Une enquête du New York Times affirme que David Milstein, proche conseiller de l’ambassadeur Mike Huckabee, a censuré, retardé ou réécrit les câbles de l’ambassade américaine sur les colonies de Cisjordanie, la violence des colons et l’aide à Gaza — dont un rapport sur neuf citoyens américains tués depuis 2022. Huckabee qualifie ces accusations de « farce ».
Publié le 17 octobre 2026 · 19:55 GMT
Le 17 octobre 2026, Al Jazeera a posé une question directe : l’ambassade américaine à Jérusalem est-elle là pour Israël, ou pour l’Amérique ? Al Jazeera (17 oct. 2026) La question faisait suite à une enquête publiée neuf jours plus tôt par le New York Times, selon laquelle les rapports de l’ambassade à Washington seraient filtrés par un assistant politique — dont un examen détaillé de la mort de neuf citoyens américains tués en Cisjordanie occupée depuis 2022. Quds News Network (8 oct. 2026)
David Milstein, 36 ans, est conseiller principal de l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee et son chef de cabinet de fait à l’ambassade de Jérusalem depuis avril 2025. Beau-fils de Mark Levin, animateur de Fox News et allié de Trump et Netanyahu, il détient une habilitation top secret américaine. Son parcours traverse le Washington républicain. Huckabee lui a confié une large supervision des dossiers Cisjordanie et Gaza — et, selon une douzaine de personnes qui le côtoient à Jérusalem et à Washington, il s’en serait servi pour censurer ou retoucher des câbles sur l’expansion illégale des colonies, les attaques de colons, la mort de citoyens palestino-américains et la distribution meurtrière de l’aide à Gaza.
Le Times dit avoir interrogé une quinzaine de responsables américains et neuf anciens diplomates, et examiné des dizaines de documents internes. Les sources, anonymes par crainte de représailles, disent parler par inquiétude : Washington recevrait une image déformée des actions israéliennes.
L’accusation la plus grave concerne les neuf Américains. Après la mort en février de Nasrallah Abu Siyam, 19 ans, abattu par un colon alors qu’il défendait le bétail de son village, 30 membres du Congrès, conduits par le sénateur Chris Van Hollen, ont écrit au secrétaire d’État Marco Rubio. Le rapport détaillé achevé en mars concluait, selon le Times, que les enquêtes israéliennes n’avaient guère avancé, que certains dossiers étaient classés et que personne n’avait été inculpé. The Cradle (8 oct. 2026) Milstein aurait plaidé pour une simple lettre assurant qu’Israël gérait les dossiers. La lettre du Département d’État du 4 mai à Van Hollen a occulté ces conclusions, invoquant la coopération sécuritaire avec Israël en temps de guerre. « Sans responsabilité, on met en danger davantage de citoyens américains », a déclaré Van Hollen.
Les neuf morts, selon les archives du Congrès et la presse : Shireen Abu Akleh, journaliste palestino-américaine d’Al Jazeera abattue à Jénine en mai 2022 ; Omar Assad ; Tawfic Abdel Jabbar, 17 ans ; Mohamed Ahmad Alkhdour, 17 ans ; Aysenur Ezgi Eygi, abattue par un soldat israélien en septembre 2024 ; Amer Mohammad Saada Rabee, 14 ans ; Khamis Rabee Jabara ; Sayfollah « Saif » Musallet, battu à mort par des colons en juillet 2025 ; et Nasrallah Abu Siyam, 19 ans. Huit étaient des Palestino-Américains, un turco-américain — tous citoyens américains. St. Kitts Gazette (29 sept. 2026)
Le Times décrit le même schéma ailleurs. Fin mars, au plus fort de la guerre avec l’Iran, Israël a approuvé plus de colonies en une seule décision que jamais ; la note urgente des diplomates — avertissant d’un possible franchissement de la ligne rouge de Trump contre l’annexion The Jerusalem Post (8 oct. 2026)— n’a jamais atteint Washington. Au printemps, face à la flambée des violences de colons, un projet concluant à l’inaction israélienne a été remplacé par un câble, vu par le Times, vantant la « répression » israélienne. Été 2025 : après la mort de dizaines de Palestiniens près des sites de la Fondation humanitaire pour Gaza, un câble avertissant d’un processus chaotique risquant de nouveaux « événements à victimes de masse » a été réécrit par Milstein pour proclamer le succès de l’opération. Milstein a exigé de valider les communications de la section des affaires palestiniennes ; la production est tombée de plusieurs câbles par semaine à quelques-uns par mois — certains diplomates cessant d’écrire. La violence, elle, continue : des colons masqués attaquent toujours les récoltants palestiniens — des cueilleurs d’olives et provoqué des protestations diplomatiques européennes après l’attaque d’un convoi de diplomates.
