À Ankara, les deux dirigeants ont signé un plan d’action triennal couvrant le commerce, la défense, l’énergie et les liens entre les peuples — avec un premier objectif : porter le commerce bilatéral de 3 à 5 milliards de dollars, et la promesse que cette élévation « ne restera pas lettre morte ».
Publié le 22 octobre 2026 · 17:20 GMT
À Ankara, les deux dirigeants ont signé un plan d’action triennal couvrant le commerce, la défense, l’énergie et les liens entre les peuples — avec un premier objectif : porter le commerce bilatéral de 3 à 5 milliards de dollars, et la promesse que cette élévation « ne restera pas lettre morte ». Jeudi 22 octobre 2026 à Ankara, Mark Carney et Recep Tayyip Erdoğan ont annoncé l’élévation des relations bilatérales au rang de partenariat stratégique, assorti d’un plan d’action triennal.
Jeudi 22 octobre 2026, le Premier ministre canadien Mark Carney et le président turc Recep Tayyip Erdoğan ont annoncé à Ankara, à l’issue d’entretiens bilatéraux et inter-délégations, l’élévation des relations Canada-Turquie au rang de partenariat stratégique, assorti d’un plan d’action triennal. Erdoğan y a vu le résultat le plus important du jour ; Carney — en visite bilatérale, une première pour un Premier ministre canadien — a répondu : « Il y a beaucoup de choses que la Turquie et le Canada peuvent faire ensemble. Vous pouvez faire confiance au Canada comme partenaire. »
La déclaration conjointe a présenté ce moment comme une nécessité : « Dans un environnement de sécurité mondial de plus en plus complexe, un partenariat Canada-Turquie solide et résilient est essentiel, offrant un socle pour atténuer les menaces communes et saisir de nouvelles opportunités. » Quatre piliers : commerce et investissement ; défense et sécurité ; énergie ; liens entre les peuples.
Erdoğan a fourni le chiffre : le commerce bilatéral, d’environ 3 milliards de dollars, passerait « à 5 milliards dans un premier temps, puis à 10 milliards ». Protocoles de défense signés, vols doublés entre les deux pays, et promesse que l’étiquette « ne restera pas lettre morte ». « Nous avons aujourd’hui surmonté la déconnexion qui persistait depuis de nombreuses années entre la Turquie et le Canada, a-t-il déclaré. Nous lançons maintenant une nouvelle ère entre la Turquie et le Canada. »
Sur le commerce, les dirigeants ont convenu de « travailler à la conclusion réussie d’un accord de libre-échange Canada-Turquie » et d’élargir commerce et investissements dans l’énergie, la défense, l’aérospatiale et l’IA. Premier cycle de pourparlers à Ankara le mois prochain. Le chantier n’est pas nouveau : les négociations avaient été lancées le 7 juillet 2026 en marge du sommet de l’OTAN à Ankara.
Sur la défense et la sécurité, la déclaration « souligne leur intention d’approfondir la coopération bilatérale et multilatérale » — euro-atlantique, Ukraine, Caucase du Sud, Moyen-Orient, « en particulier à Gaza ». Les protocoles signés avant la conférence de presse en sont les premiers instruments écrits — contenu non publié. La mention de Gaza relie le partenariat au dossier brûlant de la région — celui d’l’appel du Qatar et de la France à un vrai cessez-le-feu à Gaza, lancé quelques jours plus tôt — et la dimension industrielle de défense fait écho à le pacte de défense « Badr » signé à Doha entre la Turquie, le Qatar, le Pakistan et l’Indonésie.
Côté énergie : GNL, nucléaire et minéraux critiques au programme des ministres. La Turquie étudie le CANDU canadien pour ses deuxième et troisième centrales — la première est construite par le russe Rosatom — et AtkinsRealis a confié à Reuters qu’Ankara achevait un premier examen du modèle canadien.
L’étiquette elle-même, qui déverrouille la machinerie ministérielle ; le cycle commercial de novembre à Ankara ; les protocoles de défense fraîchement signés ; et l’étape istanbuliote de Carney auprès des chefs d’entreprise turcs — le débat mondial sur l’essor de l’IA est la toile de fond de tous les gouvernements — et les mines. Le pilier humain commence par le doublement des vols : concret et vérifiable.
