des morts, jamais avant.

Prisme oriental

La focale orientale lit cette épidémie comme une histoire de souveraineté. Le ministère congolais de la Santé dirige la riposte depuis le centre des opérations d'urgence de Kinshasa ; l'INRB a co-construit le laboratoire de Bunia ; les autorités congolaises ont intercepté l'embarcation de Maluku et lancé l'opération fleuve Congo avec un financement catalytique onusien. Le cadrage des médias d'État régionaux traite les laboratoires mobiles pour ce qu'ils sont : des actifs logistiques dans une campagne pilotée par l'État, pas de la charité. La Communauté d'Afrique de l'Est qui déploie neuf laboratoires à ses propres frontières, c'est l'autonomie régionale en actes — cette capacité Sud-Sud que la presse occidentale centre rarement.

De ce point de vue, le fait marquant n'est pas la générosité occidentale mais son arithmétique : 115 millions demandés, un tiers versé, pendant que les institutions africaines — CDC Afrique, CAE, INRB — font le travail. L'épidémiologie par données téléphoniques et le déploiement des RADI-1 montrent une riposte de plus en plus conçue dans la région, pour la région. La lecture orientale est sans sentimentalisme : les épidémies prennent fin quand les États et les régions peuvent détecter et soigner sans attendre le cycle de financement de Genève, et cette épidémie construit exactement cette machinerie.

Prisme du Sud global

Pour le Sud global, l'épidémie du Bundibugyo est la facture d'un ordre sanitaire mondial qui développe des vaccins contre les virus qui menacent le Nord et improvise pour les autres. Le Bundibugyo est connu depuis 2007 ; il n'existe toujours aucun vaccin homologué, parce que le marché ne l'a jamais exigé. La RDC — 17 épidémies, la plus profonde expertise Ebola de la planète — est une fois de plus le terrain où les outils du monde sont testés : la protection croisée d'Ervebo essayée sur les bras de 20 000 soignants congolais, des vaccins en essai déployés là où l'on meurt. Le schéma est ancien ; seule l'espèce est nouvelle.

Mais la focale du Sud voit aussi de l'agentivité, pas seulement du grief. L'Ouganda a contenu ses 20 cas et a été déclaré libéré en 42 jours. La CAE construit son propre bouclier de laboratoires frontaliers. L'unité de Kasenyi, le hub de Bunia, les laboratoires fluviaux — ce sont des actifs construits par des Africains et leurs partenaires, qui resteront sur le sol africain après le départ des caméras. L'exigence, de ce point de vue, est limpide : financez les 115 millions, payez les soignants, et quand le vaccin contre le Bundibugyo arrivera enfin, qu'il soit fabriqué là où sévissent les épidémies.

Le consensus

Ce sur quoi nous nous accordons
Ce sur quoi nous sommes d'accord : c'est l'épidémie d'Ebola à la croissance la plus rapide jamais enregistrée, causée par l'espèce Bundibugyo, contre laquelle n'existe ni vaccin ni traitement homologué — et la riposte s'est déployée plus loin et plus vite que lors de toute épidémie précédente en RDC.
Ce sur quoi nous ne nous accordons pas
Ce sur quoi nous ne sommes pas d'accord : déployer Ervebo — conçu pour une autre espèce d'Ebola, à la protection croisée non prouvée — sur 20 000 soignants, est-ce une protection pragmatique ou une expérimentation ; et la flambée des cas reflète-t-elle la propagation réelle ou simplement une meilleure détection.
Ce que nous savons
Ce que nous savons : le test décentralisé a réduit la confirmation de plusieurs jours à une heure environ sur des sites comme Kasenyi ; les premières guérisons du Bundibugyo prouvent que la survie est possible avec des soins ; les laboratoires mobiles fonctionnent là où les routes n'existent pas.
Ce que nous ignorons encore
Ce que nous ne savons pas encore : la létalité réelle, brouillée par le biais de dépistage ; si un vaccin pourra être déployé en octobre ; jusqu'où la cartographie des mobilités par données téléphoniques peut réellement devancer le virus.
Ce que nous anticipons
Ce à quoi nous nous attendons : le bilan continuera de grimper avant tout retournement ; le corridor du fleuve Congo et la septième province domineront l'automne ; et la décision vaccinale d'octobre sera le pivot de toute la riposte.

Sources

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