Reste non établie la question décisive : ces rapports filtrés ont-ils modifié une décision réelle à Washington ? Les sources du Times avertissent qu’une information déformée pourrait fausser les décisions, mais aucune n’a publiquement relié un résultat précis à un câble censuré. On ignore aussi ce que l’ambassadeur Huckabee savait personnellement : selon les responsables cités, Milstein agissait parfois seul, parfois avec l’ambassadeur, qui l’aurait aussi rappelé à l’ordre — une ambiguïté que l’ambassade n’a pas levée. Le texte intégral de l’examen de mars n’a pas filtré : ses conclusions reposent sur les dires des responsables. On ignore si le Congrès imposera la publication du rapport, et si un contrôle formel — inspection générale, audition sous serment — suivra.
Les câbles diplomatiques sont le système nerveux sensoriel de la politique étrangère américaine : c’est par eux que Washington voit ce qu’il ne peut observer, et sur eux que reposent aide militaire, sanctions et coopération sécuritaire. Si l’ambassade d’un des postes les plus sensibles des États-Unis, comme l’affirme l’enquête, retouchait la réalité avant qu’elle n’atteigne les décideurs — vantant des répressions inexistantes selon ses diplomates, enterrant l’absence d’inculpations après la mort de neuf citoyens —, la déformation touche tout l’aval. Contexte aggravant : un allié sous milliards d’aide militaire américaine, une Cisjordanie sous pression annexionniste, un Congrès qui demandait des réponses et qui, selon le Times, a été contourné. Le principe de l’ancien ambassadeur Dan Kurtzer : « L’ambassade doit tout dire à Washington — le bon, le mauvais et le laid. Sinon, elle fausse le processus décisionnel et risque de saper les politiques du président. »
Lue à travers les cinq dimensions du Bureau, l’affaire est celle du contrôle de l’image de la réalité par l’État américain. Géopolitiquement, elle se situe à la jonction la plus inflammable de la politique étrangère américaine : une ambassade dont les rapports façonnent la posture de Washington envers Israël, entre pression annexionniste en Cisjordanie et guerre avec l’Iran. Économiquement, ces câbles sous-tendent l’aide militaire et les sanctions — des responsables craignaient une information faussée dans l’application des restrictions américaines. Démographiquement, les victimes sont le cœur du récit : huit Palestino-Américains et un Turco-Américain, dont la citoyenneté américaine n’a pas valu protection américaine. Historiquement, les accusations inversent le rôle de l’ambassade : le canal de la dissidence existe pour que les faits dérangeants atteignent Washington, et les interventions de Milstein dépasseraient celles de tous ses prédécesseurs récents. Structurellement, le mécanisme est le contrôle de l’information comme pouvoir : Milstein aurait demandé à des collègues s’ils étaient « pro-Israël » ou « pro-Hamas » — un test de loyauté devenu filtre éditorial — tandis que la Maison-Blanche contournait à deux reprises les canaux normaux pour obtenir des diplomates une information non filtrée. Quand le centre ne fait plus confiance à ses capteurs, il les contourne : la mesure la plus nette de l’ampleur supposée de la déformation.
Les effets de second ordre sont déjà visibles. Au Département d’État, l’effet dissuasif — des diplomates renonçant à écrire des câbles qu’ils s’attendent à voir réécrire — dégrade durablement la mémoire de l’institution. Au Congrès, l’affaire donne aux partisans d’un contrôle strict un cas concret pour douter des assurances de l’exécutif, renforçant ceux qui veulent conditionner l’aide et la demande d’audition de Van Hollen. Pour la crédibilité de l’ambassade auprès des Palestino-Américains et des diplomates de la région, l’idée qu’un rapport sur des citoyens morts aurait été enterré pour protéger un gouvernement hôte est corrosive. Pour la presse, c’est un test du journalisme protégeant ses sources : le récit du Times repose sur des responsables non identifiés — ce qui a permis de raconter l’histoire comme ce qui permet à l’ambassade de la balayer d’un « farce ».