Contenu, valeur et calendrier des protocoles de défense restent confidentiels — la « nouvelle ère » est une enveloppe signée. Les objectifs de 5 puis 10 milliards de dollars n’ont ni date ni mécanisme : le commerce bilatéral atteignait 4,34 milliards de dollars canadiens (environ 3,05 milliards de dollars américains) en 2025, soit moins de 0,3 % du commerce total du Canada — l’objectif de 10 milliards suppose donc de tripler un flux aujourd’hui marginal. L’accord de libre-échange n’a aucune date de conclusion : « travailler à la conclusion réussie » est le langage du processus. Et le plan triennal n’est pas publié : les critères du jugement de 2029 n’existent pas.
Rien dans cette visite ne concerne la seule Turquie. Carney mène une offensive commerciale assumée contre la guerre commerciale américaine — droits de douane de Donald Trump, représailles canadiennes, souveraineté contestée — et a promis de doubler le commerce hors États-Unis en une décennie, après l’effondrement des pourparlers avec Washington en août. Comme l’a dit à Reuters Bessma Momani, de l’Université de Waterloo : « Ce voyage relève de la nécessité géopolitique de signaler aux Américains que nous n’attendons pas les bras croisés. »
La Turquie est un choix délibéré : allié de l’OTAN, économie du G20, puissance industrielle de défense en essor, dont l’équilibrisme — centrale russe, discussions avec des fournisseurs canadiens, sud-coréens et chinois pour les suivantes — reflète la doctrine d’Ottawa : traiter avec tout le monde. En juillet, la Turquie a rejoint comme membre fondateur la Banque de sécurité et de résilience pour la défense proposée par le Canada — le véhicule multilatéral de Carney pour financer la défense entre puissances moyennes.
L’économie est modeste ; la géométrie est l’essentiel. Un Canada fort d’un partenariat stratégique sur le flanc sud-est de l’OTAN a des options. Qu’elles deviennent des contrats : c’est l’examen des trois prochaines années.
Référence : le rapport de l’Institut canadien des affaires mondiales — en une décennie, le Canada fut tour à tour fournisseur, sanctionneur puis client potentiel du programme de drones turc. La rupture — les contrôles canadiens sur les optiques des drones turcs — fut tue à dessein lors de la réinitialisation de janvier 2024, dans le marché qui scella l’entrée de la Suède dans l’OTAN. Ottawa a resserré son contrôle — notification de toute réexportation hors alliance — sans régler le différend. L’avertissement du rapport plane sur la cérémonie : laisser la rupture tue, c’est confier la relation à la bonne volonté. Une coopération assemblée dossier par dossier ne dure que si les parties écrivent des termes qui survivent aux circonstances.
Parce que la Turquie est le seul allié de l’OTAN qui achète à tout le monde sans sermonner personne : un marché où les entreprises canadiennes vendent sans les coûts politiques du marché américain, sur une scène que Washington ne peut ignorer. La phrase de Carney — « Vous pouvez faire confiance au Canada comme partenaire » — visait autant les Américains que les Turcs présents. Le risque, noté jusque dans le reportage de Reuters avant la visite, est celui qu’Ottawa a tu : les puissances occidentales se sont faites discrètes sur le bilan turc des droits à mesure que son industrie de défense montait. Les partenariats bâtis sur le silence ont leur propre périssabilité — et le silence, cette fois, est bilatéral.
Gagnants : l’aérospatiale, les mines et l’IA canadiennes ; AtkinsRealis et son examen CANDU ; les exportateurs turcs de défense ; les compagnies si les vols doublent. Observateurs : Moscou — Rosatom construit la première centrale pendant qu’un rival canadien vise les deux suivantes ; Washington, lisant chaque diversification comme un verdict sur ses droits de douane ; le Golfe, où le pacte de défense « Badr » signé à Doha montre qu’Ankara collectionne les partenariats comme d’autres États les sommets.
Coûts politiques et diffus : la crédibilité d’Ottawa sur les droits humains, déjà amincie par la levée des contrôles en 2024, s’amincit à chaque répression tue. La « conclusion réussie » de l’accord imposera un jour la conversation difficile — agriculture, normes, marchés publics — que les pourparlers exploratoires évitent. Et le pilier IA éprouvera des régimes de contrôle des exportations que les deux gouvernements écrivent encore, sur fond de le débat mondial sur l’essor de l’IA.