Trois pistes comptent désormais. D’abord le Congrès : Van Hollen veut une audition et le rapport original de mars — selon que le Département d’État accepte, caviarde ou refuse, l’affaire restera un sujet de presse ou deviendra un bras de fer ; sa résolution fondée sur le Foreign Assistance Act a déjà été bloquée par le Sénat. Ensuite l’administration : le Département d’État dit son équipe concentrée sur le programme Trump, et ni Milstein ni Huckabee n’ont répondu aux faits précis — un démenti général fait vivre l’histoire, une publication de documents l’éteindrait. Enfin Gaza et la Cisjordanie : alors que Gaza enterre encore ses morts et que la pression annexionniste demeure, le prochain câble — censuré ou transmis — s’écrit déjà. Surveillez le volume des rapports : plusieurs par semaine contre quelques-uns par mois, l’indicateur le plus honnête.
La presse occidentale a traité l’affaire comme un scandale washingtonien de politisation de la diplomatie. Le Times y voit la question de savoir si les lignes rouges du président lui étaient cachées ; Daily Caller et Military.com , peu hostiles à l’administration, ont corroboré les faits et relayé la demande d’audition de Van Hollen ; le Jerusalem Post a confirmé le reportage tout en en sondant l’angle annexionniste. Le camp Huckabee contre-attaque : « farce », interviews refusées, et des alliés qui attaquent l’anonymat des sources du Times plutôt que de réfuter les faits.
Aucun média d’Asie de l’Est n’avait publié de reportage indépendant sur les accusations visant Milstein au moment d’écrire ces lignes. Les recherches dans la couverture anglophone de The Hindu, CNA, NHK et Kyodo News, et l’examen des dépêches CNA et Hindu du jour, n’ont fait émerger aucun récit d’origine orientale — seulement l’enquête occidentale et son écho moyen-oriental et américain. L’absence est consignée ici plutôt que comblée.
La presse du Sud global a lu l’affaire à travers les familles. Le cadrage d’Al Jazeera — une ambassade au service de son hôte plutôt que de ses citoyens — ravive un vieux grief : les binationaux de Cisjordanie auraient la sympathie consulaire, pas la protection. Le Cradle beyrouthin a fait des conclusions de l’examen de mars le centre moral du récit (enquêtes au point mort, aucune inculpation) ; le Quds News Network y a vu la preuve que la justice ne viendrait jamais de l’intérieur du système américain.
David Milstein, 36 ans, est conseiller principal de l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee et son chef de cabinet de fait à l’ambassade de Jérusalem depuis avril 2025. Beau-fils de Mark Levin (Fox News), il détient une habilitation top secret. Une enquête du New York Times l’accuse d’avoir à plusieurs reprises censuré, retardé ou réécrit les câbles de l’ambassade sur les colonies, les colons, Gaza et neuf Américains morts, pour favoriser l’image du gouvernement israélien.
Neuf citoyens américains tués en Cisjordanie occupée depuis 2022 par des colons ou des soldats israéliens : la journaliste Shireen Abu Akleh (2022), Omar Assad, les adolescents Tawfic Abdel Jabbar, Mohamed Ahmad Alkhdour et Amer Mohammad Saada Rabee, Aysenur Ezgi Eygi (2024), Khamis Rabee Jabara, Sayfollah Musallet — battu à mort par des colons en 2025 — et Nasrallah Abu Siyam, 19 ans, abattu en février 2026. Huit étaient palestino-américains, un turco-américain.
Huckabee a opposé un démenti général sans répondre aux incidents précis, qualifiant le récit du Times de « farce » dénuée de faits et affirmant réfuter « personnellement et catégoriquement » ses éléments. Tous deux ont décliné les interviews du Times. Le Département d’État a indiqué que son équipe restait concentrée sur le programme du président Trump. Le Times affirme que Huckabee aurait parfois rappelé Milstein à l’ordre — ce que l’ambassade n’a pas détaillé.
Le sénateur Chris Van Hollen a demandé une audition et la publication du rapport original de mars de l’ambassade sur les neuf morts, où le Times voit des enquêtes israéliennes au point mort, sans inculpation. Le Département d’État ne s’est pas engagé à le publier. La précédente tentative de Van Hollen — une résolution fondée sur le Foreign Assistance Act — ayant été bloquée par le Sénat, restent la publication volontaire ou l’assignation.