Novembre 2026 : premier cycle de pourparlers commerciaux à Ankara — premier livrable vérifiable de la « nouvelle ère ». Avant cela, l’étape istanbuliote de Carney auprès des chefs d’entreprise turcs. Le chantier des ministres de l’énergie attend son mandat. Les protocoles de défense, non publiés, seront jugés à la première annonce de contrat — ou à son absence. Et le langage sur Gaza, l’Ukraine et le Caucase du Sud sera éprouvé quand ces crises exigeront plus qu’un communiqué ; l’appel du Qatar et de la France à un vrai cessez-le-feu à Gaza reste le fil sous tension de la région, et les deux dirigeants y ont apposé leurs noms.
Ouest : le récit de la diversification d’Ottawa, raconté face à Washington Via Reuters, le fil occidental a cadré la visite comme l’offensive de Carney pour réduire la dépendance aux États-Unis — première visite bilatérale d’un dirigeant canadien, quatre axes, moins de 0,3 % du commerce. L’analyse canadienne creuse le passif : l’Institut canadien des affaires mondiales retrace une décennie où le Canada fut tour à tour fournisseur, sanctionneur puis client du programme de drones turc — et rappelle que la réinitialisation de janvier 2024 a laissé la rupture tue. La lecture occidentale voit Ottawa gérer son problème américain via Ankara, et demande si les protocoles écrivent les termes que la seule bonne volonté n’a pu tenir.
Est : pas encore de plume orientale — un dossier que la région observe Aucun média d’Asie de l’Est n’avait relaté le partenariat au moment de la publication — pour l’heure une affaire Ankara-Ottawa. La lecture orientale est donc une analyse : Pékin et Séoul courtisent Ankara sur le nucléaire — la State Power Investment Corporation chinoise face à la sud-coréenne KEPCO pour les deuxième et troisième réacteurs. Un axe de défense Ottawa-Ankara, un examen CANDU en cours et un chantier d’accord canado-turc sont des données que chaque capitale asiatique aux ambitions nucléaires consignera.
Sud : Ankara lit une nouvelle ère ; les autres lisent la méthode La presse turque a repris mot pour mot le cadrage d’Erdoğan — « nouvelle ère », 5 puis 10 milliards, protocoles signés, vols doublés — et TRT World le jalon de la première visite bilatérale d’un Premier ministre canadien. Le Times of India a lu la méthode : protocoles, siège fondateur dans la banque de défense de Carney, dégel de 2024 — un modèle de couverture des puissances moyennes contre les droits de douane. Al Jazeera a repris intégralement le langage de la déclaration sur Gaza, l’Ukraine et le Caucase du Sud — les paragraphes qu’on ressortira face aux deux dirigeants quand ces crises exigeront plus que des mots.
C’est une élévation formelle de la relation, pas un traité : elle crée une machinerie ministérielle permanente, des consultations régulières et — ici — un plan d’action triennal à piliers nommés. L’étiquette signale que les deux capitales se traitent en partenaires prioritaires sur le commerce, la défense et l’énergie. Seuls les livrables en prouveront la valeur.
Modeste : 4,34 milliards de dollars canadiens (environ 3,05 milliards de dollars américains) de commerce bilatéral en 2025, soit moins de 0,3 % du total canadien — contre quelque 1 000 milliards avec les États-Unis. Mais il a crû de près de 50 % en cinq ans. Le Canada exporte surtout lentilles, aéronefs et électronique ; il importe dispositifs médicaux, navires de pêche, moteurs d’avion et bijouterie.
Le 7 juillet 2026, en marge du sommet de l’OTAN à Ankara, les deux dirigeants avaient lancé les négociations d’un accord de libre-échange Canada-Turquie complet, après des discussions exploratoires ouvertes par leurs ministres à Ottawa en juin. Le même mois, la Turquie avait rejoint la Banque de sécurité et de résilience pour la défense proposée par le Canada comme membre fondateur.
Ottawa avait imposé des contrôles sur les exportations d’armes vers la Turquie, notamment sur les technologies optiques des drones turcs exportés dans le monde entier. Les contrôles ont été levés en janvier 2024 dans le marché d’alliance qui scella l’entrée de la Suède dans l’OTAN, avec de nouvelles conditions canadiennes sur la réexportation. Le différend initial n’a jamais été vraiment soldé.
Le premier jalon vérifiable est le premier cycle de pourparlers commerciaux à Ankara en novembre 2026, après les rencontres d’affaires de Carney à Istanbul. Puis : le mandat du chantier des ministres de l’énergie (GNL, nucléaire, minéraux), la publication — ou non — du contenu des protocoles de défense, et la première annonce de contrat de défense.